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CHAPITRE XVII

LES ÉVÊQl ES.

On s'émeut en Europe des terres transatlantiques. — L'évoque .Tonus au Groenland. — Il passe au Vinland en 1059. — Il y trouve la mort. — Un évêque-pirate. — Erik Upsi. — Le baptistère de Newport. — Ma doc ap Owen passe en Amérique avec toute une flotte, partie du pays de Galles en 1170.

Entre-temps, le Vinland commençait à se faire connaître en Europe.

Le roi de Danemark Svend Estrithson avait longuement entretenu son ami, son confident, Adam de Brème, des plages d'outre-mer, loin, loin, vers l'ouest, où le climat était plus doux qu'en Normandie, regardée jusque-là comme la perle, la rose, la pomme d'amour des conquêtes Scandinaves ; et le célèbre chroniqueur s'était empressé de consigner cette découverte pour en transmettre les merveilles à la postérité, qui s'en est, d'ailleurs, fort peu souciée.

En Norvège, les colonies transatlantiques

AUCUNE MAISON NE S'OUVRIT POUR LE RECEVOIR, (f. 223.)

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étaient considérées comme un véritable grenier d'abondance, d'où la mère patrie tirait, à défaut du vin qui se consommait sur place, des bois précieux, des fourrures, des dents de phoqu<

de l'huile de baleine. Plusieurs rois B'étaient inquiétés de ces parages fortu n< '■- et, mus parl'appétit de leurs courtisans, avaient manifesté l'intention de les rattacher par des liens administratifs et fiscaux à la couronne. Ils n'en avaient rien fait, heureusement, ce qui sauvegardait la prospérité du Vinland, — provisoirement, «lu moins.

Enfin, Gudride avait porté la « bonne nouvelle » à Rome, où l'on prit note de ses renseignements. Aucun pays n'était, au dire de la veuve de Thorfinn, plus favorable à la propagation de la foi chrétienne. Le zèle apostolique de Leif Erikson, continué par Thorvald et ses successeurs, avait merveilleusement préparé les voies, et Leifs-Budir était le point désigné pour l'établissement d'un évêché.

La Curie prêta l'oreille à ces ouvertures, et, sur les indications précises de Gudride, un prélat fut dépêché de Rome pour organiser la religion, sur des bases pratiques, dans le Nouveau-Monde.

Avant d'y parvenir, ce missionnaire fit de nombreuses stations. Il fut d'abord évêque en Norvège et prêcha la foi romaine dans certains coins où, fuyant les persécutions d'OIaf Tryggvason et de son successeur Olaf le Saint, s'étaient réfugiés des groupes de partisans jaloux de garder intactes les traditions et les héroïques légendes des aïeux. Puis, après avoir vainement tenté d'amener à lui ces brebis récalcitrantes, et n'ayant pas le loisir d'attarder son éloquence, Jonus — c'était le nom de cet apôtre — se fit conduire en Islande, où sa bonne étoile lui ménagea l'hospitalité du monastère de Froda.

Il rencontra là Hervador qui lui donna toutes les indications désirables sur le Vinland et sur la Terre des Hommes blancs, sans omettre l'histoire de Bjorn-Kappi, telle que la lui avait contée le Jarl Thorfinn Sigurdson, mort depuis peu.

Gudride vit aussi le saint homme. Elle compléta les instructions du mari de Syasi, particulièrement pour ce qui concernait le Vinland et le Straum-Fjord. Toutefois elle engagea vivement l'envoyé romain à passer par le Groenland où il trouverait nombre de guerriers et de marins qui avaient fait le voyage des pays d'outre-mer et le

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guideraient dans L'accomplissement de sa mission.

Jonus prit donc le chemin de Brattehilde, dont Gudride lui avait vanté l'hospitalière renomm

Mais, quand il y parvint, Leif venait de mourir. 11 était le dernier de la glorieuse lignée d'Erikle-Rouge, et sa maison, fermée, semblait porter

le deuil des fastes évanouis. Morts aussi, ses compagnons, et ceux de ses frères. On était alors en Tannée 1059, et plus d'un demi-siècle s'était écoulé depuis l'étonnante épopée à laquelle Leif, Thorvald, Thorstein, Thorfinn et Gudride avaient attaché leurs noms. Les transactions devenues moins suivies entre le Groenland et le Vinland , étaient exclusivement entre les mains de colons vinlandais qui, de temps à autre, apparaissaient, pour repartir aussitôt leurs marchandises vendues.

Le hasard amena un de leurs bateaux, à quelque temps de là. Jonus questionna les marins qui le montaient; ceux-ci se tinrent sur une réserve farouche. Ils se trouvaient bien chez eux, disaient-ils, et n'aimaient pas qu'on vint les exploiter sous prétexte de leur rendre visite. L'évêque, sans faire connaître sa qualité, leur assura

qu'il n'était ni marchand, ni chasseur, ni même agronome ou vigneron, mais un homme simple, de paix et de miséricorde, dont le seul but était d'affermir leurs compatriotes dans la religion que leurs pères avaient adoptée.

