‹ Les douleurs de la vieChapitre 135 sur 292 · Même ouvrage {d janvier · texte numérisé non relu

Même ouvrage {d janvier

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ÉléTation. — « Seigneur, vous voyez mes désirs et mon impuissance. Que n'ai-je un cœur plus constant pour vous, ô mon Dieu ! plus ferme dans lamour de la vérité, plus insensible au monde et moins aisé à se laisser séduire I Fixez, Seigneur, mes incertitudes et mes inconstances; ôtez au monde l'empire qu'il a sur mon cœur; reprenez vos anciens droits , et ne m'attirez plus à demi , de peur que je ne vous échappe encore. Les variations éternelles de ma vie me couvrent de honte. Seigneur, et font que je n'ose plus lever les yeux vers vous et vous promettre une fidélité constante. J'ai si souvent trahi là-dessus mes promesses après vous avoir juré un amour éternel, ma faiblesse m'a si souvent fait oublier le bonheur de cet engagement, que je n'ai plus le courage de vous répondre de moi-même. Mon cœur m'échappe à chaque instant, et mille fois, au sortir de vos pieds, et les yeux encore baignés des larmes que la douleur de vous avoir déplu m'avait fait répandre, une occasion m'a séduit, et les mêmes infidélités que je venais de détester m'ont retrouvé, comme auparavant, faible et infidèle : avec un cœur si léger et si incertain, que puis-je vous assurer, grand Dieu, et qu'oserai-je me promettre à moi-même? J'ai cru si souvent qu'enfin mes résolutions allaient être constantes, je me suis trouvé dans des moments de grâce et de componction si vifs et si touchants, et qui semblaient me répondre que ma fidélité serait éternelle, que je ne vois plus rien qui soit capable de me fixer, et qui puisse me faire espérer cette solidité de vertu à laquelle jusqu'ici je n'ai pu atteindre. Laissez-vous toucher, Seigneur, du danger de mon état. Le caractère de mon cœur me décourage et m'épouvante. Je sais que l'inconstance dans vos voies est un préjugé de perdition, et que vous maudissez dans vos livres saints les âmes incertaines et légères. Mais, Seigneur, tandis que je serai encore sensible aux saintes inspirations de votre grâce, j'essaierai encore de rentrer dans vos voies; et, si j'ai à

me perdre, j'aime encore mieux périr en fai>ant des efforts pour retourner à vous , ô mon Dieu, qui ne permettez pas que l'àme qui vous cherche sincèrement périsse, et qui êtes le seul Seigneur digne d'être servi, qu'en cherchant une affreuse tranquillité dans une révolte fixe et déclarée , et en renonçant à l'espérance des biens éternels que vous préparez à ceux qui vous aiment \ »

Ne quittons pas ces méditations sur la mort sans rappeler la belle page de Lamennais, alors que ce grand génie ne s'était pas encore séparé de la vérité chrétienne et de nos immortelles espérances :

« Ils oDt passé sur cette terre; ils ont descendu le fleuve du temps. On entendit leur voix sur ses bords, et puis l'on n'entendit plus rien. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

» Tandis qu'ils passaient, milJe ombres vaines se présentèrent à leurs regards; le monde, que le Christ a maudit, leur montra ses grandeurs, ses richesses, ses voluptés : ils le virent, et soudain ils ne virent plus que l'éternité. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts gui meurent dans le Seigneur!

» Semblable à un rayon d'en haut, une croix, dans le lointain, apparaissait pour guider leur course ; mais tous ne la regardaient pas. Où sont-ils? qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur !

» Il y en avait qui disaient : « Qu'est-ce que ces flots qui nous emportent? Y a-t-il quelque chose après ce voyage rapide? Xous ne le savons pas, nul ne le sait. » Et comme ils disaient cela, les rives s'évanouissaient. Où sont-ils? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

)) Il y en avait aussi qui semblaient, dans un recueillement profond, écouter une parole secrète; et puis, l'œil fixé sur le couchant, tout à coup ils chantaient une aurore invisible et un jour qui ne finit jamais. Où sont -ils? qui nous le dira? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur!

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