‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 42 sur 47 · RS SL · texte numérisé non relu

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et parfaitement mue par l’Esprit-Saint et docile

à ses inspirations. Ainsi les dons du Saint-Esprit

demeurent dans la patrie.

24. Cet argument prouve la permanence des dons dans la patrie en considérant précisément leur raison formelle, qui est la régulation et la motion du Saint-Esprit, comme nous l’avons montré en traitant du don d'intelligence.

Reste à savoir si du côté de la matière, ou de quelque condition requise, ils n’impliqueraient pas quelque imperfection, incompatible avec l’état des bienheureux. |

95. Première objection : — La matière de certains dons, comme saint Thomas l’accorde au même article 6, ne demeurera pas dans la patrie où n’existent plus les œuvres de la vie active, à quoi sont ordonnées la piété et la force, — ni l’intelligence et la pénétration des choses de la foi, à quoi sont ordonnés les dons d'intelligence et de science, — ni les tentations, contre lesquelles les dons nous prémunissent, comme le dit saint Grégoire au second livre des Morales. Or la matière et l’objet des vertus venant à manquer, les vertus disparaissent ; ainsi les dons du Saint-Esprit ne demeurent pas dans la patrie, tels qu’ils sont ici-bas.

96. Seconde objection : — En tout cas il est impossible que les dons intellectuels soient les mêmes dans la voie et dans la patrie : ainsi tous les dons n’y subsistent pas.

- Preuve de l’antécédent : les dons d’intelligence, de science et de sagesse comportent de l’obscurité

dans cette vie, puisqu'ils sont réglés par la foi et sont compatibles avec elle; maïs un habitus intrinsèquement obscur ne peut demeurer dans la patrie, où l’intelligence sera tout illuminée ; car toute obseurité est une imperfection incompatible avec la souveraine perfection de l’état de gloire. Or l’obseurité qui convient intrinsèquement à un habitus, ne peut disparaître sans que soient détruits toute l’entité et tout le fondement de celui-ci ; comme l’obseurité de la foi ne peut être supprimée sans que l’essence de la foi ne soit anéantie. Par conséquent les dons qui impliquent une certaine obseurité, comme ia foi elle-même, ne peuvent pas demeurer dans la patrie, maïs ils doivent céder la place à d’autres, qui soient sans obscurité.

Troisième objection : — T’Apôtre (T. Cor., xrrt), dit que la science prendra fin dans l’autre vie, de même que les prophéties et les langues cesseront, et il parle là des dons surnaturels.

27. Réponse à la première objection : — Ce n’est pas toute la matière des dons qui fera défaut dans la patrie, mais seulement une certaine matière accessoire et secondaire, où un certain mode, une certaine condition de la matière, qui n’est compatible qu’avec la vie présente. Il en est pour les dons comme pour les vertus cardinales, qui demeurent dans la patrie, ainsi que nous l’avons montré ailleurs. Et ainsi saint Thomas n’à pas dit dans cet article 6, que toute la matière s’évanouira, sur laquelle les dons portaient dans cette vie, mais qu’une certaine matière sur laquelle ils opèrent icibas n’existera plus dans la patrie; et dans l’ad 2

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il explique en détail, d’après les paroles de saint Grégoire qu’invoquait l’objection, comment quelque chose de la matière qu’il assigne aux dons passe avec cette vie, et quelque chose demeure dans l’autre vie.

Et ainsi ce n’est pas toute la matière adéquate des dons qui passe, mais seulement ce qui dans la matière des. dons convient à l’état imparfait de la vie présente.

En effet la matière principale et adéquate d’un

don est ce vers quoi l’homme peut être dirigé par

l'impulsion du Saint-Esprit, soit dans cette vie soit dans l’autre, soit dans le combat soit dans le triomphe, parmi les labeurs de la vie présente ou dans la Oo Eplaion et la fruition de la vie éternelle. g- |

Et ainsi, bien que cessent la vie active se les be beurs du temps présent, cependant ne cessent pas les choses qui sous l'impulsion du Saint-Esprit doivent être accomplies dans l’autre vie par le moyen des dons. Or la matière primordiale et adéquate d’une vertu subsistant, cette vertu elle-même

subsiste.

28. Réponse à la seconde objection : — Nous nions l’antécédent. A la preuve apportée nous avons déjà répondu au chapitre 111, que la raison formeile de ces dons comporte l’évidence, par le moyen de la connaissance affective et expérimentale, et du contact de l'Esprit divin, bien que le sujet connaissant puisse être privé de cette évidence, du moins comme évidence intrinsèque et positive. C’est ainsi que la science subalterne appelle

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l’évidence en tant que science, et cependant elle peut en manquer dans tel sujet connaissant, quand elle n’est pas en continuité avec la science subalternante qui lui donne l’évidence de ses principes, ainsi que nous l’avons montré plus longuement aïlleurs.