A ce langage, les Vinlandais se regardèrent, fort surpris, et se renfermèrent dans un mutisme, dont rien ne les fit sortir. Lorsque Jonus leur demanda de les accompagner, ils ne répondirent même pas. La vue d'une bourse bien garnie put seule les amener à composition. Ils consentirent à prendre l'évêque avec eux; mais, pendant la traversée, leur attitude envers lui ne se détendit pas. Ils faisaient leur besogne, et ne s'occupaient pas plus de leur passager que s'il n'existait pas.

A terre, ils le débarquèrent et s'en allèrent à leurs affaires. Jonus, isolé, fort empêtré de sa personne, parcourut le village de Leifs-Budir, dont aucune maison ne s'ouvrit pour le recevoir. Les gens le regardaient passer, curieusement, et lui tournaient le dos quand il s'apprêtait à leur adresser la parole. Cependant quelques colons finirent par s'inquiéter des allées et venues de cet étranger, dont l'accoutrement

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éveillait l'attention publique, le digne prélat ayant cru devoir endosser ses habita pontificaux pour débarquer. Fort des renseignements de Gudride, il avait pensé que sa présence causerait une profonde i ni pression sur ce peuple dont l'ancienne compagne de Thorfînn lui avait vanté les bons sentiments et la ferveur chrétienne. Pour rendre son apparition plus solennelle, et pour mieux éblouir ses futures ouailles, il avait donc voulu leur apparaître avec tous les attributs de son rang. Mais le Vinland de 1050 n'était plus le Vinland de Thorfînn et de Gudride. Freydize, la païenne, avait passé par là, et bien d'autres après elle, qui avaient rétabli le culte d'Odin.

Thor, Balder, Frigga, Freya et Vala régnaient maintenant sur le Vinland. Et, comme le culte de ces divinités excluait, sous peine de mort, toute pratique étrangère à leur adoration, Jonus, soupçonné de leur être hostile et de vouloir rabaisser leur crédit, fut arrêté , interrogé, et, sans délai, offert en sacrifice aux élus de la Walhalla.

Ainsi périt, le jour même de son arrivée, le premier évêque qui ait touché la rive américaine. Cependant l'exemple de Jonus fut loin de rebuter

les apôtreschargés de conquérir à la grande famille chrétienne les contrées mystérieuses qui s'étendaient au delà de la mer immense jugée jusquelà sans limites. D'autres prélats lui succédèrent et furent sacrifiés comme lui. Enfin, en 1121, un évèque du Groenland, Erik Upsi, jaloux de venger ces victimes d'un fanatisme farouche et de rétablir dans leur foi d'origine les habitants du Vinland, partit à destination de ce pays, non en pacifique missionnaire prédestiné à l'auréole des martyrs, mais en prélat-pirate, vrai Roi de Mer du céleste domaine, tenant d'une main la croix, et de l'autre la hache d'abordage.

Ses compagnons étaient à l'avenant, clercs soudards, prêts à toute besogne, matelots fanatisés, avides de représailles. Ils abordèrent en exécuteurs des hautes-œuvres ce pays où avaient retenti jadis les tendres chansons d'Anlaf et les gais propos des convives de Leif-le-Fortuné. Que se passa-t-il? Par quels moyens le Vinland se radoucit-il au point qu'Erik Upsi se démit de son évêché de Gardai* pour se consacrer exclusivement à son diocèse d'outre-mer...? Les moines islandais sont muets à ce sujet. Ils se bornent à constater le fait, en exaltant les vertus

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• lu prélat groenlandais el l'extension de sa propagande.

Le Vinland s'était considérablement accru. Ses habitants avaient créé de- colonies dans lea îles voisines et sur plusieurs points de La côte. Le centre de son activité paraissait même B'ôtre déplacé pour se fixer dans Rodde-Island ; et du tout était résulté un véritable royaume transatlantique, propre à devenir un diocèse modèle.

Pour mieux l'organiser, l'évêque Erik Upsi s'établit à la pointe méridionale de Rodde-Island, à proximité de l'endroit où s'élève actuellement la ville de Newport! De ce point il avait tout le nord de sa sphère d'action sous la main, en même temps qu'il surveillait les côtes de la Caroline, de la Virginie et de la Floride; les Normands s'étant répandus dans tous ces pays. Les Hommes blancs, refoulés par eux, leur avaient livré les riches contrées qui avoisinent Washington et Richmond, et, si les Skrellings ne tenaient pas encore la Floride, bien que leur mouvement d'invasion les eût déjà portés vers le Mexique, ils en occupaient tout au moins les rives sur le versant océanique.

