LES BÉATITUDES ET LES FRUITS
leur ventre pour Dieu », mettent leur souverain bonheur, mais elle reçoit plutôt tristesse et deuil des ne temporelles.
La huitième, bienheureux ceux qui souffrent persécution, écarte la faveur et les applaudissements des hommes, comme l’indique saint Thomas dans
l’ad 6.
4. La quatrième et la cinquième béatitudes disposent aux œuvres de la vie active : bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, c’est-à-dire ceux qui rendent à tous, d’un cœur ardent, ce qui leur est dû ; bienheureux les miséricordieux, c’est-à-dire ceux qui rendent aux autres par la miséricorde et l’aumône non seulement ce qui leur est dû, maïs au delà, et ceia non seulement aux amis et aux HHORÈS "1 mais aussi aux étrangers et aux ennemis.
5. La sixième et la septième béatitudes sont or. données à la vie contemplative, qui ne peut exister sans la pureté du cœur : bienheureux ceux qui ont le cœur pur; bienheureux les pacifiques, de cette paix qui surpasse tout sentiment, qui enivre l’esprit, qui est l’œuvre de la justice.
6. On demande pourquoi, s’il y a sept dons, huit béatitudes sont énumérées par Matthieu, et comment Luc en nomme seulement quatre ? On répond que la huitième béatitude se rapporte aux sept précédentes comme leur confirmation et leur manifestation. Par elle, en effet, l’âme est affermie de telle sorte que les persécutions humaines ne par-
viennent pas à l’éloigner des œuvres accomplies par les sept autres béatitudes et par les sept dons.
Quant aux quatre béatitudes énumérées par Luc, nous disons avec saint Thomas (a. 3, ad 6) que le Seigneur les a nommées dans un autre discours qu’il adressa aux foules en descendant de la montagne, comme Luc le marque expressément au ehapitre vi. Il sg mit à la portée des foules qui ne connaissent que la béatitude voluptueuse, temporelle et terrestre, et il a seulement énuméré la pauvreté, la faim ou le labeur, les larmes opposées à la délectation, la haïine et la persécution des hommes opposées à la faveur et à la louange. Maïs dans le discours qu’il a adressé à ses disciples comme à des âmes plus parfaites, il a nommé encore les quatre autres béatitudes. On voit par là qu’il n’est pas nécessaire que tous les dons soient toujours exercés par tous, bien que tous soient nécessaires au salnt selon le temps et les circonstances ; de même qu’il n’est pas nécessaire d’exercer tous les préceptes affirmatifs, mais ceux qui conviennent selon le lieu et le temps ; il en est de même pour les vertus.
7. Ces béatitudes embrassent-elles seulement les œuvres de surérogation et de conseil ? ou aussi les œuvres de précepte, et qui tombent sous la loi commune ? Nous répondons que toutes ces œuvres sont opérées par les dons selon qu’elles sont accomplies par un instinct spécial du Saint-Esprit en ordre à la béatitude. En effet certaines œuvres sont grandes et extraordinaires par leur objet même : comme le complet abandon des richesses par la pauvreté
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en esprit, la victoire parfaite sur toutes les passions, le support des persécutions, etc. ; et d’autres œuvres qui ne sont pas grandes en soi, le sont cependant par rapport à la faiblesse du sujet et l’abondance des difficultés qui l’entourent, et ces œuvres aussi nécessitent un don particulier et une inspiration particulière du Saint-Esprit, sans lesquels ces difficultés ne pourraient pas être vaincues. Ainsi, par exemple, user des richesses avec modération sans les rejeter complètement, ne peut se faire sans la pauvreté en esprit ; et n’être pas brisé par les persécutions et par les tentations ordinaires, surtout si elles se prolongent, peut être une béatitude.