C’est pourquoi les dons intellectuels, lorsque la foi cessera, demeureront les mêmes en substance, mais purifiés de toute l’imperfection qu’ils ont ici tandis que nous cheminons dans la foi. En effet ces dons sont comme subalternés à la vision béatifique, de même que la charité, dans laquelle ils sont fondés, est de soi subordonnée à cette vision. Mais dans l’absence de la vision cette subordination est suppléée par la foi, et en raison de celle-ci les dons n’ont pas l’évidence parfaite des vérités que nous croyons. Et cependant ils possèdent une certaine évidence, telle qu’elle est possibe en cette vie, au moins quant à la crédibilité des choses de la foi, parce qu’ils nous font connaître clairement que « ces témoignages sont souverainement croyables. »

Et quant aux mystères eux-mêmes de la foi, bien qu’en l’absence de la vision béatifique les dons ne puissent pas pénétrer ce qu’ils sont positivement en eux-mêmes, — ils peuvent cependant, d’une évidence extrinsèque et négative, connaître ce que les : mystères ne sont pas, en les discernant e“ les séparant des erreurs opposées, et en distinguant par voie de rémotion les réalités spirituelles des choses = sensibles et tombant sous l’imagination.

Ces dons ne procèdent pas par mode de croyance comme la foi, mais en comprenant, en pénétrant et

eù jugeant ce qui est de la foi. Et ainsi il n’est pas vrai qu’ils soient intrinsèquement obscurs en vertu de leur raison formelle, au contraire ils comportent l’évidence, ici-bas imparfaite, et seulement négative, au sujet des choses crues eltes-mêmes, positive au sujet de la crédibilité. Rien en effet ne montre avec autant d’évidence, et n’assure aussi fortement que le témoignage de la foi est bon, que cette inspiration et cette motion intérieure, par iesquelles l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, que nous sommes les enfants de Dieu, comme le dit l’Apôtre.

Et ainsi les dons ne changent pas de raison formelle dans la patrie où ils jouissent d’une parfaite évidence; il n’y a de changement que dans l’application et la régulation, qui a lieu ici par la foi, là par la vision. De même que la charité ne change pas de motif formel du fait que l’objet aimé est vu dans la patrie, et cru ici; et de même que la vue, qui de soi est une puissance faite pour connaître avec clarté et évidence, peut ne voir que confusément parce que l’objet se trouve trop éloigné ; mais s’il se rapproche, la vue devient claire et évidente, non par un changement intrinsèque, mais parce que d’une façon extrinsèque la matière a été mise à la portée du sens.

29. À la troisième objection nous répondrons d’abord qu’il n’est pas certain que, dans le passage cité, l’Apôtre parle de la science qui est un don du Saint-Esprit ; et en effet il ne l’appelle que du nom commun de science, il ne l’appelle pas esprit de science, ni science des saints, comme il a

coutume de faire dans d’autres passages où il s’agit du don de science. En second lieu l’Apôtre ne dit pas qu’elle sera purement et simplement détruite, mais seulement quant à l’état et au mode imparfait qu’elle a ici où elle dépend des phantasmes et du sensible. Et c’est ce que dit saint Thomas sur ce passage de la première épître aux Corinthiens, ch. xtx.

Egalité où inégalité des dons

30. Les dons peuvent être comparés soit entre eux, soit avec les vertus, théologales, intellectuelles et morales.

31. Si nous comparons les dons avec les vertus théologales, celles-ci sont plus parfaites que les dons, comme saint Thomas l’enseigne dans cette question 68, a. 8. Et la raison en est que les vertus

théologales nous unissent à Dieu comme à notre

fin dernière ; tandis que les dons disposent seulement toutes les puissances de l’âme à suivre la motion du Saint-Esprit déjà uni à nous. Or il est plus parfait d’être uni à Dieu, que d’être seulement disposé à suivre ses inspirations, parce que l’union et J’adhésion immédiate nous tient plus près de lui que la disposition à suivre l’instinct divin (ordonnée elle-même à réaliser plus parfaitement cette union).

32. Si on compare les dons aux vertus intellectuelles et morales, ils sont plus parfaits que ces

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vertus. En effet ils disposent toutes les puissances de l’âme à suivre l’impulsion du Saint-Esprit ; tandis que les vertus perfectionnent ou la raison, selon la lumière même de celle-ci, ou la volonté, dans ses rapports avec la raison.

Or le Saint-Esprit est un moteur plus élevé que la raison et sa régulation est plus parfaite ; et pour suivre un principe moteur plus parfait le mobile doit être dans une disposition meilleure. Par conséquent les dons sont plus élevés que les ver: tus.

33. Enfin si nous comparons les dons entre eux, les intellectuels sont plus parfaits que les appéti-

tifs, et parmi les dons intellectuels, la sagesse vient

avant l’intelligence, et celle-ei avant la science, et la science avant le conseil ; parmi les appétitifs, la piété tient la première place, ensuite vient la force, ensuite la crainte. Kt cela s’entend absolu-

ment si l’on envisage les dons dans leurs actes pro-

pres. Cependant, envisagés selon leur objet matériel, le conseil est supérieur à la science, et la force à la piété. Tout cela est dit par saint Thomas, dans la question 68, a. 7.

