SÉANCE DU 24 FÉVRIER
exactement à la description de M. Battandier, tous ont les achaines radiaux glabres et dépourvus d’aigrette, tous ont les achaines du disque très velus et pourvus d’une aigrette, aussi tous ont-ils été déterminés
par M. Cosson : Doronicum scorpioides. Les échantillons récoltés par Cliaroy au djebel Dirah, où M. Chabert n’a observé encore que son Aronicum atlanticum, appartiennent bien, comme le dit M. Battandier, au genre Doronicum. Voici d’ailleurs les diverses localités où le Doronicum scorpioides a été constaté en Algérie et en Tunisie :
Province de Constantine. — Dj. Tababor, dj. Babor (Cosson), Sidi- Tallout (Paris); dj. Tougour(Cosson), dj. Belesma (Lefranc); dj. Maadid (Letourneux, Reboud et Olivier), forêt de Bou-Mesran (Cosson).
Province d’Alger. — Dj. Akfadou, Tizi Hout (Letourneux), Tizi-n- Tesselent (Cosson); dj. Beni-Salah (Monard); dj. Dirah (Charoy) ; in silvaticis Teniet-el-Haad (Letourneux).
Tunisie. — Forêts de Chênes des Ouled Ali, vers le sommet du djebel Ghorra (Letourneux), forêts des Merasen entre Fedjidj et Hadjera- Sghira (Letourneux), forêts au S.-E. du djebel Ghorra, bords de l’oued Baghla (Cosson).
Comment se fait-il que les différents botanistes qui ont récolté le Doronicum scorpioides en Algérie, aux localités que je viens de citer, n’y ont jamais recueilli que cette espèce et que M. Chabert n’y ait jamais vu que YAronicum atlanticum ? Tout récemment, dans une quatrième Note, publiée dans le Bulletin (XXXIX, 334), M. Chabert déclare qu’il a vu, sur des échantillons récoltés parM. Spantigati au djebel Mouzaïa, des achaines radiaux tantôt pourvus, tantôt dépourvus d’aigrette. La présence ou l’absence d’aigrette sur les achaines radiaux ne constitue pas, on le sait, un caractère très constant; aussi le genre Aronicum, établi par Necker, n’est-il plus admis par la plupart des botanistes modernes. Aujourd’hui M. Chabert partage cette opinion et dit que « Y Aronicum atlanticum ne peut être conservé comme espèce distincte, mais seulement comme variété du D. Pardalianches ». Quoi qu’il en soit, indépendamment de la présence d’une aigrette sur les achaines radiaux, la plante décrite par M. Chabert aurait encore un autre caractère tiré du rhizome que je n’ai pas vérifié sur les échantillons de l’herbier Cosson : le rhizome serait stolonifère et non squameux. Les échantillons de l’herbier Cosson réunis sous le nom de Doronicum scorpioides ont un rhizome allongé, renflé de distance en distance en tubercules fusiformes ; il est squameux dans une grande partie de son étendue et les écailles, surtout dans la partie du rhizome la plus rapprochée de la base de la tige aérienne, sont tapissées intérieurement par de longs et nombreux poils laineux qui débordent. Des fibres grêles et allongées naissent le plus souvent en grand nombre du rhizome, mais je
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n’ai vu aucun stolon. La tige est simple, monocéphale, nue dans sa partie supérieure et très glanduleuse sous le capitule. Les feuilles radicales et les feuilles caulinaires inférieures sont longuement pétiolées, leur limbe est mince, ovale, arrondi le plus souvent au sommet, entier mais quelquefois un peu ondulé, échancré à la base de chaque côté du pétiole; tantôt la partie de l’échancrure voisine du pétiole est manifestement décurrente sur celui-ci et s’atténue insensiblement, tantôt les échancrures sont peu profondes, larges et disparaissent même complètement; la base du limbe présente alors dans ce dernier cas un aspect cunéiforme et la feuille est en tout semblable à celle du D. plantagineum. D’autres fois les échancrures sont profondes, très étroites et n’intéressent que la partie du limbe voisine du pétiole; dans ce cas le prolongement du limbe sur le pétiole est peu apparent et le limbe est cordé. Presque toujours trois nervures principales partent de la terminaison du pétiole et convergent vers le sommet du limbe.
