DES DÉFUNTS DONT LE SALUT IN-QUIÈTE
leusement de lair pour me permettre de vous entretenir. Et quant à mon caractère difiicile, dix-sept années de pur- ^•atoire sont plus qu'il ne fallait pour en détruire les aspérités et enseigner la mansuétude. La grâce nous a, d'ailleurs, confirmés dans le bien, et, marqués du sceau des élus, nous ne saurions plus avoir de vice. » — Pendant quarante jours donc, l'apparition venait servir, par intervalles, celle qu'elle avait guérie, et qui seule pouvait la voir et lui parler. Huguette fit les pèlerinaofes demandés, et avec une piété grande , pleine de gratitude. Au bout des quarante jours, Léonarde cessa de venir, sauf une dernière fois , qu'elle apparut dans l'état d'une incomparable gloire, exhortant Huguette à se souvenir toujours des bontés de Dieu et de la nécessité de la vertu.
f On lit dans la vie d'une sainte religieuse, la sœur Catherine de Saint-Augustin, que dans le lieu qu'elle habitait se trouvait une femme appelée Marie qui s'était livrée au désordre pendant sa jeunesse, et qui, devenue âgée, s'obstinait tellement dans le mal, que les habitants du pays , ne pouvant souffrir cette peste au milieu d'eux, la chassèrent honteusement. Elle ne trouva pas d'autre asile qu'une grotte, où elle mourut abandonnée de tout le monde. Son corps fut enterré dans un champ comme un objet immonde. La sœur Catherine, qui avait coutume de recommander à Dieu les âmes de tous ceux dont elle apprenait la mort, ne songea pourtant point à prier pour celle-ci, jugeant, avec tout le monde, qu'elle était sûrement damnée. Quatre mois après , la bonne religieuse entendit une voix qui disait : « Sœur Catherine, quel malheur est le mien! vous recommandez à Dieu les âmes de tous, il n'y a que la mienne dont vous n'ayez point de pitié ! — Qui donc étes-vous? répond la sœur. — Je suis cette pauvre Marie morte dans la grotte. — Comment! vous êtes sauvée? — Oui, je le suis, par la miséricorde divine. Sur le point de mourir, épouvantée au souvenir de mes crimes et à la vue
de mon abandon, je criai vers la Sainte A^ierge. Elle fut assez bonne pour m'entendre, et m'obtint une contrition parfaite, accompag-née du désir de me confesser si je le pouvais. Je rentrai ainsi dans la grâce de Dieu, et j'échappai à Tenfer. Mais il m'a fallu tomber dans le purgatoire, où je souffre cruellement. Mon temps serait abrégé, et j'en sortirais bientôt, si l'on disait pour moi quelques messes : faites-les dire, ma bonne sœur, et je vous promets de prier toujours Dieu et Marie pour vous. y> — Sœur Catherine se hâta de faire célébrer ces messes , et, après quelques jours, l'âme se fit voir à elle plus brillante qu'un astre, et lui dit : « Je vous remercie, sœur Catherine : je vais au ciel chanter les miséricordes de Dieu et prier pour vous. »
On lit encore dans la Vie d'Anne -Catherine Emmerich (t. IIP, p. 29), la vision qu'elle eut, un jour, d'une pauvre femme morte depuis une trentaine d'années. Elle n'était pas dans le purgatoire, mais dans un lieu de supplice plus rigoureux : elle était comme un détenu soumis à la flagellation, comparé à d'autres qui n'ont à subir qu'un simple emprisonnement. Cette femme avait commis, par faiblesse, une faute grave, qui l'avait entraînée ensuite à un double crime. Son repentir, du reste, avait été très grand; mais elle était morte sans sacrements , non par impiété , mais par suite d'une circonstance indépendante de sa volonté. Dieu eut égard à son extrême contrition, jointe au désir de la confession sacramentelle, et la préserva de l'enfer.
ÉléTation. — Mon DiEu, mon maître, mon juge, mais aussi mon unique et très ferme espérance , je vous supplie humblement en faveur de ceux que j'ai perdus et dont le salut m'inquiète. Je ne les oublierai point dans mes œuvres de réparation et de pénitence. Cette lecture m'encourage. Seigneur, et me fait bénir sous un aspect nouveau votre miséricorde ineffable. Accordez-moi, je vous en conjure, la force de ne me détourner jamais du droit che-
min qui mène à vous , et de préparer ainsi , par ma fidélité persévérante, la sentence de salut que j'espère entendre de votre bouche divine, à mon dernier moment.