Omnis Scriptura divinitics inspirata. II Tim. m
vent ressusciter, il paraîtrait vraiment superflu et vain de prier pour les morts... C'est donc une sainte et salutaire pensée que celle de prier pour les ynorts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés^. De ce passage il ressort que les défunts peuvent être délivrés de leurs péchés , et que par conséquent il y a un purgatoire où ils les expient. Il ressort, en second lieu, que les sacrifices et les prières des vivants sont utiles aux morts. Il ressort que les restes du péché no sont pas toujours expiés par les seules soutTrances de la mort comme le prétend Luther : car ceux en faveur de qui fait prier Judas Machabée ont eu un trépas violent, douloureux, et de plus ils ont donné leur vie pour la justice : et pourtant le saint homme estime qu'ils ne sont pas encore pleinement purifiés , puisqu'il veut qu'on prie. Il ressort, en quatrième lieu, qu'un homme peut mourir pieusement et saintement sans pour cela être exempt de quelque dette envers Dieu, soit pour des péchés véniels non remis pendant sa vie, soit parce qu'il n'a pas complètement satisfait pour les péchés mortels qui lui ont été pardonnes. Il ressort, enfin, que, formellement exprimé dans l'Écriture sainte, tout cela est de foi. et ne peut être contesté.
Il est bien vrai que les adversaires contestent, d'une part, la canonicité de ce livre des Machabées. et, de l'autre, l'authenticité du passage, alléguant qu'il a été interpolé par quelque commentateur. Ce n'est point ici le lieu de répondre à cette difficulté d'exégèse, traitée dans tous les omTages qui ont pour objet l'Écriture -Sainte; cju'il suffise de dire que la canonicité et l'authenticité sont établies victorieusement, et de rappeler que l'Eglise considère l'ouvrage en question comme inspiré, à légal des ' autres de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Un second texte est celui-ci : Placez votre pain et votre
1. Sancta ergù et solubris est cogitatio pro defunctis exorare, ut à peccatts soliantiir. I[ Macbab. xii, 43-i6.
vin sur le tombeau du juste, et gardez-vous d'en manger et d'en boire en compagnie des pécheurs*. Le sens d'une telle parole ne saurait être que celui-ci, d'ailleurs accepté dans toutes les traductions : « Faites un festin et appelez-y les pauvres qui sont ennemis du péché, afin que, ayant reçu de vous l'aumône, ils prient pour l'âme qui a quitté le corps enseveli en ce lieu. » C'est Tobie qui, près de quitter la terre, s'adresse en ces termes à son fils, en lui laissant ses derniers conseils. On faisait donc l'aumône sur les restes mortels des défunts : et pourquoi l'eùt-on faite sinon afin d'attirer sur leurs âmes la bénédiction de Diel? Mais à quoi eût servi cette bénédiction, ce pardon, si ces âmes étaient damnées, c'est-à-dire à tout jamais perdues, ou sauvées , c'est-à-dire admises à l'éternel et imperdable bonheur? Ce n'était point, évidemment, de simples fêtes pour honorer la mémoire du mort : car, en ce cas, on ne se serait guère occupé de l'état de conscience plus ou moins pur de l'invité. Cet usage de distribuer, sur les tombeaux, de la nourriture aux pauvres avait passé des Juifs aux premiers chrétiens, et s'est même perpétué, dans plusieurs de nos provinces , par les repas qui se font à la solennité des funérailles, et par le pain qu'on envoie aux indigents, afin qu'ils intercèdent eux-mêmes pour le défunt, et parce que l'aumône est profitable à son âme.
Nous voyons, en plusieurs autres endroits, le jeûne pratiqué à la nouvelle d'une mort. Ainsi, les habitants de Jabès en Galaad, apprenant que Saûl avait été tué, jeûnèrent pendant sept jours-. David en fit autant à cette occa-
1. Panem tinnnet vimnn super sepulturam justi constitue, et JioH ex eo manducare et bibere ciini peccatoribus. Tobiœ iv, 18.
2. Ciim auàissent habitatores Jabes Galaad quaecumque fecerant Philistiim Smil, surre.xerunt omnes viri fortissimi, et ambulaveriint tolâ nocte, et tulrrunt cadaver Said, et cadavera filiorum ejus, de vinro Bclhsan ; veneruntque Jabes Galaad, et combusserunt ea ibi. Et tulerunt ossa eonnn et sepelierunt in nemore Jabes, et jejunaverunt seplem diebus. I Reg. xxxi, 11-13.
?ion; il pleura et jeûna * ; ce qu'il renouvela bientôt pour Abner, lorsque ce général eut été assassiné par Joab-. Or, que signifie ce jeûne, si ce n'est une expiation en faveur de ceux qui sont morts? Tainement allèguerait-on que ce furent simplement des signes de tristesse et de deuil, puisque David, qui jeûnait pour obtenir de Dieu la guérison de son enfant malade, cessa dès que celui-ci fut mort , disant que sa prière n'avait plus d'objet^. Ces jeûnes étaient donc, à ses yeux, des prières, des expiations. Et à quoi eussentelles servi s'il n'avait pensé qu'elles étaient utiles aux défunts pour qui il les accomplissait?
On lit encore au psaume 37* : Seig?ieur, ne me reprenez pas dans votre colère, et ne me châtiez point dans votre fureur^. Bien quun pareil texte puisse être interprété de diverses manières, S. Augustin, en commentant ce psaume, incline à y voir l'image des deux punitions de l'autre vie : celle de la damnation sans remède : ne in furore tuo arguas me ; celle de la purification temporaire : ne in ira tua corripias wze. Le vénérable Bède et Denys-le-Ghartreux y ont vu la même pensée.
Mais voici quelque chose de plus formel, au psaume Go*^ : Nous avons passé par le feu et par l'eau, et vous nous avez, Seigneur, conduits au lieu du rafraîchissement^ . S. Ambroise applique ce passage et au baptême (l'eau) et au purgatoire (le feu), comme Origène l'avait fait avant lui^. —
1. Apprehendens David vesthnenta sua, scidit, omnesque liri qui erant cum eo; et planxerunt usque ad vesperam super Saut et super Jonaiham filium ejus\ etc. II Reg. I. 11-12.
2. Juravit David dicens : « Hxc faciaf mihi Deus et hxc addat si ante occasum sotis gustavero panem vel aliud quidquam. « II Rpii. III, 55.