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C'est à ce moment que le fils cTErik-le-Rouge parvint en Norvège. Olaf comprit tout le parti qu'il pouvait tirer d'une pareille recrue. Les colonies d'Islande et du Groenland témoignaient d'une vitalité et d'une prospérité qu'il était urgent d'exploiter; toutefois, jusque-là, nul n'avait pu s'en occuper. Leif était l'homme désigné pour cette besogne; aussi le roi s'empressa-t-il de l'attacher à sa personne.
Bien entendu, il s'efforça d'abord de le convertir à la foi chrétienne; mais le fils d'Erik repoussa ses premières ouvertures.
Alors Olaf remit à certains événements, qu'il préparait en secret, le soin de venir à bout de ses répugnances. Il se disposait à frapper un grand coup, et il était convaincu que le jeune Groenlandais, ainsi que tous ceux qui en seraient témoins, n'y résisterait pas.
Olaf avait donc résolu d'entreprendre une croisade dans le nord de ses États. Il quitta Drontheim, sa capitale, accompagné d'une suite nombreuse, où l'on remarquait, mêlés aux grands seigneurs du royaume, plusieurs prélats et des moines de divers ordres. Ces religieux opéraient en route des conversions parmi le menu peuple;
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mais les nobles se montraient plus récalcitrants. Sur l'ordre d'< Haf, tous les chevaliers qui se ren contraient sur son passage devaient se joindre â son cortège. Lorsqu'il jugea leur nombre suffisant, il s'arrêta. On se trouvait à ce moment â la hauteur de l'île de Mœre, où s'élevait le temple de Thor, divinité tutélaire de la Norvège. ( là que le roi s'était promis d'avoir raison de toutes les résistances.
Il annonça en cette île un Thing, ou assemblée de province. De tous les côtés, chefs, tenanciers et paysans s'empressèrent d'accourir à son appel, et, lorsque le grand jour fut venu, le roi, du haut de son estrade, dans l'enceinte même du temple sacré, mit aux voix l'abjuration solennelle et définitive de l'ancienne religion.
Une rumeur menaçante accueillit cette proposition. Les jarls, brandissant leurs épées, poussèrent le cri de révolte; le peuple, faisant chorus, se répandit en malédictions, et déjà le chef-pontife, Jarnskegg, s'avançait, furieux, vers Olaf, lorsque celui-ci, d'un mouvement brusque, lança violemment son javelot sur la statue de Thor, qui s'écroula avec fracas.
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A cette vue, les assistants, frappés de stupeur, tombèrent à genoux, convertis au culte du Dieu des chrétiens qui couvrait de sa protection le profanateur de l'idole sacrée.
Parmi les plus impressionnés figurait Leif Erikson. Non seulement il se convertit, mais encore il se fit remarquer bientôt par une édifiante piété. Le roi lui-même avait voulu lui servir de parrain, et, pour utiliser l'exaltation de sa foi nouvelle, il lui confia la mission de christianiser les populations du Groenland.
Vainement Leif objecta les difficultés qui rencontrerait auprès de son père, dont rien ne pourrait ébranler la robuste croyance; vainement il fit valoir son extrême jeunesse, sa situation de cadet de famille; Olaf ne voulut rien entendre. « Dieu le veut! » disait-il; et, afin de venir à bout des dernières hésitations de son hôte, il lui donna un navire magnifique, à la proue étincelante terminée par une croix d'or, aux voiles couleur de pourpre frangées d'or, et ceint intérieurement de boucliers dorés. Puis , avant son départ, il organisa, dans son palais de Nadiros, une fête splendide en son honneur.
Le fils d'Erik-le-Rouge était donc devenu l'un
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des personnages Les plus considérés de la <-<»ur de Norvège, et son rang allait s'accroître encore par l'importance de sa mission. Afalgi i, sa pensée ne se laissait pus distraire des plages <-iitrevues par Bjarn Heriulfson. Elles étaient l'objectif de tous ses projets et de tous ses plans. < >r, il advint que, la veille même de son appareillage, il rencontra sur la grève un matelot dont les traits le frappèrent. Il L'examina de plus près el poussa un cri de surprise. C'était Bjarn, mais Bjarn vieilli, courbé, dépenaillé. Leif s'avançait déjà pour le presser dans ses bras, mais l'ancien pirate le repoussa.
— Ton père m'a maudit, dit-il, et depuis, le malheur s'est attaché à mes pas. Englouti, mon dernier navire! Englouties, ma fortune, ma gloire, ma vie ! Maintenant, je traîne misérablement une existence qui m'est à charge , et j'appelle de tous mes vœux la mort libéra trice.
Leif, surpris tout d'abord, presque effrayé, regardait avec pitié l'ombre de celui qu'il avait connu, quatorze ans auparavant, jeune, ardent, beau comme le jour. Cependant il se remit promptement, et, frappé d'une inspiration subite
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qui lui faisait voir, comme en un mirage, l'accomplissement de ses rêves, il s'écria :
— Non, Bjarn, ton heure n'est pas venue, et, je te le dis, tes épreuves ont pris fin. Suis-moi. Nous retrouverons la terre que tu as découverte, et nous partagerons le profit et la renommée qu'elle nous procurera. Tu commanderas l'expédition...
— Non, mon fds, interrompit l'ancien chef; les dieux m'ont retiré mon Sneggar, et je porterais malheur au navire que je dirigerais, au tien surtout, car, encore une fois, ton père m'a maudit.
