‹ Les douleurs de la vieChapitre 133 sur 292 · I. Voir, ci-dessus le chap. xiii, p · texte numérisé non relu

I. Voir, ci-dessus le chap. xiii, p

minutes. Malheureux qui attend la vieillesse ou la dernière maladie 1 Quoi ! dit avec indignation un illustre orateur, « vous ne réservez donc à votre Dieu que les restes et le rebut de vos passions et de votre vie ! C'est comme si vous lui disiez : — Seigneur, tant que je serai propre au monde et au plaisir, n'attendez pas que je revienne à vous et que je vous cherche. Tant que le monde voudra de moi . je ne saurais me résoudre à vouloir de vous : quand il commencera à m'oublier, à m'échapper, je me tournerai vers le ciel; je vous dirai : Me voici! 3e vous prierai daccepter un cœur que le monde rejettera, et qui sera même triste de la dure nécessité où il se trouvera réduit de se donner à vous. Mais jusque-là n'attendez de moi qu'une indifférence entière et un oubli parfait. Au fond, vous n'êtes bon à servir que lorsqu'on n'est plus soi-même bon à rien. On est sur du moins qu'on vous trouve toujours ; tous les temps vous sont égaux ; mais au monde , après une certaine saison de la vie , on n'y est plus propre : il faut donc se hâter d'en jouir avant qu'il nous échappe, et tandis qu'il est encore temps. — Ame indigne de confesser jamais les miséricordes d'un Dieu ■que vous traitez avec tant d'outrage ! eh ! croyez-vous qu'alors il acceptera des hommages si forcés et si honteux à sa gloire . lui qui ne veut que des sacrifices volontaires , lui qui n'a pas besoin de l'homme, et qui lui fait grâce lors même qu'il accepte ses vœux les plus purs et ses affections les plus sincères ^ ? »

La première préparation, c'est donc de vivre chrétiennement, d'observer avec fidélité la loi divine; toutes les autres seraient illusoires sans celle-là. La seconde est de prier souvent et expressément pour cet intérêt décisif. L'Église nous le fait pratiquer dans la salutation angélique, où nous répétons : « Sainte Marie, priez pour nous, main-

1. Massillon. 3- dim. de lAvent. le délai de la conversion, seconde partie.

tenant et à l'heure de notre mort. » La même pensée revient en plusieurs oraisons de l'office sacré. On Ta vu plus haut. Dieu se plaît à entendre les supplications qui ont pour objet la mort.

En troisième lieu, faire des œuvres de charité envers les pauvres, les ignorants, les pécheurs, envers les âmes du purgatoire, dans le but d'obtenir une sainte mort. Y songe-t-on beaucoup?

Puis, il est bon de faire prier pour soi. Les chrétiens ont cette excellente pratique de se recommander aux prières les uns des autres. Que ce ne soit point une formule stérile. Nulle prière n'est perdue ; un simple Ave Maria dit pour vous peut se transformer en bénédiction au moment du dernier passage. Heureux celui que de pieux amis nomment souvent dans leurs oraisons ! C'est ainsi que S^^ Catherine de Sienne ne cessait de demander à Notre-Seigneur que la mort de son père fût chrétienne. Sachant qu'elle serait exaucée sur ce point, elle passa outre, et sollicita pour cette chère âme l'exemption du purgatoire. Le Sauveur, qui daignait converser familièrement avec elle, répondit que la justice a ses droits, et que nécessairement tout péché doit avoir son châtiment. Catherine répond alors : « 0 mon bien-aimé Seigneur, comment pourrai-je supporter quel'âme de celui qui par votre miséricorde m'a mise au monde, m'a élevée avec tant de soin, m'a donné tant de consolations pendant sa vie , soit tourmentée dans des flammes si cruelles ? Je vous supplie , par votre immense bonté, de permettre que cette âme ne sorte de son corps, d'une manière ou d'une autre , que parfaitement purifiée , et que le feu du purgatoire lui soit épargné. » 0 merveille ! l'agonie du père dura autant que cette contestation entre le Seigneur et sa servante , l'un alléguant la justice nécessaire, l'autre implorant grâce. La sainte finit par s'écrier : (( Si cette faveur ne peut être obtenue sans que justice ait cours, que cette justice tombe sur moi, et que j'expie à la place de mon père ! » Jésus répondit : « Voici que, à cause

