SI LES DONS SONT DES HABITUS
question 68, art. 3 et dans la A IT, q. 45, où il traite du don de Sagesse.
Mais l’homme ne peut pas être connaturalisé aux choses divines, spiritualisé et comme divinisé, s’i! n’est pas disposé à leur égard d’une manière permanente et habituelle. Car ce qui n’est donné que par mode transitoire ne connaturalise pas le sujet à ce à quoi il le dispose, le sujet n’y est pas habitué, et n’y adhère pas d’une manière permanente. Il faut en conclure que les dons du Saint-Esprit sont une disposition habituelle à opérer en vertu d’un: certaine connaturalité aux choses divines et au Saint-Esprit, par l'impulsion duquel ils sont mis en mouvement.
À cela se ramène ce qui dit saint Thomas (q. 68, a. 3), à savoir : que l’homme est disposé par les dons à obéir promptement à l'impulsion de l'Esprit comme les forces appétitives sont disposées par les vertus morales à obéir à la raison. Donc comme les vertus morales sont des habïtus-parce qu’elles disposent l’appétit à obéir promptement à la raïson, ainsi les dons sont des habitus parce qu'ils nous disposent à obéir promptement au Saint-Esprit.
Objection 1 : La prophétie n’est pas un habitus, quoiqu'’elle soit principe élieitif d’une connaissance produite sous la motion du Saint-Esprit. Elle est en effet une lumière transitoire (1) dont le prophète n’atteindrait la règle suprême que s’il avait la vision de l’essence divine en laquelle sont contenues les choses particulières dont il reçoit la révé-
(1) CE. Sum. theot,, TE? IT, q. 111 atl;ev 2,
lation. Or la vision de l’essence divine ne nous est pas accordée en cette vie.
Mais les dons du Saint-Esprit ne supposent pas non plus connu d’une manière permanente le principe dont ils dérivent, car ils sont donnés seulement pour obéir à la conduite du Saint-Esprit manifestée par un instinct spécial.
Et une telle connaissance ne pourrait-elle avoir lieu par une lumière transitoire comme dans le cas de la prophétie ?
Réponse : Nous concédons que là lumière pro phétique est donnée au prophète par mode transitoire et non par mode habituel, pour la raison même qui a été dite dans l’objection. Mais nous nions que les dons du Saint-Esprit ne supposent pas connus et possédés d’une manière permanente les principes qui les règlent. Car les dons n’ont pas pour fin la manifestation de quelque vérité particulière par une vision intellectuelle ou imaginaire, com. me dans la prophétie, — mais de nous rendre très dociles au Saint-Esprit et capables de recevoir (pati) (quelquefois même à notre insu, comme le dit saint Augustin), une motion divine qui nous fait conñaître par un goût expérimental que le Seieneur est doux.
Cette action du Saint-Esprit inviscère en nous les choses divines déjà connues par la foi, qui est un habitus permanent et régulatif de la charité et des dons du Saint-Esprit. Inviscération et connaturalisation aux choses divines qui rend l’homme capable de mieux pénétrer ces choses elles-mêmes et les mystères de la foi, et de juger d’elles quant à la crédibilité et à la convenance de tels mystè-
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res, soit selon les causes suprêmes, soit selon les causes inférieures, soit pour le conseil pratique de ce qui est à faire. Et ainsi sont formés dans l’intellect les dons de sagesse et d’intelligence, de science et de conseil.
Or l’inspiration qui nous donne cette connaissance expérimentale des choses divines et des mystères de la foi, atteint d’une manière permanente les principes sur lesquels elle s’appuie ; ces principes sont la foi en cette vie, — tandis que la connaissance prophétique ne découle pas de la foi (bien qu’elle puisse coexister avec elle) car le prophète peut être un infidèle comme Balaam, — et la lu. mière de gloire dans la patrie.
(Dans l’état de gloire où la foi n’est plus, et dans le Christ en qui elle ne fut jamais, les dans font pénétrer les choses surnaturelles extra Verbum [en dehors de la vision béatifique], non en raïson de leur crédibilité, mais en raison de leur convenance, quant au sujet et aux autres causes créées, et en raison de la connaturalité aux choses divine: que produit la charité et de la saveur qu’elle fait goûter).
On doit done conclure que, ayant leur princine régulateur à l’état permanent dans le sujet luimême, les quatre dons qui siègent dans l’intelligence sont des habitus.
Les quatre dons régulateurs de sagesse, d’intellicence, de science et de conseil étant des habitue, — Jes troïs autres dons, de force, de piété et de crainte, réglés par eux et qui sont dans l’appétit, sont de même des habitus, parce que leur principe régulateur est à l’état permanent dans le sujet.
Nous reconnaissons cependant que parfois les dons du Saint-Esprit s'exercent d’une facon plus parfaite et plus intense en vertu d’une certaine ‘llumination donnée par mode de ravissement ou de prophétie. Mais cela, ils ne l’exigent pas en raison de leur nature, car les dons sont par eux-mêmes nécessaires au salut, et non ces illuminations qui sont des charismes.
Objection IL : Les charismes comme le don des miracles, le don de guérir, le don des langues, ete. n’exigent pas en nous un habitus ; une motion actuelle suffit à les produire (1). Par conséquent une motion actuelle, sans habitus infus, suffit aussi pour les dons du Saint-Esprit ; d’autant plus que l’Apôtre énumère parmi les charismes la parole (sermo) de sagesse et celle de science qui sont données par le Saint-Esprit. Il s’ensuit que les dons sont des charismes et non des habitus.