— Mais je suis trop inexpérimenté pour mener avec succès cette campagne. Je t'en supplie, Bjarn, ne m'abandonne pas. Puisque tu ne veux pas être le maître, tu seras mon champion, mon compagnon. Acceptes-tu?
Bjarn se recueillit un instant. Mille pensées se heurtaient dans son esprit. La proposition de Leif lui souriait; mais il devait tenir compte de la fatalité qui s'était attachée depuis quatorze ans à ses pas. Enfin, il dit :
— Écoute, pour te rendre service, je suis prêt à t'accompagner, mais à une condition, c'est
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que ton père prendra la direction de ton navire. Sa main es1 toujours suie son expérience profonde, et sa qualité et son autorité conjureront le mauvais sort que ma présence à ton
bord ne peut manquer de jeter sur son entreprise.
Le fils d'Erik protesta vivement contre ces paroles.
— Tu n'y songes pas, dit-il î Mon père se fait vieux; il a renoncé depuis longtemps à la mer, et son navire s'est brisé comme le tien.
— Mais tu lui en amènes un, plus beau, plus rapide, plus élancé que tous ceux qu'il a eus. Il y régnera souverainement, et son âge et son expérience seront une garantie de plus pour le succès de l'expédition. Sa destinée lui a donné la terre pour domaine; mais il est de la race des vieux Rois de Mer, qui ne cherchaient jamais un refuge sous un toit et ne vidaient jamais leur cornet à boire auprès d'un foyer.
Leif fit quelques objections; puis, voyant que la résolution de Bjarn était irrévocable , il n'insista plus et se mit en devoir de l'attacher sans retard à sa personne. Pour commencer, il l'équipa de son mieux et lui ceignit au côté sa
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propre épée; puis il le présenta comme son quartier-maître à ses hommes réunis, en leur enjoignant de lui obéir ainsi qu'à lui-même.
On leva l'ancre le lendemain, et, quelque temps après, on atterrissait, par un vent favorable, à Brattehilde, où résidait l'ancien hôte d'Heriulf.
En voyant ce navire tout lamé d'or, avec ses voiles d'étoffe précieuse, et en reconnaissant à son bord, sous son armure étincelante, son fils préféré, Erik ne put retenir une exclamation d'orgueil et de reproche à la fois. Les vieux pirates ne voyageaient pas en pareil équipage. Et puis, qu'était cet emblème bizarre, remplaçant à la proue le dragon traditionnel ou la chimère au long col? Et donc, que signifiait ce « méchant homme », vêtu d'une robe, comme une femme, et devant lequel tous, à bord, s'inclinaient?
Le méchant homme désigné par Erik n'était autre que le missionnaire adjoint par Olaf à son protégé, pour mener à bonne fin la conversion des Groenlandais;mais Leif n'eut garde d'expliquer sur le moment à son père le motif et le but de ce personnage. Aussi bien, la vue d'Heriulfson venait de confondre l'ancien pirate. Il levait
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déjà les bras pour le maudire à nouveau, lorsque Bjarn, Bans Be déconcerter, prit la parole, et, d'une voix claire . conta ce qui B'était pas
Il n'eut point de peine à faire revenir Erik sur son compte. Son accent parut au vieil ami d'Heriulf si fort empreint de sincérité et bî plein d'une réelle émotion, sa modestie, bous ses lutbits de matelot, qu'il avait eu soin de reprendre pour la circonstance, si vraie, si simple, si touchante, que, regrettant ses fureurs d'autan. il releva de son anathème le compagnon de son fils et lui prédit un avenir heureux.
Bien plus, il entra presque dans ses vues et ne parut pas trop éloigné de s'associer à l'expédition, et même de la diriger, au nom de Leif, avec Bjarn comme lieutenant.
Ce projet s'affirma quand Erik connut les intentions apostoliques de son fils. Dès les premiers mots que celui-ci crut devoir prononcer en faveur de la foi nouvelle, il l'interrompit avec impatience.
— Tais-toi, dit-il, et suis mes ordres. Je veux prendre possession, suivant nos coutumes et en l'honneur de nos dieux, de la terre que nous allons découvrir. Et d'abord, arrière ce navire
c'était BJARN, MAIS BJARN VIEILLI, (i'. 40.)
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de parade! J'ai, moi, des bateaux moins somptueux, mais qui défient les orages et la mer d montée. C'est sur l'un d'eus que je veux tenter l'aventure.
Ayant dit, le vieux pirate, qui sentait renaître en lui la verdeur des jeunes ans, prescrivit à sa femme Tliorhilde de cacher son or et son argent, car les rites Scandinaves donnaient à croire que les guerriers, après leur mort, jouissaient à la Walhalla des richesses enfouies par eux en ce bas monde. Puis, ayant préparearmes et fait aux dieux les sacrifices ordinaires, il monta sur son cheval de bataille pour se rendre au rivage.. Mais, en route, le cheval s'abattit si malheureusement que son maître se fit à la tête une grave blessure.
Alors, il dit à ceux qui l'entouraient : — La Fortune ne me permet point de nouvelles découvertes; nous ne cheminerons pas plus longtemps ensemble. Est-ce un avertissement du destin? Allez, jeunes hommes, montez votre barque aux rouges voiles, et, si votre croix d'or fait face à de nouvelles contrées, je croirai que nos dieux lui sont favorables, et je recevrai le baptême, moi et les miens.
Sur ces mots, il reprit le chemin de sa demeure et dit à Thorhilde de déterrer ses richesses, parce qu'il avait perdu sa peine à les cacher.