‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 21 sur 47 · FRONT · texte numérisé non relu

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de la vision ; et donc nous ne pourrions pas posséder les sept dons du Saint-Esprit, qui furent dans le Christ.

La majeure, quant à la première partie (que les sept dons furent dans le Christ) est de foi d’après le texte cité d’Isaïe, Et quand à la seconde partie (qu’en nous se trouvent les mêmes dons), elle exprime le sentiment commun de l’Eglise. Et comme il n’existe pas d’autre témoignage révélé pour fonder dans l’Ecriture ce sentiment commun de l’Eglise, que ce même lieu d’Isaïe, c’est donc bien les mêmes dons attestés par Isaïe dans le Christ qui se trouvent aussi en nous.

70. La mineure, après cela, est clairement démontrée ; nous qui marchons dans la foi, nous n’avons pas la vision béatifique : done si le don d’intelligence dans les bienheureux (et dans le Christ) était la lumière de gloire elle-même, et s’il avait pour acte la vision bienheureuse, alors un tel don n’existerait pas en nous.

Enfin la conclusion est également certaine, parce que, on vient de le voir, la raison pour laquelle nous posons qu'il y a en nous les sept dons du Saint-Esprit, c’est qu'ils furent dans le Christ. Donc si dans le Christ, qui a toujours joui de la vision béatifique, le don d'intelligence était la lumière de gloire, ce don nous manquerait à nous, qui ne possédons pas, dans la voie, la lumière de gloire, et ainsi nous ne pourrions recevoir que six dons du Saint-Esprit, et non pas sept.

71. On dira :.1l y a eu dans le Christ un don d'intelligence distinct de la lumière de gloire, par-

ce que le Christ n’a pas seulement été bienheureux, mais aussi voyageur : et ainsi demeure un fondement suffisant, pour qu’il y ait en nous voyageurs les sept dons, tandis que dans les bienheureux il n’y aura pour don d’intelligence que la lumière de gloire, parce qu’ils ne sont plus voyageurs. :

72. I1 faut répondre à cela que si le Christ a poscédé in via le don d'intelligence tel qu'il est en nous, ou bien un tel don était une lumière obscure et incompatible avec la vision dont le Christ jouissait, ou bien il était une lumière parfaite et compatible avec la vision, de même que sont compatibles avec elle la science infuse et les connaissances par lesquelles le Christ pénétrait clairement les choses dans leur genre propre, connaissances qui existent toujours en lui. ;

Mais dans la première hypothèse un tel don ne pouvait se trouver dans le Christ, pas plus que la foi, parce qu’il n’y a jamais rien eu d’obscur dans l'intelleet du Christ, qui fut toujours bienheureux avee une absolue plénitude, « plein de grâce et de vérité».

Et si l’on choisit la seconde hypothèse, alors il n’y a pas de raison que ce don (distinct de la lumière de gloire) ne demeure pas dans la patrie; si ce don était dans le Christ voyageur une lumière parfaite compatible avec. la lumière de gloire, il n’y a pas de raison qu'il ne demeure pas toujours avec elle, même dans la patrie, parce que ce qui ne répugne pas (à la lumière de gloire) et qui par ail. leurs implique de soi perfection, il n’y à pas lieu que cela cesse et soit détruit à la cessation de l’état

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‘de voie. C’est ainsi que la science infuse demeure, même maintenant, dans le Christ.

73-75. Enfin les autres dons intellectuels, sagesse, science et conseil, demeurent dans la patrie, distincts de la vision et de la lumière de gloire, comme saint l'homas l’indique au sujet de la seience et du conseil (1). Il doit donc en être de même pour le don d'intelligence.

En effet la lumière de gloire et la vision béatifique atteignent Dieu, et en Dieu les créatures et les raisons et les causes de celles-ci, et dirigent la volonté selon une union plénière, grâce à laquelle elle ne s’écarte jamais de la règle divine.

Et si le don d’intelligence était la lumière de gloire parce qu’il se rapporte à l’essence divine elle-même clairement vue dans la patrie, — les dons de sagesse, de science et de conseil devraient aussi se confondre avec cette lumière, parce que, considérant les choses par leurs causes ou règles suprèêmes, ils se rapportent aussi, in Patria, à l’essence divine clairement vue comme cause et règle suprême de toute chose et de toute action.

76. Si l’on demande : Par quelle raison formelle les dons d'intelligence et de sagesse se distinguentils dans la patrie de la lumière de gloire, et quel acte peuvent-ils exercer qui soit distinct de la vision divine, puisque l’un et l’autre portent sur Dieu connu avec évidence et non obscurément ?

(1) Sent. III, dist, 35, q. 2, a. 4; q. 3. Saint Thomas y compare la science et le conseil aux vertus actives qui demeurent dans la patrie bien que la matière en soit changée.

77. Nous répondons que tout cela peut s’expliquer d’un mot, en disant que la vision béatifique est produite par la lumière de gloire qui excite et règle l’amour, — tandis que la connaissance pro. curée par les dons d'intelligence et de sagesse est fondée sur l’amour béatifique ; elle est le goût qu’on a de Dieu aïmé et uni à l’âme.

Aïnsi la connaissance de Dieu dans la patrie est double. La connaissance de vision porte sur Dien lui-même immédiatement en soi, et cette connaissance précède [d’une priorité de nature] l’amour béatifique de charité, qui naît de cette vision. Maïs il y a encore même dans les Bienheureux une autre connaissance de Dieu qui a lieu extra Verbum et selon que Dieu est connu par ses effets et dans ses effets, et c’est là une connaïssance multiple, tant d’ordre surnaturel et infuse, que d’ordre naturel et acquise.