de l'amour que tu m"as voué , je me rends à ta prière : l'àme de ton père ne souffrira point , mais toi à sa place . et tant que tu vivras. » Catherine fit éclater sa joie : « Oui. mon Dieu, j'accepte tout, et je vous bénis de m'exaucer! » Alors elle s'approche du lit du mouraut , l'informe de ce qui vient de se passer entre Jésus et elle, l'encourage, et le voit expirer dans les dispositions d'un sainte Mais en même temps elle fut prise d'affreuses douleurs d'entrailles, qui ne la quittèrent plus qu'à la mort. — Cette grande sainte, si expérimentée dans les voies spirituelles, avait une expression singulière pour rendre la nécessité de la vigilance : « Placez, dit-elle, et liez bien à la porte de votre âme, comme une garde sûre, le chien de la conscience, qui aboiera aussitôt qu'il entendra venir l'ennemi-. »

Youlez-vous ne point craindre la mort, et ne courir pour votre âme aucun risque? Réglez chaque jour les affaires de votre conscience comme si vous deviez paraître devant Dieu le soir même. Cette pratique n'est point aussi difficile qu'elle le paraît ; elle suppose simplement l'examen quotidien et une véritable attention à son salut, ce que tout chrétien s'impose, dès le jour de sa première communion, comme la règle de sa vie. Dans cette préparation incessante se rencontre d'ailleurs une consolation précieuse, une tranquillité d'âme admirable. ' L'auteur de Y Esprit de S. Fraiiçois de Sales rapporte ceci. — « Gomme je lui demandais quelle était la meilleure disposition pour bien mourir, il me répondit froidement : La charité. Je lui dis que je savais bien que celui qui n'est pas dans la charité est dans la mort, et que mourir au

1. Vita di S. Caterina da Sicna, del canonico Bernardino Picci, p. 231. In-4"; Siena, 1707.

2. « Poichè il ^iardino è cosi ben foriiito, voglio che alla guardia poniate il cane délia coscienza, e sia legato alla porta, sicchè se i nemici venissero e locchio dell' intelletto dormisse, il cane abbaj. » Lettre 67^ — La même expression se trouve dans la lettre 50*.

SE PREPARER A LA MoRT. iCl

Seigneur était mourir, sinon en lacté, au moins en l'habitude de le charité^ laquelle embrasse toutes les autres vertus et les introduit avec elle dans l'âme où elle fait son entrée ; mais que je désirais savoir, la charité supposée , quelles vertus vives et animées de la charité étaient les plus convenables pour ce moment. — Il me dit : L'humilité et la confiance. Et, pour s'expliquer à sa façon gracieuse, il ajouta : Le lit d'une bonne mort doit avoir pour matelas la charité ; mais il est bon d'avoir la tête appuyée sur les deux oreillers de Ihumilité et de la confiance, et d'expirer avec une humble contiance en la miséricorde de Diec. — Le premier de ces oreillers , qui est l'humilité , nous fait reconnaître notre misère, et nous fait trembler de frayeur, mais d'une frayeur amoureuse (car je la suppose animée de la charité, qui nous fait concevoir et enfanter l'esprit du salut : humilité courageuse et généreuse, qui, en nous abattant, nous relève en Dieu et nous fait appuyer sur lui seul). De ce premier oreiller on passe aisément à l'autre, qui est celui de la contiance en Dieu. Or, quelle est cette confiance sinon une espérance fortifiée par la considération de la bonté infinie de notre Père céleste,, plus désireux de notre bien que nous-mêmes? 0 Dieu, j'ai espéré en vous, je ne serai jamais confondu. Ceux qui espèrent au Seigneur changeront de force , et ils prendront les ailes de l'aigle, et feront un essor qui ne s'abattra point'. »

-{- S, François Carcicciolo est un modèle bien touchant de la préparation à la mort. En 1607, un an avant de quitter ce monde, il obtint d'être relevé des charges qu'il exerçait dans son ordre, afin de ne songer qu'à l'éternité, de ne plus vivre que dans le ciel , de ne plus parler qu'à Dieu. Il choisit pour demeure le dessous d'un escalier de son couvent de Xaples, où souvent on le trouvait en extase, les bras étendus en croix. C'est là qu'on vint plusieurs fois,

Page 1