Upsi visita ces diverses parcelles de son diocèse, dont les habitants devaient avant tout venir se faire baptiser en sa résidence épiscopale, qu'il avait décorée d'un superbe baptistère qu'on voit encore, et qui est connu dans le pays sous le nom de Moulin de pierre, nom que lui donna le premier gouverneur de Rodde- Island en 1638. C'est un bel édifice en forme de rotonde, porté sur huit arches appuyées ellesmêmes sur autant de colonnes, hautes de vingtquatre pieds anglais, et qui sert actuellement de grenier à fourrages.

L'administration d'Erik Upsi répandit le bienêtre et la prospérité dans les contrées soumises à son action. Sa renommée s'étendit au loin, et de tous côtés accoururent de nouveaux aventuriers attirés par les richesses dont on jouissait au delà des mers. Il en venait d'Islande, de Norvège, du Danemark. L'Irlande aussi fournissait son appoint, et le pays de Galles, à lui seul, équipait toute une flotte à destination de l'Amérique. Le barde gallois Meredith nous a transmis dans un de ses chants, qui — détail précieux — précède de quatorze ans l'expédition de Christophe Colomb — , le récit de

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cette aventure hardie , qui Be place en 1170.

Après la mort d'Oven Guineth, raconte le

poète, les fils de ce grand chef se disputèrent

son apanage, les armes à la main. La querelle

l'ut longue, et des deux côtés le sang coula eu abondance. Enfin, le cadet, Madoc ap Owen, las

de cette guerre fratricide, non seulement céda, mais encore, pour échapper à toute tentation, équipa plusieurs navires, « afin de voir des terres

nouvelles ».

Madoc laissa donc l'Hibernie derrière lui, et, après une longue traversée, durant laquelle ses pilotes tinrent sans cesse la barre à Vouest, il parvint à des contrées où ne se trouvait aucun Européen, « et où il vit beaucoup de choses admirables ».

Il y laissa cent vingt hommes et revint au pays de Galles, où il raconta que les terres qu'il avait découvertes « étaient agréables et fécondes, et prêtes à recevoir ceux qui souhaiteraient d'échapper aux horreurs de la guerre civile ». Quand il eut persuadé beaucoup de monde, il équipa dix navires, les approvisionna de tout ce qui était nécessaire à l'établissement d'une colonie, embarqua un grand nom-

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bre d'hommes et de femmes qui s'affligeaient des malheurs du pays gallois, et dit adieu pour toujours à sa patrie... »

Que sont devenus ces dix navires? On ne Ta jamais su. Sont-ils arrivés à bon port? Ont-ils fait naufrage en route? Cette dernière version est la plus probable.

Et tout cas, ce qui ressort clairement de cette expédition, c'est que les équipées de ce genre étaient fréquentes à cette époque.

La vieille Europe, toute à ses croisades et à ses déchirements intérieurs, ne s'occupe guère de ce qui se passe au delà de ses falaises. Nos Normands eux-mêmes, entraînés dans le tourbillon de la conquête, et séduits par le mirage des splendeurs orientales, se sont jetés dans la mêlée, âpres à la curée, par nature, mais frottés d'un esprit chevaleresque, qu'ils se sont merveilleusement assimilé.

Le temps est proche encore, cependant, où Ragnar Lodbrok, Ogier le Danois, Hastings, remontaient le cours des rivières, pillant et saccageant tout sur leur passage. Rien n'arrêtait leurs dévastations. Sur des chevaux enlevés aux paysans, ils pénétraient au cœur des provinces. Ils incen-

230 !.i - DOMI»! il RS Dl LA MU;.

diaient les villes et les monastères Les campagnes offraient l'aspect le plus désolé; les landes couvraient la terre. Comme l'a dit un chroniqueur, témoin oculaire, on faisait des lieues 'litières sans voir la fumée d'un toit, sans entendre aboyer un chien.

C'est alors qu'une nouvelle invasion est signalée. Hroll ou Rollon, le terrible Norvégien, a paru clans la Seine. L'évêque Guy va au-devant de lui, à, Jumièges. Il rapporte des paroles de paix; mais l'épouvante n'en règne pas moins à Rouen. Elle redouble à la nouvelle que des bandes de pillards, descendus des navires, ravagent les bords du lleuve. Au loin, le ciel est embrasé par les maisons et les abbayes incendiées. Le peuple se réfugie dans les églises; on chante : A furore Normanum, libéra nos, Domine.

Bientôt les « Dragons de mer » apparaissent à la courbe de Canteleu, volant sur les eaux, « emportés par leurs deux voiles blanches, semblables à des ailes ».

Au premier rang s'avance la barque du chef redouté. Ses guerriers poussent des cris terribles et brandissent leurs armes. Rollon prend terre.

