‹ Les douleurs de la vieChapitre 124 sur 292 · Souvenirs de ma jeunesse, par le P. Gralry, vu · texte numérisé non relu

Souvenirs de ma jeunesse, par le P. Gralry, vu

bles à nous , comme nous exposées à tout , et elles nous ont fait connaître le chemin de la vie , qu'elles ont les premières suivi sans faiblesse et sans relâche. Mais à celles même qui n'ont pas vécu dans une telle sainteté , ou qui sont parties sans avoir accompli leur expiation , nous devons aussi la pitié , le secours de nos prières , à cause du sort commun qui unit ici-bas tous les hommes. Nous devons prier pour que le Père de toute miséricorde rejette leurs scories, change en bienfaits les châtiments quelles ont mérités, elles amène enfin aux joies de la cité céleste. Si les taureaux, à la vue de lun des leurs qui a péri, pleurent, mugissent, et témoignent pour leur frère un deuil qui semblerait humain, que ne doit pas l'homme lui-même à Thomme, puisqu'il est doué de la raison et des affections du cœur ^ ? »

-j- Nous entendions raconter, il y a peu d'années, le fait suivant, qui remontait à 1864 ou 65. Un juif, artiste distingué , s'était converti pendant un sermon sur l'Eucharistie , et , non content de recevoir le baptême et d'embrasser la foi chrétienne , avait quitté le monde pour entrer dans un ordre religieux très austère. Plein d'une reconnaissante dévotion envers le Saint-Sacrement , il passait chaque jour plusieurs heures à l'adorer; et, dans ces effusions

1. Sicut dehemus sanitalem corpori. puritaiem cordi , sic et frairi pocem. Jàm hinc transeundum est ad sanctonim animas qux de Jiujus mortalitatis carcere ad cœlorum gaudia volaverunt. His profecto debemus imitationem : quia similes fuére nobis, passibiles , et notas nobis fecerunt vias vitx, quas tàm infatigabiliter quàm interminabilifer tenuerunt. Sed et iilis qui non in tantd sanctitate, seu peractd pœnitentid, exïerunt, compassioneni debemus et orationem, propter similis naturx consortium : ut pins Pater auferat scoriam eorum, et in bénéficia flagella commut et, et sic tandem reconsignet ad beata gaudia civitatis. Si enim tauri, cùm tauruin mortuuyn invenerint. plorant, mugiunt, et quasi quibusdam debitis humanitatis obsequiis fraterna funera prosequuntur, quid débet homo homiju, quem et ratio docet et trahit affectio? ^ermonexTi.

DES DÉFL-NTS DONT LE SALUT INQUIÈTE. Mi

de ferveur, ce qu'il demandait surtout à Jésus-Christ c'était la conversion de sa mère , qu'il entourait de la plus filiale tendresse. Prières, jeûnes, œuvres de toute sorte, lui semblaient douces pour obtenir cette âme. Il ne lobtint point cependant : sa mère mourut avec obstination dans les erreurs du judaïsme. Pénétré d'une amère doulem\ ce bon fils va se prosterner devant le tabernacle, et, donnant carrière à ses plaintes : « Eh quoi, Seigneur! disait-il, je vous dois tout , il est vrai , mais que vous ai-je refusé? ma jeunesse, mes espérances dans le monde, le bien-être,, les joies de la famille, un repos peut-être légitime, j'ai* tout sacrifié dès que vous m'avez appelé. Mon sang, je l'eusse donné de même. Et vous, Seigneur, vous, l'éternelle bonté , qui avez promis de rendre au centuple , vous m'avez refusé l'âme de ma mère ! I ! Mon Dieu , jesuccombe à ce martyre , le murmure va s'exhaler de meslèvres. » Les sanglots étouffaient ce pauvre cœur. Tout à coup une voix mystérieuse frappe son oreille. Il écoute. Elle disait : « Homme de peu foi, ta mère est sauvée I »

— « Ma mère est sauvée I ah Seigneur, serait-il possible 1 »

— « Oui , elle est sauvée 1 Sache que la prière a tout pouvoir auprès de moi. J'ai recueilli toutes celles que tu m'as adressées pour ta mère , et ma providence lui en a tenu compte à son heure. Au moment où elle expirait, je me suis présenté à elle , et à ma vue elle s'est écriée : Mon Seigneur et mon Dieu ! Relève donc ton courage : ta mère a évité la damnation... »

; L'illustre et saint prédicateur, le P. de Ravignan, aimait à espérer beaucoup pour les pécheurs surpris par la mort, lorsque dailleurs ils n'avaient pas eu au cœur la haine de Dieu. Yolontiers il parlait des mystères du moment où l'on expire , et son sentiment paraît avoir été qu'un grand nombre de ces pécheurs se convertissent à leurs derniers instants, et sont réconciliés avec Dieu, sans qu'on puisse le voir à l'extérieur. Il y a dans certaines morts des mystères de miséricorde et des coups de grâce où l'œil de

l'homme ne voit que des coups de justice. A la lueur d'un dernier éclair, Dieu quelquefois (nous venons de le voir) se révèle à des âmes dont le plus grand malheur avait été de l'ignorer; et le dernier soupir, compris de Celui qui sonde les cœurs, peut être un gémissement qui appelle le pardon. Le général Exelmans, parent du bon Père, fut précipité subitement dans la tombe par un accident de cheval , et malheureusement il ne pratiquait pas la religion. Il avait promis pourtant de se confesser un jour ; mais il n'en eut pas le temps. Le P. de Ravignan , qui depuis longtemps priait et faisait prier pour lui , demeura dans la consternation quand il apprit cette mort. Or, le jour même, une personne habituée aux communications célestes crut entendre une voix intérieure qui lui disait : « Qui donc connaît l'étendue de ma miséricorde ? Sait-on quelle est la profondeur de la mer et ce qu'elle renferme d'eau? Beaucoup sera pardonné à certaines âmes qui ont heaucovp ignoré ' . > Et l'historien à qui nous empruntons ce récit, le R. P. de Ponlevoy, ajoute plus loin : « Chrétiens, placés sous la loi de l'espérance non moins que de la foi et de l'amour, nous devons nous élever sans cesse du fond de nos peines jusqu'à la pensée de la bonté infinie du Sauveur. Aucune borne, aucune impossibilité, n'est placée ici-bas entre la grâce et l'âme , tant qu'il reste un souffle de vie. Il faut donc toujours espérer, et adresser au Seigneur dhumbles et persévérantes instances. On ne saurait dire jusqu'à quel point elles peuvent être exaucées. De grands saints et de grands docteurs ont été bien loin en parlant de cette efficacité puissante des prières pour des âmes chéries, quelle qu'ait été leur fin. Nous connaîtrons un jour ces ineffables merveilles de la miséricorde divine. Il ne faut jamais cesser de l'implorer ave: une profonde confiance. »

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