LA FIN D UN HEROS
fonce sous leurs pieds, ou s'il leur reste quelqu'espoir de regagner la terre.
— Je te comprends, répondit Bjarn, mais je ne puis rien à cela; j'ignorais que mon navire fût en cet état. La barque où je commande est à l'abri des animaux nuisibles, mais elle n'est pas assez vaste pour nous contenir tous. Nous allons donc tirer au sort, chefs et simples gens d'armes et matelots, et le destin désignera ceux qui l'occuperont.
Ce pacte fut accepté d'un commun accord, et, comme le temps pressait, car le bateau semblait prêt à sombrer, le tirage eut lieu sur-lechamp. Le nom de Bjarn sortit des premiers. Il en remerciait intérieurement la Providence, et déjà, sur la fin de l'opération, il se disposait à reprendre, avec les favorisés du hasard, le chemin de son bord, lorsqu'un matelot norvégien lui barra le passage.
— Bjarn, est-ce que tu vas me laisser ici? lui dit-il.
— Tu le vois, il m'est impossible de faire autrement, répondit le fils d'Hériulf.
— Ce n'est pas ce que tu me promis, quand je partis avec toi de la maison de mon père.
1 i I LES D0MPTE1 RS DE LA MER.
— Je le Bais, mais je De vois pas comment remédier à La fatalité qui s'est appesantie sur toi.
— Moi, je sais un moyen 3e la conjurer.
— Parle vite, mon ami. Quelle que soit ton idée, j'y souscris d'avance, s'il est en mon pouvoir de la réaliser.
— Rien n'est plus simple, prends ma place, et je prendrai la tienne.
A ces mots, Bjarn baissa la tête et demeura pensif. Cet homme avait raison. En l'embauchant, il lui avait promis la fortune, et, à m h défaut, sa protection et la sécurité de sa vie. Le moment de s'acquitter envers ce compagnon était venu. Sa demande était juste; il prendrait donc sa place. A cet instant, mille souvenirs se présentèrent à son esprit; il passait en revue ses découvertes, ses expéditions lointaines, et pesait la gloire et le repos qu'elles lui méritaient. Il se revoyait, à plus de vingt ans de distance, transporté brusquement de la brume qui entourait son navire dans l'apparition miraculeuse de la côte inexplorée. Puis, c'était le courroux d'Erik, le poursuivant et l'étreignant à travers ses courses et ses combats; sa rencontre avec Leif,