Parmi les connaissances surnaturelles de cette sorte, la première et la plus importante est celle qui naît de l’affection elle-même et du goût, et de la fruition intime, par laquelle l’âme adhère à Dieu, et lui est connaturalisée et unie : et cet effet est quelque chose de créé.

Pénétrer et appréhender les choses divines, juver et approfondir les raisons des mystères en vertu de cette connaturalité et union à Dieu, et par la présence et le goût expérimental de celui-ci, appartient donc à la lumière et à l’habitus des dons d’intelligence et de sagesse.

Et connaître les choses divines selon qu’elles resplendissent à l’intelligence en d’autres effets,

soit surnaturels, soit naturels, appartient à d’autres connaissances, ou infuses, ou naturelles, qui ne procèdent pas de l’adhésion affective à Dieu, et sont des connaissances non pas mystiques, mais purement intellectuelles, qui regardent la vérité des choses en elles-mêmes, en dehors du sujet.

78. On voit ainsi que la connaissance mystique in Patria n’est pas formellement la vision béatifique eile-même, bien qu’elle dérive de celle-ci ; de même que dans la voie elle est en continuité avec la fei, et réglée par elle.

Dans la patrie l’âme est tellement absorbée par la vision dans la présence elle-même de la divinité, que dans l’esprit et l’affection mêmes par quoi elle adhère à Dieu et goûte sa douceur, elle le touche et le connaît mystiquement, non pas d’une manière quelconque, mais en telle sorte que Dieu lui-même est tout en elle : en tout ce qu’elle voit en soi et hors de soi elle touche Dieu, elle savoure Dieu, comme enivrée et débordant de la plénitude de la divinité : Et ubi fluminis impetus laetificat civitatem Dei, C’est là, en vérité, la somme de toute la connaissance mystique de Dieu, maïs ce n’est pas la vision formelle elle-même, béatifique, de Dieu.

79. Cette connaissance affective et mystique, qui résulte de la vision béatifique, lui est inférieure, ies dons en effet sont inférieurs aux vertus théolo. gales et & fortiori à la vision divine, comme saint Thomas l’enseigne dans cette question 68, a. 8. De la vision découle l’amour intime et fruitif de Dieu, et de la fruition elle-même suit une certaine con-

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naissance affective et expérimentale non seulement de Dieu en soi (ce que fait la vision), mais de Dieu comme goûté et expérimenté et touché en nous.

| 80. On dira : Tout cela ne semble pas être autre | chose qu’une certaine connaissance réflexe de l’acte même de vision et de fruition de Dieu, et ce

n’est pas un don du Saint-Esprit qui est nécessai-

re pour cela, mais la science infuse, par laquelle : sont connus la grâce et les dons spirituels, dont + l’un est la vision fruitive de Dieu.

81. Nous répondrons que le goût et l’expérience intime de la douceur divine, sur quoi est fondée la connaissance mystique, n’a pas lieu sans une certaine réflexion sur l’acte même de goûter Dieu et d’en jouir. Par ailleurs cette réflexion peut être considérée de deux manières.

Ou bien en tant qu'’eile.est une réflexion qui tend à connaître cet acte entitativement et quant à son essence.

Ou bien en tant qu’elle connaît cet acte quant à son exereice et à son effet qui est de donner de Dieu un goût expérimental. Et c’est de cette secon- . de manière que la connaissance affective est fondée dans cette réflexion sur l’acte par lequel le bienheureux jouit de Dieu.

Il y a en effet une très grande différence entre connaître un objet ou un acte quidditativement et entitativement, même par une connaissance réflexe, et le connaître expérimentalement et affectivement. Car le Christ Seigneur connaissait à la perfection. son obéissance et sa passion par sa science bien-

heureuse et infuse, et cependant : i a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, comme le dit l’Apôtre aux Hébreux, 11.

Ainsi donc, encore que les bienheureux voient

* Dieu parfaitement par la vision béatifique et con-

naissent leur acte de vision par la science infuse,

— cependant, des choses qu’ils expérimentent dans :

la joie et la fruition, et de cette inviscération de la source de. vie en eux-mêmes qui les inonde comme un torrent, ils apprennent encore, par le don d’intelligence, combien le Seigneur est doux.

82-84, Et cette connaissance que ie don d’intelligence procure par une expérience affective n’est pas superflue, là où existe déjà une expérience intuitive. Car de même qu’il convient que Dieu soit connu de plusieurs manières par le même intellect (à savoir par la vision béatifique, la science infuse, et la science acquise), de même il convient à l’âme bienheureuse d’avoir une double expérience de Dieu et des choses divines, l’une quidditative et intuitive comme par la vue : Lorsqu'ils verront le Roi dans sa gloire, l’autre affective et fruitive, et comme par le toucher : Lorsque sa droite nous embrassera.….

Cette connaissance expérimentale affective, comme par mode de toucher, sera sans doute inférieure à la vision quidditative et intuitive, puisqu'elle sera fondée sur quelque chose de créé, à savoir sur la fruition divine, — mais elle ne sera pas superflue parce qu’elle fera connaître Dieu d’une autre facon et selon une autre formalité. Et bien que ce ne soit pas la vision formelle de Dieu, mais une

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