‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 13 sur 47 · Nous répondrons que nous pouvons juger de · texte numérisé non relu

Nous répondrons que nous pouvons juger de

deux manières : 1° par un jugement résolutif ou analytique, lorsque nous jugeons par les causes, ou par les effets, en résolvant la chose connue dans ses principes, et en raisonnant ; 2° par un jugement simple ou discriminatif, par lequel nous jugeons que ceci n’est pas cela, ou n’est pas comme cela, mais se comporte différemment, — ce qui peut avoir. lieu ou bien par une comparaison ou réflexion, comme fait l’intelligence, ou bien selon un mode simple, comme fait le sens, car lui aussi discerne les couleurs, les sons, etc.

. Or le don de sagesse et celui de science jugent des choses spirituelles ou surnaturelles par mode résolutif : — la sagesse par leurs causes suprêmes, c’est-à-dire en vertu même de l’union intime à Dieu; la science par les causes inférieures, ou par les effets, qu’elle considère dans les créatures. Quant à la foi, elle ne juge et n’assentit ni par les causes ni par les effets, mais purement d’après le témoignage de Dieu révélant, et non par la pénétration intérieure des causes ou des effets.

19. Mais le don d’intelligence ne juge pas d’une manière résolutive, et en considérant les vérités

surnaturelles dans leurs causes ou dans leurs effets ; il juge d’une manière simple ou discriminative par un certain instinct intérieur et une impulsion du Saint-Esprit; et par sympathie aux choses surnaturelles il discerne les choses spirituelles des corporelles au moins par voie de rémotion, et sépare les choses à croire des choses à ne pas croire ou des erreurs dangereuses pour le salut.

Et pour former ce jugement il ne requiert ni l’évidence du raisonnement (puisqu'il ne procède ni par les causes ni par les effets), ni la résolution . des conclusions en leurs principes, puisque, comme l’habitus naturel des principes dans l’ordre naturel, c’est sur les principes (surnaturels) qu’il porte; maïs un tel jugement procède d’une pénétration meilleure et plus aiguë des termes dont ces vérités sont composées, de leur convenance entre eux et de la disconvenance des erreurs opposées.

Et de même que dans l’ordre naturel certains principes sont connus communément de tous, et sont appelés axiomes, comme : « toute chose est ou n’est pas »; et d’autres principes sont connus seulement, des sages, parce que leurs termes ne sont pas facilement pénétrés par tous, mais seulement par les esprits les plus aigus, comme : « les substances spirituelles ne sont pas dans un lieu, Dieu seul doit être adoré et il n’y à pas plusieurs dieux », ete.; et cela parce que la perception et la périétration de ces termes dépend d’une eomparaison et d’une confrontation avec leurs opposés, comme des choses spirituelles avec les corporelles, ete.; et cependant le jugement sur ces principes n’a pas lieu par inférence ni par discours, mais par

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la pénétration des termes qu’on rapproche et compare entre eux, — de même le don d'intelligence aiguise et élève l’intellect, par l'impulsion et l’illumination du Saint-Esprit, pour lui faire saisir et pénétrer les termes par lesquels les choses sur. naturelles de la foi sont proposées ; et par une telle pénétration il juge que ces vérités doivent être crues, et qu’il faut s’y reposer.

20. Instance : Cette pénétration des termes a lieu ou bien avec évidence et clarté, ou bien avec obscurité et inévidence,

Si c’est avec évidence et clarté nous aurions done l’évidence des choses surnaturelles, évidence cependant que nous n’expérimentons pas, et qui au surplus n’est pas compatible avec la foi.

Si c’est avec obscurité, alors cette pénétration doit s’appuyer sur le témoignage de Dieu révé. lant, et elle ne peut en effet, dans ce cas, avoir un autre motif formel : mais alors elle est substantiellement un acte de foi, et ainsi le don d’intelligence n’est pas distinct de la foi dans son motif formel ni, par conséquent, dans sa raison spécifi. que.

21. Nous répondons d’après saint Thomas (TI* IT#, q. 8, a. 2), que la pénétration et l'intelligence de la vérité peut être parfaite ou imparfaite. -

Une chose est entendue parfaitement quand l’essence même de la chose est connue :

imparfaitement, quand l’essence de la chose n’est pas connue, mais quand pourtant on sait par

exemple que rien dans les choses qui apparaissent extérieurement n’autorise à contredire la vérité à laquelle la foi nous fait adhérer.

