ILLUMINATION DE LAME
obligée de travailler comme une esclave , ayant à peine de quoi manger. Elle n'avait alors que dix-huit ans , et , quoiqu'elle eût à peine la force de vivre , elle avait toujours du courage pour souffrir. Il la renvoya une seconde fois de chez lui , après l'avoir attachée à un arbre et mise en sangà force de coups. Elle reste huit jours dans une église sans rien prendre , car le barbare avait menacé de tuer quiconque la secourrait : or, cet homme était grand et fort comme un géant, et cruel comme une bête fauve. — Il la reprend pourtant , et la reconduit à la ville , au milieu de l'hiver, par des chemins couverts de neige. Transie, épuisée, elle dit à son mari : « Je me meurs , et ne puis faire un pas de plus. — Eh bien, marche tout de même ! » répond le brutal. Elle essaie vainement. Emporté par la colère , il l'attache sur son mulet et ne cesse de lui frapper le visage à grands coups de bride... — Quelle existence! quel martyre! comment garder la soumission et la paix de l'âme? Jeanne y réussit néanmoins par son profond esprit de foi. Des visions célestes , récompense de tant de fidélité , la fortifièrent et l'empêchèrent de mourir. — Ces choses durèrent ainsi bien longtemps, lui toujours féroce, elle toujours résignée, interprétant tout en bien, offrant tout à Dieu. Dans une esquisse de sa vie , écrite de sa main , elle dit avec simplicité : « Je n'eus jamais contre lui aucun ressenti- » ment. Plus il me traitait mal, plus je désirais revenir avec )) lui pour lui demander pardon ; et je le faisais en me je- » tant à ses pieds et me prosternant à terre, comme j'ai )^ coutume d'agir avec ceux qui me font du mal. Loin de » leur en vouloir, j'éprouve un très vif désir de leur parler » avec bienveillance, et cela par la pure miséricorde de » Dieu. » — Telle fut la vie de Jeanne Rodriguez jusqu'à l'âge de vingt-trois ans , oii la nature féroce d'Ortiz commença à s'adoucir. Lorsque , après quarante ans de mariage f il tomba malade , Tangélique femme se dévoua à le soigner comme une mère dans ses derniers moments. Elle eut la joie suprême de le voir complètement revenu à Dieu.
Sainte Thérèse l'assura que cette tin chrétienne était le fruit des souffrances endurées par elle avec tant de générosité et de sainte abnégation \Q2'I .
Ajouterons-nous qu'à tant de croix Jeanne mêlait les mortifications les plus austères, les plus persévérantes, le jeûne, la discipline, les veilles prolongées en prières, la visite des malades les plus rebutants, et que, dans son ardeur de souiTrir, elle s'était mise sous Tobéissance d'une folle . qui la frappait, l'insultait, la tourmentait de mille façons? — Comment nous plaindre, nous, après cela?
Il y a là une considération que l'àme chrétienne ne pei^ dra point de vue. Que savez-vous, ô cœur endolori, si à vos épreuves n'est pas attachée quelque conversion, quelque grâce signalée , dont la charité divine veut que vous soyez l'instrument pour le prochain? Que de mystères de ce genre nous seront dévoilés dans le sein de notre Père ! Et quelle joie pour vous de contribuer ainsi à la rédemption opérée par le sang de Jésus-Christ !
ÉiéTation. — Quelle folie ce serait à moi de me révolter contre ce qui doit être, dans les desseins miséricordieux de mon Créateur, la source d'un éternel bonheur ! Faites , ô mon Dieu , que je m'aime assez moi-même pour ne pas travailler à ma perdition. Tout ce que vous voudrez, comme vous le voudrez, tant que vous le voudrez ! Ce sera la devise de votre humble serviteur.