‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 16 sur 47 · TE EU RS EE · texte numérisé non relu

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fective, dans la voie et dans la patrie, car en soi cette motion ne comporte rien d’imparfait. Le don d’intelligence est par conséquent, ici et dans la pa-

trie, d’une seule et même espèce, et il diffère aussi

bien de la foi que de la lumière de gloire parce qu’il existe sans la foi dans la patrie, et sans la lumière de gloire dans l’état de voie.

42, Qu'’une telle motion soit de la même espèce dans les deux cas, est prouvé par-le fait que sa raison formelle est spécifiquement la même dans la voie et dans la patrie : percevoir les choses spirituelles d’une manière affective et expérimentale, en tant que nous expérimentons en nous-mêmes ce qu’elles sont ou ce qu’elles ne sont pas, en vertu de l’union d’amour que nous avons en elles. Cette expérience affective ne comporte pas un motif formel différent quand elle est dans l’état de voie et quand elle est dans la patrie, pas plus que l’affection même et la charité ne diffèrent dans la voie et dans la patrie, bien que dans la patrie elles comportent une suavité et une expérience qui surabondent souverainement sur celles dont nous jouissons ici-bas.

Ici et là cependant le don d’intelligence tend à l’évidence expérimentale, selon le mot souvent répété : Gustate et videte quoniam suavis est Dominus ; mais la matière de l’expérience varie ici et là. Comme en effet ici elle n’est pas en pleine lumière, l’Ââme n’expérimente les choses spirituelles que d’une manière obscure et en les séparant de ce qu’elles ne sont pas, comme celui qui ne peut voir une chose, la discerne en la palpant et en la tou-

chant, et en cela il la connaît d’une manière expérimentale ; ou encore celui qui regarde de loin, et ne . perçoit pas distinctement le détail des choses, voit cependant d’une façon confuse que ce sont des

hommes et non des arbres, des montagnes et non

des plaines ; et au moins voit-il cette confusion.

Mais dans la patrie, l’Âme pose son affection dans les choses spirituelles qu’elle voit en pleine lumière telles qu’elles sont, et ainsi elle a une expérience affective de ces choses en elles-mêmes, et s’abreuve d’un torrent de volupté à la fontaine de la vie.

43. Rien au surplus n’empêche que le même motif, la même lumière ou vertu, comporte l’évidence sous des états et des modes différents selon la diversité de la matière à laquelle il s’applique, et que l’un de ces états comparativement à l’autre paraisse de l’obscurité ; comme la lumière d’une

chandelle ou de la lune en comparaison de celle du

soleil semble de l’obscurité, et cependant sous l’une et l’autre lumière il y a de l’évidence, et il y a une vision de même espèce, bien que selon un mode différent, et avec diversité quant à la perfection et à l’imperfection. La matière en effet à laquelle s'applique cette lumière surnaturelle et le mode où elle se trouve dans cette vie n’est pas compatible avec plus d’évidence que l’évidence négative extrinsèque, dont nous avons parlé, tandis que dans la patrie elle comporte une évidence quidditative et propre ; et ainsi la raïson substantielle et spécifique n’est pas changée ni la lumière du don d'intelligence, quand il passe de cette vie dans

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l’autre, mais cette lumière grandit seulement. Ii est dit en ce sens que la lumière de la lune est comme la lumière du soleil (Ts. xxx). Dans l’un et l’autre cas la lumière est de même espèce, lumière affective et expérimentale en vertu de l’union aux choses divines, et c’est ce qui distingue de la lumière purement intellectuelle et spéculative, procurée par l’étude ou par infusion gratuite, cette lumière de l’intelligence mystique due à l’affection et au goût spirituel.

44. Réponse à la difficulté. — A l’objection du début nous pouvons done répondre : il est vrai qu’un habitus ne peut être tantôt obscur et tantôt évident en vertu de sa raison formelle elle-même ; mais, ainsi que nous venons de le montrer, le même habitus qui, dans certaines circonstances, produit une évidence et une expérience imparfaites, peut, dans d’autres circonstances, produire une évidence parfaite, Et bien qu’une de ces évidences comparée à l’autre paraisse obseure comme la Iumière de la lune comparée à celle du soleil, pourtant c’est véritablement de la lumière et de l’évidence dans les deux cas, et une évidence qui provient d’une seule raison spécifique et formelle, à savoir, dans le cas du don qui nous occupe, .de la simple intelligence née d’une certaine connaturalité et union aux choses divines et qui se trouve seulement en ceux qui sont en état de grâce, Nous l’appelons simple intelligence pour la distinguer de la connaissance qui a lieu par les causes et à partir des causes, ce qui est le cas des dons de sagesse, de science et de conseil, (l’est en ce sens que

saint Thomas dit que « le mot intelligence semble désigner la simple appréhension, tandis que la sagesse désigne une certaine abondance de certitude pour juger des choses appréhendées » (1).