De Candolle ( Prodr . VI, 320) a divisé les vrais Doronicum en deux groupes, en prenant pour base de son arrangement la forme des feuilles; il a rapproché d’une part les espèces dont les feuilles radicales sont cordées (« foliis radicalibus cordatis ») et de l’autre celles dont les feuilles radicales sont ovales (« foliis radicalibus ovatis »). Dans lequel de ces deux groupes devra-t-on placer le Doronicum de l’herbier Cosson et deM. Baltandier, qui a les feuilles radicales presque toujours ovales, mais tantôt cunéiformes à la base, tantôt plus ou moins nettement cordées? C’est évidemment une espèce de passage, mais qui présente bien les caractères du Doronicum scorpioides Willd. ( Sp. III, 2114); elle répond assez bien aussi à la description que donne de cette espèce le Prodrome de De Candolle, et c’est pourquoi M. Cosson l’a déterminée ainsi, sans avoir pu, je crois, comparer ses échantillons avec le type de Willdenow, qui est resté douteux, car il n’a été retrouvé ni en Allemagne, ni en Autriche où il était indiqué. Koch (Syn. édit. 2, 420) dit qu’il se trouve au Mont-Salève, près de Genève; mais Reuter, qui connaissait parfaitement la végétation de cette montagne, a déclaré dans une lettre adressée à Reichenbach, qui devait figurer cette espèce dans ses Icônes , qu’il n’avait jamais vu au Mont-Salève que le Doronicum Pardalianches (Reichb. Ic. XVI, 33). Bouvier, dans sa Flore des Alpes de la Suisse et de la Savoie, ne mentionne pas cette espèce. Enfin Nyman ( Consp. fl. Europ .), dans une Note placée à la fin du genre Doronicum. , dit : « D. scorpioides Willd. botanicis austriacis et al. hodiernis species obscura est, cum planta eorum partim D. Pardalinnchem partim D. austriacum speclet. » Si l’on doute, d après cela, que la plante de l’Algérie soit bien réellement l’espèce de Willdenow, il faut la considérer ou comme une espèce nouvelle ou plutôt comme une va-
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riété africanum du Doronicum plantagineum dont elle ne se distingue que par les feuilles radicales un peu plus amples et plus ou moins cordées. Certaines feuilles sont d’ailleurs absolument semblables à celles du D. plantagineum.
Linum austriacum L. — M. Battandier (Flore de iAlgérie, p. 176) cite le Linum punctatum Presl, à Gharrouban, Asfour, Ouargla, Boghar, etc., et lui donne comme synonyme le Linum mauritanicum Pomel. M. Alfr. Chabert (Bull. Soc. bot., séance du 27 novembre 1891) conteste cette détermination et dit que la plante décrite par M. Battandier sous le nom de L. punctatum est le L. austriacum ; il indique même les caractères qui distinguent ces deux espèces. — Dans l’herbier Cosson le Linum punctatum ne se trouve pas; mais, par contre, le Linum austriacum y est bien représenté. Voici les diverses localités où il a été recueilli dans le nord de l’Afrique :
Région montagneuse : province de Conslantine : Djebel Tababor (Cosson, Doumet); dj. Maadid, dj. Refaa (Letourneux); province d’Alger : Dj. Senalba (Reboud).
Hauts-Plateaux : province d’Alger : Bou-Ghezoul (Cosson), Bir Sedraia (Letourneux), Djelfa(Cosson, Reboud), entre Djelfa et Zaccar(Bonduelle), Sedeur (Cosson), Aïn-el-Ibel (Cosson), Birin (Letourneux); — province d’Oran : El-Maï (Warion), Timetlas (Cosson), Nouala, Ras-el- Ma, El-Gor (Warion), entre Sebdou et El-Aricha (Cosson), El-Aricha (Susoni).
Maroc : entre la sebkha Tigri et Aïn-Chaïr (Seignette), Ogla Mazar, oued Aricha, Khaneg Meharoug (Warion).
Tunisie : Dj. Bargou (sec. Letourneux).
Le Linum austriacum n’a pas toujours les liges ascendantes et plus ou moins longues, elles sont parfois assez courtes et étalées; dans ce dernier cas, la grappe est réduite à quelques fleurs groupées au sommet de la tige, et le Linum mauritanicum de M. Pomel n’est, je crois, que cette forme appauvrie du Linum austriacum. Si M. Chabert a recueilli au dj. Dirah le Linum punctatum Presl, connu jusqu’ici en Sicile seulement, il a ajouté une espèce nouvelle à la Flore de l’Algérie de M. Battandier, qui sous le nom de Linum punctatum a décrit, je le répète, le Linum austriacum. — Quant au Linum tenuifolium, que M. Battandier n’a pas vu en Algérie et qui y aurait été récolté par Choulette dans les « lieux herbeux, voisins de la ferme Bellevue, près Constantine », il ne se trouve pas non plus dans l’herbier Cosson.
Au sujet du Doronicum scorpioides Willd., mentionné comme plante critique, M. Rouy pense qu’on devrait remonter aux syno-