‹ Les douleurs de la vieChapitre 139 sur 292 · IDÉE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

IDÉE GÉNÉRALE

dès lors les ardeurs de la pénitence se trouvent être en proportion de la connaissance meilleure et plus approfondie que nous avons de Dieu ; dès lors encore , par une conséquence directe, dans l'autre monde ces ardeurs doivent être extrêmes, inexorables, puisque Dieu est si bien connu de l'âme , et cela jusqu'à ce que ces mêmes ardeurs aient achevé de combler la mesure du péché. L'âme fidèle va elle-même au-devant de la main qui la châtie , et bénit des souffrances qui ne lui sont inflig-ées que par le plus paternel amour, puisqu'elles ont pour objet immédiat de la préparer au bonheur du ciel , en la purifiant des souillures qui en empoisonneraient la possession.

C'est ainsi que le dogme du purgatoire plonge ses racines dans la nature de Dieu et dans la nature de l'homme, et qu'il tend à rétablir entre elles l'harmonie primitive détruite par le péché. Sous ce rapport, ce dogme, qui n'est que celui de l'expiation et de la pénitence, tient à l'essence même de la croyance chrétienne et de la philosophie.

*f Le grand docteur »S. Thomas d'Aquin prenait un tendre intérêt aux âmes de ceux qu'il avait connus, et particulièrement de ses proches. Un jour qu'il était en oraison, sa sœur la religieuse lui apparut, et lui fit savoir qu'elle était en purgatoire. Il se mit en devoir de la secourir par des sacrifices, des jeûnes et des prières; et, au bout de quelques jours, elle vint lui rendre grâces du bien qu'il lui avait fait, et l'assura de la gloire dont elle jouissait au ciel. Le saint lui demanda l'état de ses deux frères, et si lui-même était bien avec Dieu. Elle lui répondit, quant à ses frères, que l'un était en purgatoire, l'autre en paradis , et que pour lui il était très bien avec le Seigneur; qu'ils se verraient bientôt ensemble, quoiqu'il dût être récompensé d'une plus grande gloire qu'eux tous, à cause du travail qu'il s'imposait pour les âmes et pour le service de l'Église. — De plus, étant, une autre fois, en prières pendant la nuit, dans une église de Naples,

le p. Romain, maître en théologie, qu'il avait laissé en France pour lui succéder dans sa chaire, lui apparut après sa mort, dont il n'avait pas encore connaissance. Après qu'il Veut reconnu et eut appris de lui qu'il était décédé? il lui demanda si ses services étaient agréables à Dieu et s'il était en était de grâce. Le P. Romain lui dit de persévérer en l'état où il se trouvait . comme il avait commencé, parce que tel était le bon plaisir de Dieu. Thomas lui demanda encore oii il était lui-même , et il sut qu'il jouissait de la gloire . après avoir été seize jours dans les peines du purgatoire , pour quelque négligence dans l'exécution d'une promesse ^

Élévation. — 0 Père admirable et si tendre que nous avons au ciel, vous ne faites rien qui ne soit souverainement juste, et qui ne doive tourner au bien de ceux qui vous aiment. Votre justice et votre bonté ont concouru à nous réserver le purgatoire lorsque nous paraissons devant vous sans une purification entière. Ah ! faites . je vous en supplie, que jamais je n'oublie le compte sévère que je dois vous rendre de mes actions et de mes pensées, afin que ce souvenir me maintienne dans une crainte salutaire, sainte et efficace.

Vies des Saints, de MS^ Guériu; 6- édit., t. IIP, p. 138.

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