DES DÉFUNTS DONT LE SALUT INQUIÈTE
mais, encore une fois , les mystères du dernier moment, et surtout ceux de la bonté divine, qui nous les découvrira? Un illustre évêque a dit : « Entre le dernier soupir d un mourant et l'éternité , il y a un abîme de miséricorde » ;
sert de leçon à l'office de la Pentecôte : Qiiin et, in istà omnium solemnissimâ et salutnvi festivitate, expiationes quidem deprecatorias pro eis qui in inferno detinentur dignaris suscipere j magnam spem prccbes relaxotionis eonim quibus plectantur supplicioruni^ et refrigerium quoddam eis concessum iri. Doctrine qui serait conforme à ces vers de Prudence {hymne 5^) :
« Sunt et spiritibus saepè nocentibus Pœnarum célèbres sub Styge ferioe.
Illâ nocle sera quâ rediit Deus Stagnis ad superos ex Acherontiis, Marcent suppliciis Tartara mitibus, Exultatque sui corporis otio Umbrarum populus, liber ab ignibus, Nec fervent solito flumina sulpliure ».
Marcus enseigne que les âmes chargées de fautes légères solo pavore pvrgari, d'après S. Grégoire dans ses Dialogues, dit-il. Celles qui ont commencé leur pénitence sans avoir eu le temps de l'achever, qux cœptœ pœnitentiœ fructus dignos, vel incitriâ vel propter inexspectatam mortem, non tulerunt, ad inferna detrudi, non suppliciis cruciandas uii sceleratorum animas, sed veliiti carcere detinendas et conscieniix angoribus compungendns ; vel eliam in locis terrœ vicinis exsulare secundiim mojorem vel minorem culpanun quas admiserint gravitatem. Il n'admet d'ailleurs aucun lieu proprement dit entre l'enfer et le ciel; l'expiation du purgatoire est pour lui une situation, non un séjour. Ainsi, pour certaines fautes, elles sont remises à la mort même, illas animas pavor pur ificat ; les autres subissent les remords de la conscience, igné vor adores; d'autres enfin sont exilées de la présence divine avec incertitude de leur avenir éternel : Nùm aliquandô fortes vel quandonàm, indè sint evasurœ.
Eugénicus conclut que l'Église prie pour tous les fidèles : pour les saints même, en forme d'action de grâces ; pour le pardon ou le soulagement des autres.
Les Grecs, outre la mémoire des morts de la liturgie, la font les l®', 3«, 9^, 40« jours après la mort, et enfin au bout de l'an. Le samedi avant la Septuagésime, il y a mémoire solennelle de tous les défunts ; prières et visite des cimetières la nuit précédente et le jour tout entier. — De même la veille de la Pentecôte. En outre, chaque samedi on fait une prière spéciale pour les morts.
surtout si quelques âmes pieuses ont prié pour ce mourant. Dieu sait bien rendre, à son heure, et c'est toujours la meilleure , le fruit de ces prières que nous avions crues non exaucées. Que fallait-il à cet agonisant ? Une illumination d'une seconde, au dernier battement de cœur, et cette illumination produisait instantanément un sentiment de contrition et d'amour ! Il suffit : l'enfer est fermé , c'est le purgatoire qui s'ouvre ! Jésus se présentant à cette âme avant quelle ait absolument quitté le corps, et d'un regard lui disant : « Est-ce moi ou le démon que tu choisis? » et cette âme , d'un regard aussi : « Vous , Seigneur, oh I vousl » et la miséricorde triomphe.
On lit dans les livres des rabbins cette belle parole, attribuée par eux à Dieu : « Ouvrez-moi la porte du repentir, pas plus large seulement que le trou d'une aiguille, et je vous ouvrirai les portes de la miséricorde si larges , que vous pourrez y entrer sur un char attelé de quatre chevaux. » Que savez-vous si Dieu n'a pas permis que vous surviviez à ce défunt précisément afin que vous intercédiez pour lui? Les desseins de la divine bonté sont si profonds, si admirables! nous passerons notre éternité à les adorer. Redisons ces encourageantes paroles de S. Chrysostome, bien propres à soulager l'amertume de nos tourments. (( Représentez-vous , dit-il , une étincelle qui tombe dans la mer. Pourrait-elle subsister? pourrait-on l'apercevoir? Elh bien, ce qu'une étincelle est par rapport à la mer, votre méchanceté l'est par rapport à la clémence et à la miséricorde de Dieu. Et ce n'est point encore assez dire : car la mer, si étendue qu'elle soit , a des bornes , mais la clémence et la miséricorde de Dieu n'en ont point '. »
Cette considération , du reste', ne doit point rassurer le pécheur, et lui faire différer sa conversion et sa pénitence, sous prétexte que le Seigneur pardonnera tout au dernier moment : car lui-même nous avertit d'être violants et