‹ Les douleurs de la vieChapitre 106 sur 292 · Lamartine, Méditations poétiques · texte numérisé non relu

Lamartine, Méditations poétiques

« Je te salue, ô Mort, libérateur céleste! Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste Que t'a prêté longtemps l'épouvante ou l'erreur. Ton bras n'est point armé d'un glaive destructeur; Ton front n'est point cruel, ton œil n'est point perfldel Au secours des douleurs un Dieu clément te guide. Tu n'anéantis pas, tu délivres! Ta main, Céleste messager, porte un flambeau divin. Quand mon œil fatigué se ferme à la lumière. Tu viens d'un jour plus pur inonder ma paupière, Et l'espoir prés de toi, rêvant près d'un tombeau. Appuyé sur la foi, m'ouvre un monde plus beau. Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles; Viens, ouvre ma prison; viens, prête-moi tes ailes. Que tardes-tu? Parais : que je m'élance enfin Vers cet Être inconnu, mon principe et ma fin.

Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés; Quand j'entendrais gémir et se briser la terre; Quand je verrais son globe, errant et solitaire. Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit. Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit; Et quand, dernier témoin de ses scènes funèbres. Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres. Seul je serais debout, seul malgré mon effroi, Etre infaillible et bon, j'espérerais en toi; Et, certain du retour de l'éternelle aurore. Sur les mondes détruits je l'attendrais encore.

ÉléTation. — La nature , je ne le sais que trop , répugnerait à ces hautes pensées, et se complairait dans les horizons de la vie présente. Elle craint la mort, elle s'épouvante à l'idée de cette destruction ; et si, éperonnée par la foi, elle arrive à accepter de bon cœur la sentence, elle se croit héroïque. Allons plus loin et plus haut, ô mon âme ! Cette destruction (elle n'est qu'apparente), désirons-la comme notre vrai bien , l'heure du triomphe et de la félicité, le réveil dans la vraie vie. Hâtons-nous de secouer, par nos vœux, le poids qui nous retient ici-bas. Dieu tend les bras à ceux qui s'efforcent de monter vers lui.

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