Toute la raison spécifique et formelle du don d'intelligence requiert ainsi l’évidence (bien que pas toujours parfaite et consommée), et non pas l’obscurité propre à la foi ; en sorte que ce n’est pas l’affaire du don d'intelligence d’assentir sur le témoignage de celui qui parle, mais bien, par une certaine expérience des choses spirituelles, de les discerner et de les pénétrer, soit in via, en les distinguant au moins de ce qu’elles ne sont pas, soit dans la patrie en voyant ce qu’elles sont.

Comment l’acte du don d’Intelligence se distingue des actes de la Foi et des autres dons et habitus, — et sur quels objets à porte.

45. À ces questions il a déjà été répondu par ee qui précède, Saint Thomas en traite néanmoins d’une façon spéciale dans la IT* IT*, q. 8, a. 6 ; et-dans ce qu’il dit ensuite, q. 45, a. 2, il présuppose que nous pouvons connaître une chose, et en Jjuger, ou bien par l’enquête et par l’étude, ou bien par expérience et comme par une certaine connaturalité avec la chose connue.

C’est ainsi que les philosophes jugent de la chasteté par la science morale et par l’examen spéculatif des vertus, tandis que le tempérant en juge par connaturalité à la chasteté elle-même.

(1) Tn III Sent., dist. 35, q. 2, a. 2, quaestiunce. 3.

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Des réalités spirituelles et surnaturelles nous pouvons de même avoir la connaissance soit par l’étude ou par une illumination spéciale, soit par. une certaine expérience des choses divines, selon que Denys le dit de Hiérothée au livre des Noms divins, ch. 11 : (non seulement il les avait apprises mais encore il souffrait les choses divines. »

46. Aïnsi le don d'intelligence, en perfectionnant l’esprit, ne lui fait pas entendre la vérité comme en vertu de l’étude et de la discussion des arguments, et d’une manière métaphysique, mais en vertu d’une sorte de connaturalité et d’union aux choses divines, et d’une manière mystique, parce que cette union aux réalités spirituelles ne se fait pas en nous dans l’ordre de l’être mais dans l’ordre de l’amour, et par l’affection ou la spiration de la volonté ; et cette connaissance qui rectifie l’affection, et qui en retour reçoit de l’affection droite une expérience plus profonde des choses divines, c’est elle que produit le don d’intelligence. s

47. Cette doctrine est enseignée par saint Thomas dans la IT II, q. 8, a. 5, où il dit : « si l’intellect humain n’est pas mû par l’Esprit-Saint jusqu’à une droite estimation de la fin dernière, il n’a pas obtenu encore le don d'intelligence, quelles que soient d’ailleurs les lumières qu’il aït pu recevoir du Saint-Esprit comme préliminaires de cette lumière-là. » Or nul n’a la droite estimation de la fin dernière, sinon celui qui adhère fermement à cette fin comme au bien le meilleur, ce qui suppose dans

l’âme la grâce sanctifiante ; c’est ainsi que dans l’ordre des vertus morales l’homme a une idée juste de la fin par l’habitus de la vertu.

En se reportant à la doctrine exposée q. 45, a. 2, sur le don de sagesse, on verra clairement que pour saint Thomas ces dons qui informent l’intellect le perfectionnent mystiquement, et en raison d’une certaine connaissance expérimentale des choses divines, expérience qui ne peut avoir lieu sans l’affection et le goût par lesquels elles nous sont unies et comme connaturalisées.

