ILLUMINATION DE L AME
de ces coups, heureux de faire sa sainte volonté, et il mourut comme une âme prédestinée.
Le bel exemple encore dans cette vie de Jeanne Rndriguez dont nous lisons les détails au livre de la Mijstique divine de Gœrrès (t. I, p. 243j! — Donnée toute jeune en mariage à Matthias Ortiz , Espagnol d'un caractère violent ^ elle le vit se porter contre elle à tous les excès et à mille cruautés, sans quelle perdit rien des trésors de patience que la piété mettait en elle. — « Prends cette croix , lui dit intérieurement Notre-Seigneur : tu la porteras longtemps ; mais ni le courage ni la force ne te manqueront , car je serai ton soutien, v — Son mari lui dit un jour : « Tu es maintenant tout à fait en ma puissance : qui pourrait t'arracher de mes mains? Je veux une obéissance absolue, ponctuelle et immédiate , en tout et toujours ! Fais comme si tous tes parents et tous tes amis étaient morts. A partir de ce moment, tu ne mettras plus le pied dans la maison de tes parents, tu ne leur adresseras jamais la parole, quand même tu les rencontrerais à l'église ou dans la rue. En cas d'infraction de ta part , je serai pour toi un bourreau impitoyable ! » Jeanne entendit avec effroi ces menaces , et se contenta de répondre humblement qu'elle était prête à se soumettre. — L'occasion se présente bientôt pour Ortiz de mettre ses menaces à exécution. Un jour, Jeanne se trouve auprès de sa mère à l'église , et celle-ci vient à elle , et la salue : Jeanne se borne à la remercier. Le mari, furieux, fait tremper dans du sel et du vinaigre de grosses cordes , et, la nuit venue, il ordonne à sa femme, qui n'avait encore que quinze ans, de le suivre dans un lieu oii il l'attache nue par les pieds et par les mains ; puis il la frappe si cruellement avec ces cordes qu'elle est inondée de sang. La vue du sang ne fait qu'exciter la rage du bourreau, qui, prenant un flambeau , en fait couler la cire fondue sur les plaies de Jeanne. La victime ne prononçait pas un mot de plainte. Le tigre jura qu'il lui percerait le cœur d'un poignard si jamais elle révélait cette scène, elle ou les servan-
tes qui ravalent vue. — Une autre fois . comme elle était à peine remise , pour un oiseau échappé de la cage , il rattache à la corde du puits et la plonge dans feau jusqu'au cou pendant de longues heures; elle y contracte une maladie qui la tient deux mois entre la vie et la mort. Jeanne ne se plaignit pas davantage, et, remplie d'humilité et de douceur chrétienne, bénissait la Providence d'être ainsi unie à Jésus crucifié. Ses parents voulaient qu'elle demandât la séparation : elle s'y refusa, et ils l'abandonnèrent, ne soupçonnant même pas que les choses allassent si loin.' — Ortiz, ayant dissipé ses biens, dit un jour à la pauvre Jeanne : ■■ Je veux vendre le peu qui nous reste, et te conduire en un lieu où ta famille n'entendra plus jamais parler de toi! )) Jeanne ne répondit rien. Il se décide enfin à entrer au service d'un noble , et ordonne à sa femme de retourner dans sa famille, parce qu'il ne peut désormais la nourrir. Comme elle s'y refuse . il lui jette un manteau sur les épaules et la chasse de la maison. Dans son abandon et sa tristesse, Jeanne s'assied sur une pierre, près dune rivière, et elle est violemment tentée de s'y jeter pour mettre fin à tant de maux : mais, élevant son cœur à Dieu, elle triomphe de cet abattement, et, fortifiée par une voix intérieure, elle retourne pour se glisser dans la maison, pensant que son mari est occupé et ne la verra que plu^ tard Le misérable avait épié tous ses pas : il la suit dans rescaher, et, quand elle est au plus haut, la précipite jusqu'en bas. Chute si terrible qu'elle resta sans connaissance pendant trente jours. A peine guérie , Ortiz la conduit à Calatayud en Arragon, d'où il la ramène à Bur-os. Pendant le voyage , il l'enferma une nuit dans une étable avec les animaux, attachée à une crèche, et ne la délivra que le matin. — A Burgos, il est placé comme receveur dans un vieux château. Là, Jeanne se fait sa servante, et ne reçoit encore que d affreux traitements. Un jour, il lui perce le bra^ d'un coup d épée, et jette sur la plaie un linge trempé d'huile bouillante. Plus tard, il se mit à l'agriculture, et Jeanne fut