Réponse : — Saint Thomas dit (q. 68, a. 3, ad 3) que la prophétie et les autres charismes « sont donnés pour la manifestation de l’Esprit » et non pour le salut du prophète. Ils ont besoin d’une certaine lumière ou motion transitoire, et non pas d’une vision des principes, ferme et permanente. |
Mais les dons du Saint-Esprit sont nécessaires au salut, comme la charité qu’ils accompagnent, et par conséquent ils sont réglés par la foi, de même que la charité, bien qu’ils soient mis en acte d’une manière spéciale par le Saint-Esprit, C’est mourquoi ils sont donnés par mode d’habitus et d’une
(1) C£. Sum. theol., II: II®e, qq. 177 et 178,
manière permanente, comme la foi elle-même et la charité.
Quant à l’argument tiré de saint Paul, lorsque saint Paul écrit : À l’un est donnée la parole de sagesse, à un autre la parole de science, pour la manifestation de l'Esprit, (E Cor., xtr) il s’agit sans doute de charismes, mais c’est la parole par laquelle science et sagesse sont exprimées au dehors qui est un charisme, la sagesse et la science ellesmêmes qui sont manifestées par le sermo sapienliae et scientiae sont des dons du Saint-Esprit.
Les dons se distinguent des vertus théologales et morales.
17. Les Dons du Saint-Esprit sont des habitus qui diffèrent des vertus théologales et des vertus morales.
Il n’y a aucun doute qu’ils diffèrent des vertus morales acquises et d’ordre naturel, étant supposé qu’ils sont des habitus surnaturels, ce qui est de foi. Aussi bien les vertus morales se trouveraientelles dans l’état de pure nature, où par hypothèse les dons surnaturels ne sauraient exister ; ce qui. montre clairement la distinction.
18. La seule difficulté qui se présente est de savoir si les dons du Saint-Esprit diffèrent des vertus infuses, aussi bien théologales que morales.
19. D’après Scot dans le commentaire sur les Sentences (1), les dons ne se distingueraient pas
(1) IL, dist, XXXIV, quaest. unica,
des vertus, mais ils seraient substantiellement les vertus elles-mêmes, qu’on appellerait dons lorsqu’elles s’exercent par un office spécial, et sous une influence particulière (1).
20. Par ailleurs, comme Scot n’admet pas de vertus morales infuses distinctes des vertus morales acquises, — et comme d’autre part nous ne pouvons nier que les dons du Saint-Esprit soient infus, car ceci l’Ecriture et le sentiment de l'Eglise nous le montrent à l’évidence, — il est difficile à Scot d’expliquer quelle espèce vertus peuvent bien être ces dons.
Car parmi les sept dons, quatre appartiennent à l’intellect, à savoir les dons de sagesse, d’intelligence, de science et de conseil, et trois à la volon- 6 : les dons de force, de piété et de crainte.
Scot se défait facilement des quatre premiers en les rattachant aux vertus théologales. C’est ainsi qu'il réduit le don de sagesse à la charité, pensant que la sagesse n’est pas un acte de l’intellect, maïs de la charité en tant qu’elle donne saveur et goût à la foi ou à la science. À un autre point de vue il ré. duit la sagesse à l’espérance parce que la sagesse nous fait goûter Dieu non seulement en lui-même, mais encore en tant qu’il nous est bon à nous.
Il réduit les dons d'intelligence et de science à la foi, car il appartient aussi à la foi de pénétrer
(1) Cette opinion est suivie par Gabriel sur la même question, dist. XXXIV, art. 2; Palacios ; Lorca, disput. 95, . memb, 2. Vasauez aussi (d'<n. 89, ch. 1h et 2) y incline, bien qu’il juge les deux opinions probables,
les choses qu’elle croit, et d’en juger. Suarez, de son côté, estime qu’il n’est pas évident que le dre d intelligence soit distinct de la foi, cependant lui- . même le tient pour distinct. on pourtant cela : est certain, l’argumentation contre Scot le montrera bientôt.
Du don de conseil Scot ne décide rien, mais sans doute le réduirait-il à la foi, en tant que celle-ci, -est pratique, et par conséquent capable de conseil- -ler. l
21. Mais j'ignore absolument à quelles vertus + Scot peut réduire les dons de force, de piété et de : crainte. Il ne les réduit pas aux vertus théologales, car les actes de force et de crainte ne sont directement et élicitivement ni des actes de charité, ni des actes d'espérance. Ils ne sont pas non plus des actes des vertus acquises de force et de piété, car :les actes des dons sont surnaturels, et infus par le !Saint-F Esprit, et non naturels et acquis. Ni ils ne sont des actes de la piété et de la force infuses, car Scot nie qu'il y ait de telles vertus infuses. De quelles vertus procèdent donc ces actes ? A moins que Scot ne veuille ou bien nier que les dons tu Saint-Esprit soient surnaturels et infus, — ce l'qui est contraire à l’Ecriture, comme nous l’avons montré. — ou bien affirmer que les vertus acquises sont infuses par accident chez l’homme juste et sont alors appelées dons, ce qui est tout à fait arbitraire et d’ailleurs absurde, puisque le juste qui aurait acquis les vertus morales, ne pouvant plus par là même les recevoir par infusion, serait ainsi privé
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29, Quoi qu’il en soit de la pensée de Scot, notre conclusion est celle de saint Thomas en cette question 68, art. 1 (et III Sent., dist. xxxtv, q. 1, art. 1), où il distingue les dons du Saint-Esprit des vertus en faisant expressément mention des vertus morales infuses, dans l’ad 2 (1). Saint Thomas s’appuie ici sur saint Grégoire (Morales IT, chap. 26),
qui distingue nettement les vertus théologales et
les dons du Saint-Esprit des vertus morales.
Cette distinction est démontrée d’une double manière : d’abord par l’Ecriture ; — ensuite, comme a priori, par la raison formelle elle-même de ces dons qui exige leur distinction d’avec les vertus.