48. Notre science des dons ne peut se baser que sur l’Ecriture, or celle-ci fonde la connaissance qui découle des dons sur une certaine affection et un certain goût intérieur : Goûtez et voyez (Ps. 33). Personne ne le connaît sinon celui qui le reçoit (Apoc., 11, 17). Sur lui reposera l’esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence…. (Isaïe, vunk Naf

Il est clair en outre que cette connaissance mystique et affective se rencontre très souveñt dans des hommes simples et incultes, et qui ont cependant un sens très sûr des choses spirituelles ; done cette connaissance ne vient pas de l’étude mais de l’expérience,

Et il n’y a pas de raison qu’une connaissance expérimentale ait lieu dans l’ordre moral en raison des vertus chez l’homme vertueux, et que ‘dans

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l’ordre des choses divines elle ne puisse se produi- :

re en raison de la communication surnaturelle par laquelle une âme est mue du Saint-Esprit. Si en effet le tempérant peut juger de la tempérance en

vertu de l’usage qu’il en fait, non moins que le philosophe en vertu de la discussion spéculative, pourquoi une âme unie aux réalités divines ne pour: rait-elle pas les connaître en vertu même de cette union ?

49, Si on objecte que cela ne prouve pas qu’il doit y avoir un don et un habitus spécial pour cette sorte de connaissance et de jugement, pas plus qu'il n’y a d’habitus spécial pour juger ou connaître les choses de la vertu par l’expérience de celles-ci, — nous répondons que le cas est très différent, en ceci que les vertus acquises et leurs opérations nous sont connaturelles et tombent sous notre expérience selon le mode naturel de notre activité. Bien plus, s’agit-il même des vertus infuses, — bien que par leur objet elles soient élevées au-dessus de la nature, cependant, parce que

dans le mode d’opérer elles procèdent selon la ma-

nière et la mesure du sujet humain et de son activité rationnelle, — un habitus spécial n’est pas nécessaire pour avoir d’elles une connaissance expérimentale. Mais pour prendre connaissance des choses surnaturelles et des mystères divins au delà de la mesure et du mode humains, il est nécessaire de poser un habitus spécial.

50. Cela étant établi, on en déduit facilement de quelle façon l’acte du don d'intelligence se distingue de n’importe quelle autre connaissance provenant d’un autre habitus.

Car les habitus intellectuels qui concernent la connaissance de la vérité par l’étude et l’industrie

propre (qu’ils soient d’ordre purement naturel, comme les sciences philosophiques, ou qu’ils soient fondés dans la foi, comme la théologie), conduits qu’ils sont par l’activité rationnelle de l’homme, se distinguent du don d’intelligence, parce que celui-ci ne pénètre et ne connaît les choses de la foi que par l’instinct et la motion du Saint-Esprit.

Par aïlleurs nous avons déjà montré que le don d'intelligence se distingue des autres illuminations infuses comme la prophétie par exemple, de même qu’il diffère des autres dons du Saint-Esprit, comme la sagesse, la science ou le conseil.

51. L'acte du don d’intelligence se distingue également de l’acte de la foi. Celle-ci, de même que le don, porte sur les premiers principes de la connaissance de grâce ; mais à la foi il appartient d’assentir aux choses qui sont dites, et au don

d'intelligence de les pénétrer (Cf. IT® IT®, q. 8,

a. 6, ad 2). On demandera pourquoi ce n’est pas le même habitus qui pénètre et qui assentit, — nous

répondrons que'le don d'intelligence assentit lui

aussi à la vérité qu’il pénètre, en ayant pour effet formel non pas précisément de la croire, maïs bien d’expérimenter en quelque facon, au moins ce qu’elle n’est pas (s’il s’agit de cette vie) et combien elle est éloignée des choses sensibles, et pure de tout mélange d’erreur; tandis que la foi assentit à la vérité en la croyant.

Et il y a cette différence entre assentir en

croyant et assentir en expérimentant ou pénétrant,

que celui qui croit adhère seulement au témoignage porté, et y assentit précisément sans investigation,

sans discussion. L'intelligence, au contraire, pénètre les réalités intérieures, recherche ce qui est caché, s’étend jusqu'aux raisons d’être, s’efforce de découvrir ce qui est voilé, et d’illuminer ce qui est obscur.

C’est ainsi que par le don d'intelligence le Seigneur révèle les mystères de la nuée, tandis que par la foi il vient du mont ombreux entouré de nuages, et l’intellect est captivé, et l’œil est comme obscurci, et l’âme marche jusqu’à la montagne de Dieu et jusqu’à son sanctuaire dans une terre déserte sans route et sans eau. C’est ce que ressentent ceux qui en restent dans l’oraison à la foi nue et aride ; leur âme est comme desséchée et leur langue adhère à leur palais lorsqu'ils croient seulement, et ne pénètrent pas à l’intérieur des mystères de Dieu.