On le reconnaît à la majesté de ses traits, au feu

terrible de ses regards, à sa taille gigantesque. Il se dirige vers la basilique, prêt à donner le signal du carnage, que ses compagnons attendent avec impatience. — Et voilà que, devant Tévêque, qui, en habits sacerdotaux, et à la tête de ses clercs, paraît sous le porche, où brillent les cierges allumés, sa fureur tombe soudain. Cet appareil si simple a touché son cœur, a frappé son esprit; la ville est sauvée, et le pays renaîtra de ses cendres.

L'ère des rapines a cessé. Autant les Normands se sont montrés, jusque-là, pillards et ravageurs, autant ils respectent maintenant le bien de chacun. La sécurité se répand en tous lieux, et, comme preuve, des bracelets d'or, suspendus par ordre de Rollon dans la forêt de Roumare, y demeurent aux branches des arbres, sans que personne y touche.

Tout a donc changé subitement dans le nouveau pays de Normandie. Rollon se montre un merveilleux organisateur. Il fait régner la justice, réforme les mœurs de ses compatriotes, répare les désastres que ses soldats avaient causés, rétablit les monastères qu'ils avaient brûlés .et donne, en ancien marin qu'il était, son atten-

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lion à la marine qui, sous sou règne, s'assagit, et, de guerrière <i<-\ ienl marchande. Les Hautes, ou mariniers rouennais, exploitent le commei

de la Basse-Seine, et les anciens Rois de Mer, devenus commerçants, portent à Londres Les nhs de Bourgogne et Xscrapois, — c'est ainsi qu'on daignait les poissons qui fournissaient de l'huil**.

Les successeurs du premier duc de Normandie continuèrent son œuvre de civilisation et d'essor commercial. Guillaume défendit d'arrêter et de gêner en rien le négoce des marchands, qui purent voyager, la ceinture pleine d'or, sans craindre aucune vexation. Et tel était le vent d'accalmie qui soufflait sur la contrée, qu'aucun homme n'eût osé en tuer un autre, en eût-il reçu la plus forte injure. Enfin, les commerçants rouennais étaient renommés pour leur loyauté : « C'est une espèce de crime parmi les Normands, écrit un chroniqueur bourguignon, de vendre une chose au delà de son prix » .

Dans la suite, le champ de cette activité commerciale, loin de diminuer, s'agrandit, d'abord du lait de l'occupation anglaise et grâce ensuite aux expéditions lointaines. Avant même les croisades, les navires normands traversaient le détroit

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de Gibraltar et s'aventuraient dans Ja Méditerranée jusqu'aux côtes africaines et asiatiques, pour y chercher les produits de l'Orient. Et, quand les seigneurs de Normandie, parés de leurs armoiries et couverts d'armures éclatantes, allèrent guerroyer en Sicile, à Constantinople et dans le pays des lieux saints, des Hottes marchandes les suivaient, qui rapportaient de ces parages lointains les étoffes précieuses, les parfums exquis et les épices, cette monnaie courante du moyen âge.

Aussi bien, l'Europe entière était grisée par ces expéditions chevaleresques, qui répandaient partout la richesse, l'amour du luxe, la sensation de la couleur, de la forme, de la beauté. La Méditerranée, sillonnée de Hottes chargées de trésors, semblait un lac hanté par les fées, et les châteaux ainsi que les chaumières , au retour des croisés, reflétaient des coins éclatants de la magnificence orientale.

Ensuite, l'Afrique a le don d'exciter la soif des aventures lointaines. Sous Charles V, les Dieppois parviennent à la côte de Guinée; ils en rapportent de l'ivoire et de la poudre d'or. Aussitôt, chacun s'émeut. L'Afrique remplacera l'O-

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rient; mais les Dieppois son! gens pratiques; ils ne content pas leurs secrets de navigation, jouissent des produits de leurs découvertes sans

en donner avis au gouvernement, trop occupé, dans ces temps, à réprimer les prétentions des

grands seigneurs du Royaume, pour prêter attention à ce que font les autres. Leur navigation s'étendait donc de plus en plus, et le produit de leurs retours eût été immense, si leurs marchandises n'avaient pas été rançonnées dans leur transport parterre; car alors, la noblesse, fortifiée dans ses châteaux, s'emparait de tout ce qui passait à sa portée. Et puis, on se battait partout. L'Europe n'était plus qu'un champ de combats ; le tocsin sonnait à tous les clochers, et lallamme incendiaire projetait sa lueur sinistre sur toutes les campagnes. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que nul ne s'occupât des expéditions transatlantiques. Elles étaient ignorées, d'ailleurs, et le temps en a si bien gardé le secret, qu'au fur et à mesure que nous avançons clans cette histoire de l'Amérique inconnue, nous sommes, à tout moment, obligé de nous reporter à nos preuves, pour nous assurer que nous ne sommes pas l'objet d'une hallucination.

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