‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 33 sur 47 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du nombre des dons

1. Il est certain que les dons sont au nombre de sept, seuls peut-être le contesteraient quelques auteurs qui ne distinguent pas les dons des vertus, et les égalent à quelques-unes de celles-ci.

Ces auteurs ne s’arrêtent pas beaucoup au texte d’Isaïe dénombrant au chapitre xr sept esprits, ou dons du Saïnt-Esprit, parce qu'ils disent que ce n’est pas là un nombre précis et adéquat, puisque, après l’énumération de ces sept esprits, Isaïe nomme encore la foi et la justice, quand il dit : Et la justice ceindra ses flancs, et la fidélité sera la ceinture de ses reins, ajoutant ainsi deux autres dons aux sept premiers.

Opinion que Lorca ne repousse pas absolument, puisqu'il croit qu’elle peut être soutenue avec probabilité. Néanmoins il avoue que l’opinion opposée est plus commune, et qu’il n’y a pas lieu de s’en écarter, à cause de l’autorité des Pères et des théologiens qui admettent communément qu'il y a sept dons du Saint-Esprit.

2. En réalité ce nombre de sept dons recoit une telle autorité du sens de l’Eglise, des Pères et des scolastiques, que nulle probabilité ne peut être ac-

cordée à l’opinion opposée. Quelle probabilité pourrait-il y avoir, en effet, dans une opinion qui est contre le sentiment commun et concordant des Pères et des théologiens, et contre le sentiment recu dans l’Eglise, qui elle-même, dans l’hymne de la Pentecôte, dit du Saint-Esprit : Tu septiformis munere… et encore : Da tuis fidelibus in te confidentibus sacrum septenarium.

Et il est clair que les Pères et l’Eglise n’entendent pas ce nombre métaphoriquement, comme il arrive parfois que par le nombre sept on désigne une certaine totalité ; ils l’entendent comme ayant une signification proprement numérique, et cela parce que l’Ecriture parle de ces dons en les spécifiant, et en assignant à chacun son nom, comme à des choses déterminées et définies, dont l’ensemble constitue ce nombre de sept. Lorsqu’Isaïe dit L'Esprit du Seigneur reposera sur lui, 11 parle de l’Esprit en général, ensuite il énonce une division spécifique, et il désigne chaque don par son nom, disant : l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de science et de conseil...

C’est pourquoi Tertullien contre Marcion, ch. virr, commentant ce passage, dit : &« L'Esprit du Seigneur reposera sur lui, et ensuite il en énumère les espèces : l’esprit de sagesse et d’intelligence, etc... »

Or lorsque l’Ecriture pose un certain nombre, et nomme chaque espèce et chaque chose énumérée, c’est qu’elle ne veut pas signifier un nombre indéterminé, mais un nombre déterminé et expressément désigné. Tel est l’enseignement commun des

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Pères (1) et des théologiens, et le sentiment commun des fidèles. La chose est donc plus que probable, et l’opinion opposée plus qu ’improbable. De cette vérité, d’ailleurs, aucune preuve d’ordre naturel ne peut être donnée, puisque nous ne savons rien de ces dons que par la révélation de la To: par l’Ecriture et par la tradition de l'Eglise ; elle peut seulement être expliquée et défendue, non démontrée.

3. Nous devons done, en premier lieu, rechercher une raison qui, au moins selon quelque analogie, montre que ce nombre est convenable, — et nous le ferons surtout en examinant la raison proposée par saint Thomas.

En second lieu, examiner si ces Je dons sont sept espèces indivisibles, ou des sous-genres, en telle sorte que dans leur extension soient contenues plusieurs espèces ultimes ou indivisibles ; dans ce cas, à parler absolument, il y aurait plus de sept dons.

4, Sur le premier point il faut remarquer que saint Thomas, dans la question 68, a. 4, a prouvé

(1) Videndus est Hieronymus super locum citatum Isaiae; Gregorius I moralium, cap. XII, alias XXVIII, et homilia XIX in Ezechiel; Augustinus sermone CTX de tempore, et sermone XVII de sanctis, et lib. II de doctrina christiana, cap. VII, et lib. I de sermone Domini in monte, cap. IV, et cap. IX; Ambrosius lib. I de Spiritu sancto cap. XX, et in Psalmum CXVIII, octonario V; Cyprianus libro primo ad Quirinum, cap. XI, et libro de cardinalibus Christi operibus, capte de unctione chrismatis; Bernardus sermone L in Cantica, et sermone II de Annumtiatione; Tertullianus ubr supra et libro contra Judaeos, cap. IX ; Origenes homilia VI in Numeros, et homilia III in Isaiam (Références indiquées par Jean de Saint-Thomas).

