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CHAPITRE XIV

Expédition au sud du Vinland. — Un chef sauvage. — Valthiof et Vimar. — Expédition d'Hervador, colon du Vinland, en 1,051. — Un pays dévasté. — Sacrifices humains. — Les hommes blancs. — Leur roi, d'origine Scandinave. — Il presse les Normands de s'éloigner.

Au temps où les compagnons de Thorvald avaient poussé, comme nous le savons, une pointe au sud du Vinland, quelques-uns, laissant au gros de la troupe le soin de visiter en détail Long- Island, continuèrent leur route et finirent par aborder à une plage d'une fertilité plus extraordinaire que tout ce qu'ils avaient pu voir jusquelà.

Ils mirent pied à terre et se disposaient à pénétrer dans l'intérieur de ce bienheureux pays, quand il en sortit brusquement une nuée d'indigènes qui semblaient teints en rouge. Leurs yeux, d'un bleu clair, donnaient à leur visage

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une expression troublante. Il> portaient des plumes dans les cheveux, des colliers et, aux bras et aux jambes, dos bracelets de coquillagi s. Sur leur peau luisante se détachaient des fleurs, des

oiseaux et des ornements d<- toutes sortes etde

toutes couleurs.

Celui qui paraissait leur chef s'approcha des Normands. Il examinait curieusement leur- cottes de mailles, leurs boucliers, leurs casques,

soulignant, ce qui pouvait leur paraître assez singulier, la vue de chaque objet d'un grand éclat de rire qui était aussitôt répété par ses compagnons.

Il en arrivait de tous côtés. Bientôt la plage en fut couverte. Et tout ce monde de rire et de se livrer à une pantomime des plus accentuées et des plus divertissantes.

Puis le chef porta son attention sur les armes, nouvelles pour lui, comme le reste. Il se fit expliquer l'usage de l'épée; le maniement de la hache l'impressionna davantage Et comme un matelot lui montrait tout le parti qu'on en pouvait tirer, il la lui arracha des mains et l'abattit sur un arbre, où elle s'enfonça. Une hilarité générale accueillit cet exploit. Ensuite, il s'approcha

d'un rocher, et d'un coup bien porté, il en fit sauter un éclat. Cette fois, les rires atteignirent la proportion d'un scandale... Alors il examina de plus près une arme capable de pareils effets, et, cédant tout à coup à une curiosité malsaine, irrésistible, il la souleva en l'air et la laissa retomber de toutes ses forces sur la tête d'un de ses sujets.

A la vue de cet homme gisant à terre, baigné dans son sang, l'œil démesurément ouvert, le meurtrier demeura tout hébété. Puis un rire convulsif le secoua comme un tremble; mais, ramené subitement à la réalité, il prit peur et, d'un bond , il s'enfuit, entraînant toute sa horde après lui.

Instinctivement, les Normands se mirent à la poursuite de ces hilares compagnons, sans toutefois parvenir à les rejoindre. Seuls, deux enfants restèrent entre leurs mains. Ils les entraînèrent vers la rive, malgré leurs appels désespérés, et les embarquèrent. De là ils gagnèrent la haute mer, se promettant bien de revenir en ce pays délicieux, mais en force; on avait tout à craindre, en effet, de naturels aussi peu soucieux de la vie humaine.

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L'année suivante, Thorvald partait pour l 'exj dition d'où il nedevail pas revenir, et Une fut plus question de la terre des hommes rou^ Cependant, une indication fournie par les petits sauvages, auxquels on avaitenseignè la langue Scandinave et qui la parlaient très couramment, excitait au plus haut point la curiosité des habitants du Vinland. Ces enfants racontaient que, dans un pays au-dessous du leur, se trouvait un peuple qui était commandé par un homme blanc, aux cheveux blonds, venu du Nord. Cette légende était bien connue chez eux, où souvent on avait eu maille à partir avec cette tribu. Ils savaient même que, pour rendre hommage à leur chef, les guerriers portaient des vêtements blancs et que, dans les grandes occasions, ils se peignaient le corps en blanc. On appelait ce pays la Terre des Hommes blancs.

Par la suite, Thorfinn et Gudride, frappés de cette révélation, s'étaient promis de. visiter ces parages. Leurs destinées les ayant conduits sur la voie de la retraite et du repos, ils laissèrent à d'autres le soin de courir à cette découverte. Helge et Finn avaient également formé le projet de pousser une pointe vers le sud; leur

fin tragique les empêcha de le mettre à exécution. Quant à Freydize, son esprit tendait, nous le savons de reste, à d'autres aventures. Et puis, le Vinland était entré dans une ère de colonisation placide et de trafic régulier avec le Groenland et l'Islande, qui avait éloigné les habitants de toute idée d'extension, et, à plus forte raison, d'expéditions nouvelles.

La vision de la Terre des Hommes blancs hantait l'esprit de quelques-uns. Les vieux matelots surtout ne cessaient de rêver de ces plages lointaines, dont les deux naturels, baptisés sous les noms de Valthiof et de Vimar, leur vantaient les merveilles. Qu'était le Vinland en comparaison de leur patrie baignée de soleil, où les productions du sol enchevêtraient leurs trésors au-dessus du passant, où l'herbe, grasse et nourrie, dépassait la hauteur des hommes, où les oiseaux et les poissons se laissaient prendre à la main?... Plus bas, c'était plus attrayant encore; car, chez les Hommes blancs, on trouvait, disait-on, de l'or en abondance. De plus, ils avaient la garde d'une fontaine miraculeuse qui rendait la santé et la jeunesse à tous ceux qui buvaient de ses eaux.

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