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CHAPITRE VI

Les dons de Piété, de Force et de Crainte

1. Ces dons correspondent aux facultés appétitives, et aux vertus cardinales qui informent la volonté et l’appétit. Ainsi la piété correspond à la religion, et à toute la matière de la justice, vertu qui informe la volonté ; le don de force à la vertu de même nom, qui est dans l’irascible. Le don de crainte correspond à la vertu de tempérance, en tant que par la crainte de Dieu l’homme s'éloigne des concupiscences de la chair, selon le verset 120 du psaume 118 : Glacezmes chars de votre crainte, car je redoute vos jugements; maïs il correspond aussi à la vertu d’espérance, en tant que directement et par soi il nous fait respecter Dieu et éviter de l’offenser, et réprime la présomption qui s’oppose à l’espérance. C’est ce qu’enseigne saint Thomas dans la II® IT*, q. 141, a. 1, ad 3 : « Le don de crainte se rapporte principalement à Dieu qu’il nous détourne d’offenser, et à ce titre il correspond à la vertu d’espérance. Mais il se rapporte aussi à tout ce que l’homme évite afin de ne pas offenser Dieu. Et l’homme a grand besoin de la crainte divine pour s'éloigner des choses qui l’attirent le plus, et auxquelles a trait la tempérance, et à ce titre le don de crainte correspond encore à cette vertu. »

Au sujet de ces dons il y a deux choses à examiner:

1° Quelle est la raison formelle qui les distingue des vertus morales, même infuses, qui leur correspondent ;

2° A quels MES quelle matière, s’étend chacun de ces dons.

Le don de Piété.

2. Nous commençons par ce don, bien que dans Isaïe le don de force, comme subordonné au don de conseil, soit placé avant la piété qui est subordonnée au don de science ; le motif qui nous détermine est que la matière de la piété, — qui concerne la religion et la justice, lesquelles résident dans la volonté, — est plus noble que la matière de la force.

Il est vrai que plusieurs ne lisent pas en Isaïe la piété comme distincte de la crainte, parce qu'ils disent qu’en hébreu le même vocable sert pour nommer l’esprit de piété et l’esprit de crainte.

Cependant, la Vulgate distingue clairement l’esprit de piété de l’esprit de crainte, et cette distinetion est confirmée aussi par la tradition des Pères, et l’usage de l’Eglise confessant l’Esprit septiforme, à cause des sept dons nommés dans Isaïe..

Et certes, bien que le culte, à quoi se rapporte la piété, et la révérence que É crainte manifeste, aient beaucoup de points de rencontre, cependant la piété et la crainte diffèrent par la matière et la raison formelle, parce que la piété et la religion ont pour matière le culte à rendre à Dieu, en tant

que Dieu est regardé comme infiniment bienfaisant et principe de tout bien. Au contraire par la crainte l’âme révère Dieu en se retirant dans sa propre petitesse, et comme en fuyant Dieu Majesté Souveraine et puissant pour châtier. Et ainsi la crainte diffère nettement de la piété.

: 3. Il faut montrer maintenant comment le don de piété diffère des vertus, et à quelle matière il s’étend.

4. En ce qui concerne la raison formelle, une première difficulté se présente dans la distinction du don de piété et de la vertu infuse de religion qui lui correspond.

Saint Thomas dit, il est vrai, dans la IT* IT“, q. 121, a. 1, que « le don de piété est un sentiment d’affection filiale envers Dieu, que le Saint-Esprit produit en nous, selon l’Apôtre aux Romains, VIII,

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