‹ Les douleurs de la vieChapitre 152 sur 292 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Existence du Purgatoire prouvée par le Nouveau-Testament.

Le Nouveau-Testament , les enseignements directs du Dieu fait homme, écartent davantage encore les voiles de Tautre vie, et nous instruisent plus ouvertement sur le purgatoire.

Le premier témoignage qu'il faut citer est celui de Notre-Seigneur disant à ses disciples : Celui qui aura blasphéuié contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre ^ Quelle que soit la nature de ce péché contre le Saint-Esprit, qui probablement est l'endurcissement final , la mort d'une âme qui repousse absolument la grâce . il demeure évident qu'il est des fautes qui, non tout à fait effacées en ce monde, le seront dans l'autre après une expiation; et cette expiation n'est autre que celle du purgatoire. Sur l'interprétation de ce passage, on a , il est vrai , soulevé plus d'une objection ; mais elles tombent devant l'examen attentif du contexte, et le sens que nous lui donnons est adopté par l'ensemble des docteurs et des théologiens.

Voici maintenant le grand Apôtre écrivant aux Corinthiens : Celui-là sera sauvé, mais pourtant en passant en

1. Qui dixerit contra Spiritum-Sancimu, non remittelur ei neque in hoc Scxculo neque infidxiro. Miittli. xii, 32.

quelque sorte par le feu ^ De ce texte ressortent deux dogmes catholiques : le purgatoire d'abord , puis la distinction entre les péchés véniels et les péchés mortels : distinction niée par quelques hérétiques du xvi® siècle. C'est un verset d'ailleurs difficile à entendre, S. Augustin en convient^, mais qui s'explique quand on s'attache à la métaphore employée par S. Paul. Il dit donc : « Selon la » grâce de Dieu qui m"a été donnée, j'ai, semblable à un » sage architecte , posé le fondement ; un autre construit » au-dessus. Mais que chacun considère bien comment il » bâtira sur ce fondement. Personne n'a le droit de poser » un autre fondement que celui qui a été établi , et qui est » Jésus-Christ. Que si quelqu'un élève sur ce fondement » un édifice d'or, d'argent, de pierres précieuses, de bois, » de foin, de chaume, l'ouvrage de chacun sera mani- » festé : car le jour du Seigneur le mettra en lumière , et il » sera révélé par le feu. Ainsi , le feu éprouvera l'œuvre » de chacun. Si l'ouvrage de celui qui a bâti sur le fonde- » ment demeure , celui-ci recevra son salaire ; si l'œuvre » de quelque autre brûle , il en souffrira la perte ; cepen- )) dant il sera sauvé, mais comme par le feu. » Interprétons maintenant.

L'Apôtre emploie ici la comparaison de deux architectes, dont l'un construit sur un fondement solide une maison faite avec des matériaux précieux, et qui ne craint point l'incendie, et l'autre en bâtit, sur le même fondement, une qui rappelle les chaumières et les cabanes , avec de la paille pour couverture. Or, dans cette supposition, si l'on vient à mettre le feu aux deux édifices , le premier n'en ressentira point de mal , pendant que le second sera con-

1. Uniuscujusque opus quale sit ignis probahit. Si cujus opus manserit quod supenedificavit, mercedem accipiel ; si cujus opus arserit, detrimenturii patietur : ipse autem salvus erit, sic iamen quasi per ignein. I Cor. m, 13-15.

2. Fateor me malè audire intelligentiores atque doc^-ores mterpreles;. Lib. De Fuie et Operibns, xvi.

sumé en très peu de temps ; et , si l'architecte se trouve renfermé à lintérieur au moment où tout brûle , il ne pourra certainement se sauver qu'en passant par le feu. Dans cette fuite , il échappera à la mort sans doute , mais non sans dommage pour ses cheveux, ses mains , ses vêtements ; à moins que Dieu ne fasse pour lui le miracle qui préserva les trois enfants dans la fournaise. C'est ce que S. Paul exprime assez clairement quand il dit : Celui-là sera sauvé j mais comme à travers le feu. Que Ton voie dans ces architectes tous les chrétiens indistinctement, bâtissant l'édifice de leur salut sur le fondement de la foi , ainsi que le veut S. Augustin ^ , ou bien, avec S. Jérôme-, les seuls docteurs et prédicateurs de l'Évangile, la conclusion est toujours la même : c'est-à-dire qu'il y a vraiment et un purgatoire et des péchés qui ne sont point punis de la mort éternelle , et que l'Église appelle véniels. S. Paul donc, en cet endroit , se compare, lui et les autres prédicateurs de la foi chrétienne , à des laboureurs et à des architectes ^ , et à des champs ou à des édifices les peuples qui sont l'objet de cet apostolat. Le fondement est excellent, mais l'édifice peut ne l'être pas autant; et quand viendra la divine justice, elle appréciera l'œuvre, soit pour la couronner aussitôt, soit pour la soumettre auparavant à une épreuve représentée par le supplice momentané du feu.

Il est un autre texte de l'Évangile qui a été justement appliqué au purgatoire : — Empressez-vous de vous entendre avec votre adversaire pendant que vous êtes avec lui sur lai'oute , dans la crainte quil ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre à l'exécuteur, et que vous ne soyez jeté en prison :je vous déclare que vous n'en sortirez point que

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