la suffisance des sept dons, par cette raison que les sept dons perfectionnent toutes les énergies rationnelles qui sont faites pour obéir à l'inspiration divine et être conduites par elle, à savoir : la raison et l’appétit. La raison est spéculative et pratique, et en chacune de ces parties elle est perfectionnée par un double don, sans que rien de plus. soit requis ; car la raison pratique et la raison spéculative n’ont que deux fonctions : appréhender ou … trouver la vérité, et porter sur elle un jugement résolutif. Ainsi la raison spéculative est perfection-. née quant à l'invention par le don d’intelligence, et quant au jugement par le don de sagesse, qui juge par les causes les plus élevées. Et la raison pratique est perfectionnée quant à l’invention par le conseil, et quant au jugement par la science, qui juge par les causes inférieures.

La puissance appétitive doit être perfectionnée sous trois rapports :

1° A l’égard d’autrui, ce qui concerne proprement la volonté et se rapporte à la justice ; et c’est le fait du don de piété.

2° À l’égard de soi-même, en réglant l’irascible, et c’est le fait du don de force.

3° À l’égard de soi-même encore, en réglant le concupiscible, et c’est ce que fait le don de crainte.

5. Ce dénombrement de saint Thomas est complet, parce qu’il comprend tout ce qui dans les puissances rationnelles peut être perfectionné par la motion divine. Et saint Thomas montre que tout ce qui ressortit aux vertus intellectuelles, et aux

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vertus cardinales, a son correspondant dans les dons ; comme il y a en effet quatre vertus cardinales, prudence, justice, force, tempérance, — quatre dons leur correspondent : les dons de conseil, de

piété, de force et de crainte. Aux vertus intellec-

tuelles, qui sont l’habitus des premiers principes

. appelé intelligence, la sagesse et la science, corres-

pondent les dons d'intelligence, de sagesse et de science.

Pour perfectionner Îla raison pratique il y a

deux vertus, l’une pour l’agir, c’est la prudence, et

à celle-ci se rapporte le don de conseil ; l’autre pour le faire, et c’est l’art, à quoi ne correspond aucun don du Saint-Esprit, comme saint Thomas l’enseigne dans cette question 68, a. 4, ad 1. Et voici pourquoi : les dons ont pour fin de nous disposer à suivre facilement la motion du Saint-Esprit en tout ce qui concerne la rectitude morale, et la bonne disposition de l’âme à l’égard de sa fin dernière. Mais les facultés ordonnées à la produc-

- tion artistique ne reçoivent pas une telle motion

du Saint-Esprit, parce que les arts ont trait seulement à des œuvres d’ordre naturel, — il n’y a pas d'ouvrages d’art surnaturels ; il ne doit donc pas y avoir non plus d’art surnaturel. Or les dons du Saint-Esprit sont surnaturels ; donc il n’y a pas de .don qui corresponde à free ni de motion du Saint-Esprit qui ressortisse à cet ordre.

6, Quant aux trois vertus théologales, elles sont présupposées par les dons comme leur racine et leur fondement, parce qu’elles nous unissent à Dieu, union sans laquelle le Saint-Esprit ne pour-

rait mouvoir l’âme d’une manière habituelle, comme il le fait au moyen des sept dons.

Cependant les dons d’intelligence et de science se rapportent particulièrement à la foi, et font pénétrer et juger avec rectitude les mystères révélés. Le don de crainte se rapporte à l’espérance, en tant qu’il réprime la présomption. A la charité se rapporte la sagesse, en tant que celle-ci expérimente Dieu par la saveur et le goût de l’amour, et Le

possède par une connaissance affective. Ainsi de.

quelque côté que l’on considère les choses, ce nombre de sept dons est suffisant et adéquat.

7. Objection : — Saïnt Thomas affirme, dans la question que nous venons de commenter, que les dons d'intelligence et de sagesse perfectionnent les facultés spéculatives, les dons de conseil et de science et les facultés pratiques. Cependant les dons d'intelligence et de sagesse sont aussi pratiques, comme la foi qu'ils servent, et qui est non seulement spéculative mais aussi pratique parce qu’elle opère par la charité. Et d’un autre côté la science n’est pas seulement pratique, elle est aussi spéculative, parce qu’elle ne juge pas seulement de ce qui est à faire, mais aussi, selon son mode propre de science, des vérités en elles-mêmes.

C’est ce que saint Thomas lui-même a reconnu, comme on peut le voir dans la IT® IT®, q. 8, a. 3 et 6, et q. 9, a. 8. Maïs puisqu'il rétracte là ce qu’il avait dit dans la question 68, et sur quoi il fondait le dénombrement des dons, tout ce dénombrement s’écroule et c’est en vain que l’on en fait état.

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