‹ Les douleurs de la vieChapitre 126 sur 292 · Esprit de S. François de Sales, iii^ part., ch · texte numérisé non relu

Esprit de S. François de Sales, iii^ part., ch

i44 LA MORT.

t Un religieux missionnaire, prêchant, il y a peu d'années , une retraite aux dames de Nancy, avait rappelé qu'il ne faut jamais désespérer du salut d'une âme, et que parfois les actes les moins importants aux yeux des hommes sont récompensés par le Seigneur, d'une manière toute spéciale, à l'heure de la mort. Il venait de quitter l^église : une dame en deuil vint le trouver, et lui parla ainsi : — « Mon Père, vous avez recommandé la confiance et l'espoir : ce qui m'est arrivé justifie vos paroles. J'avais un époux toujours bon, affectueux, irréprochable dans sa vie dhomme public et d'homme privé ; mais il restait complètement en dehors de toute pratique religieuse. Mes prières, comme quelques mots que j'avais hasardés à ce sujet, n'avaient produit aucun résultat. — Dans le mois de mai qui précéda sa mort, j'avais élevé, suivant mon habitude, un autel à la Sainte Vierge dans mon appartement, et je l'ornais de fleurs renouvelées de temps en temps. Chaque dimanche, mon mari allait passer la journée à la campagne. A son retour, durant le mois, il m'apportait un bouquet qu'il avait lui-même cueilli, et j'employais ces fleurs à orner mon oratoire. S'en apercevait-il? agissait-il uniquement pour m'être agréable, ou un sentiment secret de piété envers Marie lanimait-il? je ne le saurais dire ; mais il ne manqua pas un dimanche de le faire. — Dans les premiers jours du mois suivant, il fut subitement frappé par la mort, sans avoir eu le temps de recevoir les secours de la religion. Jetais inconsolable; ma santé s'altérait sérieusement : ma famille me força de partir pour le Midi. Comme je passais par Lyon, je voulus voir le saint curé d'Ars, qui vivait encore : je lui écrivis pour solliciter la grâce d'être reçue, et recommander à ses prières mon mari, mort subitement. Je ne lui donnai pas d'autres détails. — A peine étais-je entrée dans l'appartement où il recevait, que le saint curé me dit : « Madame, vous êtes désolée : mais avez-vous donc oublié les bouquets de fleurs de chaque dimanche du mois de mai? » Il me serait impossible de dire quel fut

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