Maïs au contraire lorsque le Saint-Esprit commence à répandre son haleine pour que les eaux de la grâce affluent ; et lorsque par le don d’intelligence il nous ouvre le sens; lorsqu'il envoie le souffle plus chaud de sa charité afin que nous goûtions au plus intime de nous-mêmes combien le Seigneur est doux ; — alors, tout aussitôt, il change en liberté la captivité de notre intellect. Sieut torrens in austro. Comme le torrent glacé par l’aquilon se liquéfie au vent du midi. Et les nuées fuient, et les aromes des mystères de la foi se répandent comme l’odeur d’un champ plein.

Alors nos yeux s'ouvrent comme ceux de la colombe. Nous ne sommes plus dans une terre déserte et sans eau, mais auprès des sources les plus pleines. Et l’âme ne se dessèche plus de soif, elle

est dans l’abondance, inondée de lumière, et son oraison s'élève comme l’encens en présence du Seigneur.

Voilà ce que fait le don d'intelligence.

52. Comment se justifie tout cela ? C’est dans l’Ecriture elle-même, qui nous révèle l’existence des dons du Saint-Esprit, que nous trouvons la différence entre la foi et le don d'intelligence, et la raison pour laquelle le même habitus ne suffit pas à assurer l’assentiment aux mystères et leur pénétration par l'intelligence (tandis que dans l’ordre naturel le même habitus suffit à assentir aux principes, et à les pénétrer).

Cette différence existe à deux titres.

En premier lieu : l’assentiment de la foi s’appuie sur un témoignage extrinsèque, et non pas sur ce qui est intrinsèque à l’objet, parce que la foi n’assentit pas à la vérité en vertu de la connaissance de ce qui appartient intrinsèquement à l’ob- ‘jet, mais sur le témoignage de celui qui parle, témoignage extrinsèque à l’objet. Au contraire, le don d'intelligence assentit à la vérité en pénétrant ce qui est intrinsèque à l’objet, et comme en lisant audedans, soit par une évidence négative et par voie de rémotion, soit par une évidence positive, comme dans la patrie. Aïnsi au regard du motif de la foi, les prédicats de l’objet et sa quiddité demeurent fermés, et elle se fonde uniquement sur le témoignage extrinsèque ; à cause de cela il est dit que l’œil s’obscurceit, et que l’intellect est fait captif, et demeure dans la sécheresse et la soif.

Selon saint Thomas il appartient à la foi d’assentir aux principes, au don d'intelligence de les pénétrer. Par là on doit entendre, d’une façon toute formelle, qu’il appartient à la foi d’assentir purement et précisément sans autre discussion ou investigation ou intelligence des attributs intrinsèques de l’objet lui-même, qui lui demeurent fermés, en ce sens qu’elle adhère seulement en raison du témoignage extrinsèque. Et ainsi elle ne fait pas autre chose qu’assentir.

Au contraire, le don d'intelligence s’efforce d’entrer, et de pénétrer dans l’intérieur de la chose, comme lorsque la Bienheureuse Vierge interrogeait l’Ange : Quomodo fiet istud, quoniam vIrum non CONOSCO. . Cette question ne procédait pas d’un manque de ie ou d’une hésitation, mais du don d'intelligence tendant à une pleine et intérieure connaissance du mystère, dans la mesure où il peut être connu en cette vie. Il est donc nécessaire de poser deux habitus distincts pour la foi et pour le don d'intelligence, parce que l’une et l’autre procèdent de deux raisons formelles, de deux motifs distincts : la foi procède d’un motif si extrinsèque que par lui-même il ne procure aucune analyse intérieure de l’objet ; le don d ’intelligence s'efforce de pénétrer l’intime de la chose, et il tend à cela imparfaitement dans la voie, Darfai tement dans la patrie; et c’est par L'effet formel d’une telle pénétration qu’il assentit aussi et juge, mais pas de la même façon que la foi.

