Réponse : — On pourrait cependant défendre
encore cette position en disant que bien que l’intelligence et la sagesse soient à la fois spéculatives et pratiques, elles prédominent cependant dans la spéculation, et à cause de cela lui sont spécialement attribuées ; tandis que le don de science, parce qu’il procède par les causes inférieures, prédomine dans la connaissance pratique (ainsi que le conseil), encore qu’il soit aussi spéculatif. Maïs nous préférons abandonner cette position, bien qu’elle ne soit pas insoutenable, et suivre saint Thomas qui, dans
6 la IT II, q. 8, a. 6, s'exprime ainsi :
(€ Il semble à certains que le don d’intelligence se distingue des dons de science et de conseil en ce que ces deux derniers se rapportent à la connaïssance pratique, et le don d’intelligence à la connaissance spéculative ; et qu’il se distingue du don de sagesse en ce qu’il appartient à celle-ci de juger, et à l’intelligence d’appréhender les choses proposées, et de les pénétrer intimement. Et c’est d’après cela que nous avons plus haut (q. 68, a. 4) déter- : miné le nombre de dons. Maïs à qui examine les choses avec attention il apparaît que le don d’intelligence n’est pas seulement spéculatif, mais aussi pratique, comme il a été dit. De même le don de science est à la fois spéculatif et pratique, comme on le dira plus loin. C’est done d’une autre manière qu’il faut entendre leur distinction. »
Ainsi parle saint Thomas ; et lorsqu'il dit que la première opinion a été soutenue par quelques-uns, il insinue clairement que dans la question 68 il a parlé selon une opinion étrangère qu’il se réservait d’examiner ailleurs, et plus commodément, avec toute l’attention nécessaire.
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9. Nous dirons donc, conformément à l’enseignement définitif de saint Thomas, que trois dons perfectionnent l’appétit : la piété, la force, la crainte ; auxquels il faut joindre le conseil qui se rapporte à à la connaissance pratique et correspond à la vertu de prudence.
Mais la convenance et la suffisance des dons
d'intelligence, de sagesse et de science, qui sont à la fois spéculatifs et pratiques, ne peuvent être
établies par correspondance aux vertus intellectuelles, dont quelques-unes perfectionnent les facultés spéculatives et les autres seulement les facultés pratiques, cela à cause de leur limitation essentielle, et de l’étroitesse de leur raison formelle, qui font qu’une même vertu ne peut informer et parfaire à la fois la spéculation et l’action.
Au contraire, les vertus théologales et les dons du Saint-Esprit sont si élevés qu’ils peuvent informer à la fois l’une et l’autre, comme cela apparaît dans la foi, qui est spéculative et pratique, et aussi dans la vision béatifique. Dans ces qualités surnaturelles, en effet, il n’y a pas à considérer les limitations propres au sujet qu’elles perfectionnent, mais la participation de la science divine qu’elles représentent, et dont elles tiennent la place, et qui embrasse à la fois la spéculation et l’action.
À cause de cela il est plus formel et plus vrai de distinguer ces dons comme saint Thomas le fait dans la IT IT*, q. 8, a. 6, par rapport à la foi, que par correspondance aux vertus intellectuelles.