‹ Les douleurs de la vieChapitre 138 sur 292 · IDÉE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

IDÉE GÉNÉRALE

sur le rapport entre l'une et l'autre. — Encore que ces considérations offrent un côté métaphysique assez élevé pour le commun des lecteurs, nous n'hésitons pas aies présenter d'abord, pour qu'elles forment la base solide des chapitres qui vont suivre.

Dieu s'est révélé par le christianisme dans trois attributs principaux : la sainteté, la charité, la justice; et par ces trois attributs doit se réaliser notre union avec lui, but suprême de l'existence de l'homme et de ses combats sur la terre. — En tant que saint , Dieu ne peut admettre d'union immédiate entre son infinie pureté et nos souillures. D'autre part, en tant que charité , bonté par essence, il ne peut pas non plus laisser périr à jamais l'ouvrage de ses mains, qui lui demande merci, et rejeter éternellement hors de son sein, c'est-à-dire hors de la félicité et de la vie , des âmes faites pour la posséder, et qui n'en ont pas répudié l'espérance. De là la nécessité, dans la vérité chrétienne, d'un lieu intermédiaire où l'homme achève de se purifier, et qui soit comme le vestibule du ciel.

Cette vie est le champ de notre liberté. Nous pouvons, par le bon usage que nous en faisons à travers toutes les épreuves dont elle est semée, nous purifier, et par-là diminuer d'autant l'espace qui nous sépare de Dieu. C'est un purgatoire commencé... Mais il est bien rare, au milieu de toutes les illusions qui se disputent notre volonté, et qui la retardent , que nous puissions faire beaucoup de chemin; nous pouvons, au contraire, nous égarer immensément. Or, la bonté de Dieu, qui connaît de quelle argile nous sommes pétris, après avoir fait cette part à notre nature méritante , vient suppléer à notre faiblesse ; et, acceptant le plus faible germe de notre bonne volonté, il la fixe par la mort dans la voie du ciel , et achève luimême notre sanctification dans le purgatoire par des souffrances qu'il nous inflige en nous les faisant aimer, et qu'il tempère par cet amour même. — Là, à la différence de notre état dans cette vie , nous ne serons plus exposés à

pécher, et cependant nous pourrons. Dieu aidant, continuer de mériter encore par une sorte d'extension de notre bonne volonté dans le temps présent, comme un fruit vert enlevé à lintempérie de la saison par la main du maître, et qui achève de mûrir dans ses greniers pour être servi un jour à sa table. — Voilà la raison du Purgatoire prise du côté de la nature de Dieu. C'est une transaction entre sa bonté et sa sainteté , entre sa justice et sa miséricorde.

Et maintenant, le côté de la nature de l'homme nous apparaît avec des lumières semblables. Il est dans notre nature morale de chercher à nous purifier de nos fautes, et d'aller même au-devant de l'expiation quelles exigent. C'est comme un besoin de notre rectitude native. Bien plus, c'est un soulagement, parce que la faute met l'âme dans un état de désharmonie avec la vérité, état qui lui est antipathique et d'où elle tend à sortir à tout prix. Or, elle n'en peut sortir que par la purification, et la purification ne s'obtient que par le châtiment et la peine. Pourquoi? C'est que toute faute est une transgression de la justice pour se procurer une jouissance qu'elle défend : d'où il suit, par démonstration rigoureuse, que la réparation devrait être le retrait de cette jouissance , de ce plaisir. Mais, comme il ne se peut pas (que le lecteur veuille bien appliquer toute son attention^, comme il ne se peut pas que le même plaisir qui a induit en faute soit retiré, puisqu'il a été consommé dans l'acte qui le procurait , ce sera par la privation, volontaire ou volontairement acceptée, d'un autre plaisir qu'on aurait pu goûter dans l'état d'innocence qu'on satisfera à l'expiation. Par ce moyen, l'âme se dégage du péché qui l'oppressait, et trouve dans la pénitence même la satisfaction de l'équilibre rétabli. Suivons ce principe.

A mesure qu'on se rapproche de Dieu , qui est cette justice dont la violation a fait la faute , plus on souffre de cette désharmonie que la faute élève entre lui et nous •'

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