53. In second lieu, cette différence se prend de ce que le don d’intelligence tend à pénétrer la vé-

rité, non pas d’une facon quelconque, mais par une certaine expérience affective des choses divines, tandis que la foi ne procède pas d’une telle expérience, mais du seul témoignage de celui qui parle, c’est pourquoi elle peut exister même chez le pécheur, sans la grâce, en l’absence de laquelle pourtant les dons n’existent pas.

Mais dans l’ordre naturel le même habitus des ‘premiers principes pénètre les vérités et tout à la fois y assentit, parce que là l’assentiment est fondé sur la pénétration et l’évidence; et au sujet de ces principes il n’y a pas d’assentiment fondé sur le nu témoignage de celui qui parle, et extrinsèque à l’objet, comme c’est le cas pour l’habitus de la foi.’

94. Quant aux objets auxquels s'étend le don d'intelligence, saint Thomas écrit (IT-IT, q. 8, a. 1) que c’est n’importe quel objet caché, qui ne peut pas être suffisamment pénétré par la lumière naturelle. Et il les groupe en six catégories. Car une réalité peut être cachée ou sous les accidents, ou sous les mots, ou sous les figures ou les analogies, ou sous les choses sensibles, ou sous ses causes, ou sous ses effets.

Tout ce qui peut être caché sous ces voiles, tout cela est l’objet du don d'intelligence, surtout sl s’agit de réalités surnaturelles, à quoi conduit di- : rectement cette lumière surnaturelle ; maïs les réalités naturelles ne sont pas exclues si elles servent aux surnaturelles, et si elles aident à distinguer

celles-ci de tout ce qui est erreur ou apparence sensible.

1° Sous les accidents sont cachées les substances, ou d’autres accidents moins apparents, et il appartient au don d'intelligence de scruter tout cela ; il perçoit [bien qu’imparfaitement dans cette vie,] que sous les accidents du pain est absente la substance du pain; et que le corps tout entier du Christ est présent dans le sacrement par mode. substantiel, non par mode quantitatif ; que dans le mystère de l’Incarnation la nature humaine est sans subsistence propre, et beaucoup d’autres choses semblables...

09. 2° Sous les paroles sont cachés divers sens, et ainsi, entendre le sens propre et littéral des Ecritures appartient au don d'intelligence. C’est pourquoi il est dit dans Lue, xx1v, que le Seigneur ouvrit le sens aux disciples pour qu'ils entendissent les Ecritures.

3° Sous les figures ou les énigmes sont cachés les divers sens mystiques, à savoir : le moral, l’anagogique, l’allégorique, et de même le paraboli que sous les similitudes.

4° Sous les choses sensibles sont cachées les intelligibles, et toutes les réalités spirituelles, qui sont connues de nous par voie de rémotion, comme les anges et Dieu.

5° Sous les causes sont cachés les effets, comme sous les sacremernts la grâce, sous la passion du Christ la rédemption, et tous les effets de celle-ci.

6° Sous les effets sont cachées les causes, comme sous les effets de la prédestination ou de la réprobation, l’abîme infini des jugements de Dieu.

A toutes ces choses s'étend le don d'intelligence,

plus ou moins selon la dispensation du Saint-Esprit.

56. Et cela n’est pas contredit par le fait que beaucoup de ces choses peuvent être atteintes par l’étude, surtout par la théologie.

Car ainsi que le dit saint Thomas à l’endroit cité, la lumière naturelle est d’une vertu finie, et ne porte pas au delà d’une certaine distance, l’homme a done besoin d’une lumière surnaturelle pour pénétrer plus loin et pour connaître certaines choses qu’il n’est pas capable de connaftre par la lumière naturelle. Il est bien des choses de cette sorte que notre intellect n’atteint pas par sa lumière naturelle, même avec le secours de la foi, sans l’illumination du don; il y en a bien d’antres qu’il entend d’une manière très obscure, sous les voiles de l’imagination et au milieu de mille erreurs, qui, si nous ne les discernons par un don spécial de pénétration intellectuelle, obscurcissent l’esprit; et les illuminations particulières (autres que le don) qu’il peut lui arriver de recevoir ne comportent pas par elles-mêmes la droite estimation de la fin dernière et l’adhésion à cette fin, (de telles illuminations se rencontrent en effet même chez des pécheurs dont la foi est morte) ; c’est pourquoi il faut que l’esprit soit perfectionné par le don d'intelligence qui protège des erreurs et des phantasmes, et fait expérimenter l’adhésion à Dieu, fin ultime.

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