34, Que les dons intellectuels soient supérieurs aux dons qui informent l’appétit, la raison en est claire : c’est qu’ils règlent et gouvernent ces derniers. En effet le conseil, comme la prudence, gouverne les vertus morales appétitives, et détermine leur juste milieu; et de même que parmi les vertus morales la prudence est supérieure aux autres, de même le don de conseil, qui correspond à la pru-

dence, est supérieur aux dons de l’appétit, c’està-dire à la piété, à la force et à la crainte.

D'autre part la science forme et précède la prudence, parce que la science n’est pas purement pratique, comme la prudence, mais aussi et d’abord spéculative, et procède par les causes : or le spéculatif précède naturellement, la pratique, et lui est supérieur, parce que plus abstrait et plus immatériel, et parce qu’il est la raison et le fondement du pratique, le défend et l’analyse en contemplant sa nature et ses causes; ainsi le don de science est supérieur au conseil.

Au-dessus, encore, le don d’intelligence précède le don de science, parce que la science s’occupe des raisons et des causes inférieures ou créées, et re- çoit sa régulation et ses principes de l’intelligence; et l’intelligence regarde les choses divines en les pénétrant par un jugement simple, comme est l’habitus des principes, plus parfait que la science, qui porte sur les conclusions.

Enfin, parce que la sagesse juge et défend tant les sciences que les principes eux-mêmes, sur lesquels elle réfléchit, à cause de cela le don de sagesse surpasse purement et simplement les autres dons en noblesse et perfection, comme aussi la vertu de sagesse est au-dessus de l’intelligence des principes, et des diverses sciences.

39. En ce qui concerne les dons appétitifs, saint Thomas enseigne qu’ils ont entre eux les mêmes rapports que les vertus correspondantes ; et comme la piété correspond à la justice, la force à la vertu de force, la crainte à la tempérance, — de même

que la justice est au-dessus de la vertu de force et la force au-dessus de la tempérance, de même la piété est au-dessus du don de force, et la force audessus de la crainte.

36. Dans Isaïe le conseil est nommé avant la science, et la force avant la piété; et saint Thomas ‘en che cette raison que la matière des dons de conseil et de force est dans les choses ardues et difficiles, c’est à leur sujet en effet que nous avons spécialement besoin du conseil de Dieu, et de la force. Tandis que la science et la piété s’exercent même dans les choses communes et n’exigent pas de soi l’excellence et la difficulté de la matière ; mais comme elles peuvent aussi s'étendre à une telle matière, elles restent purement et simplement, et dans leur raison formelle, des dons plus excellents.

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! PROPRIÉTÉS DES DONS DU SAINT-ESPRIT 305 j

37. Objection quant au don de crainte : — Saint Thomas le met en dernière place, parce qu’il correspond à la tempérance, or ceci ne convient au don de crainte que d’une façon secondaire, comme nous l’avons dit ci-dessus d’après saint Thomas (II: IT, q. 141, a. 1, ad 2) ; car avant tout il correspond à l’espérance.

38. Réponse : — Bien que la crainte corresponde à ces deux vertus, cependant ce n’est pas par mode de poursuite du bien, mais de fuite du mal, qu’il en est ainsi pour elle. En effet, à considérer la faute, la craïnte la fuit purement et simplement comme le mal ; à considérer Dieu, elle le révère, et le voit

comme Celui qui inflige le mal ; à cause de cela

l’Ââme, sous l’influence de la crainte, se retire dans son propre néant. Poux cette raison le don de crainte a la place la moins élevée parmi les dons,

parce que, bien qu’il corresponde à une vertu théo-

logale, cependant il lui correspond d’une façon moins parfaite que les autres dons ne correspondent aux vertus inférieures à l’espérance : à savoir par mode de rétraction, et de fuite. Or s’écar-

ter du. mal n’est pas aussi parfait qu’accéder au.

bien; il est vrai que selon l’ordre de génération cela vient avant, et c’est pourquoi il est dit que La crainte est le commencement de la sagesse (Ps. 110)

et que par la crainte de Dieu chacun est détourné

du mal (Prov. 16).

La crainte est donc initiale et première, mais dans la voie de l’imparfait au parfait, bien qu’elle corresponde à la vertu théologale d’espérance, plus noble que la vertu morale de tempérance.

Saint Thomas, dans le corps de l’article 7, n’a considéré la crainte que dans ses rapports avec la tempérance. À l’ad 1 du même article il affirme d’une manière générale qu’elle n’est pas plus noble que les autres dons, mais qu’elle forme comme les prémices de leur perfection, parce que l’homme s’éloigne du mal (par le don de craïnte) avant de faire le bien (par les autres dons).

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