C’est là une évidence extrinsèque et pour ainsi dire négative, qui n’est pas incompatible avec la foi. Et quant aux choses elles-mêmes transmises (par la révélation), on peut expérimenter avec évidence dans le sentiment intérieur ce qu’elles ne sont pas, bien qu’on ne puisse voir ce qu’elles sont.

Donc l’illumination du Saint-Esprit peut produire intérieurement, par le don d’intelligence, cette évidence de la certitude de la foi, et de sa crédibilité, et ce discérnement des mystères révélés qui nous les fait distinguer des erreurs et des choses sensibles, (évidence extrinsèque et négative), sans pour cela s'opposer à l’obscurité de la foi, qui touche les objets de la foi en eux-mêmes, non leur crédibilité ni leur certitude.

Ainsi, bien que dans cette vie nous n’ayons pas l’évidence positive des choses mêmes de la foi, dans laquelle notre œil reste obscurci, cependant au sujet du sens lui-même de l’Ecriture, au sujet de la crédibilité des témoignages de Dieu, au sujet de la certitude elle-même de la foi et du discernement qui écarte les erreurs, nous ressentons à certains moments une quiétude telle qu’elle ne pourrait être obtenue sans quelque évidence. Et cependant cette quiétude et cette évidence ne procèdent pas toujours par des raisons et par des discours, mais aussi par une certaine impulsion intérieure, par une certaine illumination, que peuvent ressentir même des hommes simples et il-

PARRRAL TA ES

LE DON D'INTELLIGENCE gi

lettrés sans le moindre contact avec la science de la théologie.

99, Il suit de là que le don d'intelligence sert particulièrement à la contemplation, parce que par luile Saint-Esprit aiguise l'intelligence et la rend

plus subtile et lui permet d’avancer non dans les ténèbres mais dans la lumière, même lorsqu’elle se meut dans l’obseurité divine, c’est-à-dire lorsqu'elle procède dans les ombres de la négation. Transformée de vertu en vertu par l'Esprit du Seigneur, elle pénètre, en contemplant, dans Sa gloire.

Le signe le plus frappant de tout cela, nous le trouvons quand la lumière de l’Esprit-Saint se levant au dedans de l’âme, celle-ci éprouve que pour elle Dieu est exalté au-dessus de toute créature. L'homme au cœur élevé s'avancera, et Dieu sera exalté, dit le psalmiste (Ps. zxInt). Car c’est l’effet propre du don d’intelligence d'élever le cœur, et de le porter à sentir et connaître hautement les

choses divines, pénétrant et comprenant que ce qui est Dieu excède toute comparaison. Et par cette élévation du cœur ce n’est pas le cœur lui-même qui est exalté, — comme il arrive par la science acquise, parce que la science enfle, et un Cœur enflé est proche de la ruine; — mais par le don d’intelligence le cœur est élevé pour exalter et magnifer Dieu et non soi-même.

[Solution des difficultés]

93, Fin ce qui concerne les textes de saint Thomas dans cette question 68, a. 3, nous avons déjà

montré qu’on doit en conclure que le don d’intelligence est judicatif, et non pas appréhensif selon le mode simple de la première opération de l’esprit, parce que saint Thomas dit qu'il est ordonné à l’appréheïsion de la vérité (ce qui n’a pas lieu, À coup sûr, sans jugement où énonciation), et la vérité est perçue par une certaine comparaison.

S’il dit que la sagesse est ordonnée spécialement

au jugement, e’est au jugement résolutif et par les causes suprêmes, et ee jugement ne regarde pas le don d'intelligence auquel appartient seulement le jugement discriminatif, — le jugement résolutif saint Thomas le refuse au don d'intelligence.

24, Il n'appartient pas au don d'intelligence de juger des choses spirituelles par les causes, mais setilement de pénétrer les vérités en les séparant des erreurs et en dirigeant la perception des choses spirituelles de telle façon que nous n’en jugions pas selon le mode des choses corporelles, sans que pour cela le don d'intelligence assigne leurs causes. Et en cela consiste l’appréhension de la vérité en tant que celle-ci est distinguée de l’erreur ; c’est ainsi que la vue discerne les couleurs, sans pour cela en juger par les causes.

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