‹ Les douleurs de la vieChapitre 156 sur 292 · VI In JuUanum · texte numérisé non relu

VI In JuUanum

4. Quem Deus suscitavit, solutis dolorihus inferni, Juxià quodiynpossibile erat teneri enm ab illis. Actor. ii. 24.

5. Augustin! Epist. 99 ad Evodium. S. Épiphane raisonne de même, H acres. 1 (de Tatiano).

de qui toutes les douleurs avaient pris fin avec sa passion, ne pouvait évidemment être exposé aux peines de l'autre vie; il s'agit donc des âmes qui achevaient de se purifier. Mais venons maintenant aux décisions dogmatiques de l'Église. Nous savons qu'elle a reçu de Jésus -Christ le dépôt de la doctrine, et qu'elle est assistée de Dieu pour ne jamais errer dans l'explication qu'elle nous en donne. Les conciles approuvés sont l'expression authentique de sa foi, et comme enseignement et comme témoignage historique.

Au iii^ concile de Garthage, tenu en 312, à la fin des persécutions générales (canon 29°;, on décréta : Le sacrement de l'autel ne doit être célébré que par des ministres qui soient à jeun. Que si c'est dans l'après-midi que se fait la recommandation, on se contentera de réciter des prières. On priait donc pour les morts. Or, ce ne pouvait être pour les élus déjà couronnés, pas plus que pour les damnés : c'était donc en faveur d'âmes qui souffraient avec espoir de délivrance : et voilà précisément le purgatoire.

Les règlements et la croyance de l'Église d'Espagne sont les mêmes, d'après le premier concile de Braga, en 563 [canon 34®), où il est défendu de prier publiquement pour ceux qui se donnent la mort à eux-mêmes , et ordonné de partager entre les clercs les oblations des fidèles pour les prières en faveur des défunts. Ainsi, c'était une pratique générale de faire prier pour les morts; mais à quoi bon, si on les avait crus immédiatement damnés ou admis au ciel? On distingue même ici, très formellement, ceux qui sont morts dans l'acte du péché mortel, et qui n'ont plus droit à l'intercession collective de la famille chrétienne.

Même doctrine dans l'Église de France, toujours dès cr-s premiers siècles du christianisme. Un concile de Chalonsur-Saône vers l'an 580) décrète : // nous a paru bon d'odonner qu'à toutes les messes solennelles on ait soin de prier.

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dans le Heu saint, au moment convenable , pour les âmes de. défunts. La même prescription est formulée par le second concile d'Orléans, un peu auparavant, en 533 [canon 14" .

Quant à l'Église d'Allemagne, nous trouvons le concile de Worms qui, en 1122 {canon i(f], définit qu'il faut prier et offrir le saint sacrifice même pour ceux qui ont expiré sur le gibet. En Italie, le concile tenu sous le pape Symmaque (commencement du vi^ siècle; déclare que c'est une sorte de sacrilège que de priver les âmes des défunts des prières qui peuvent les soulager. Nous avons vu que les Églises grecques et orientales prient aussi, dans leurs liturgies, pour tous ceux qui, serviteurs de Jésus-Curist, ont quitté ce monde, et peuvent avoir encore à expier devant Dieu.

Les conciles généraux ne sont pas moins formels. Tels

celui de Latran sous Innocent III, au xiii^ siècle [canon 66^);

celui de Florence, dans la dernière session; celui de

Trente , le plus célèbre de tous , dont voici le décret

{session 25®) : « Si quelqu'un dit que, par la grâce de la

» justification, la faute du péché et la peine éternelle sont

» tellement remises au pénitent qu'il ne lui reste plus de

» peine à souffrir, ou en ce monde , ou en l'autre dans le

» purgatoire, avant d'entrer dans le royaume des cieux,

» qu'il soit anathème. — Si quelqu'un dit que le sacrifice

)) de la Messe n'est pas propitiatoire, qu'il ne doit plus

» être offert pour les vivants et pour les morts, pour les

» péchés, les peines, les satisfactions et les autres néces-

» sites, qu'il soit anathème. » De ce texte il résulte quatre

vérités de foi : — l» qu'après la rémission du péché et de

la peine éternelle, obtenue de Dieu, il reste encore au

pécheur un châtiment temporel à subir; — 2^ que, quand

on n'y a pas satisfait dans ce monde , on peut et on doit

le subir après la mort; — 3° que les prières et les bonnes

œuvres des vivants peuvent être utiles aux morts , soulager

et abréger leurs peines ; — 4° que le sacrifice de la Messe est

propitiatoire, qu'il a par conséquent la vertu d'effacer les

péchés et de satisfaire à sa justice divine pour les vivantet pour les morts.

Ces enseignements formels ont été compris des chr»' tiens, et, à toutes les époques de Thistoire de l'Église, nous trouvons en usage, partout où se dresse une croix, l'intercession pour les défunts, des chapelles élevées par cette dévotion, des autels consacrés plus spécialement à ces suffrages , des fondations pieuses de sacrifices et d'aumônes, des octaves, des neuvaines, des quarantaines. Au moyen-âge, où la foi était si vive, les peintres et les sculpteurs se plaisaient à figurer, parmi les scènes puisées dans le symbole chrétien, sur le tympan des portails des cathédrales . le pèsement des âmes. On voyait une main en partie cachée dans les nuages, celle du souverain Juge, tenant la terrible balance dans laquelle étaient placées les âmes au sortir de ce monde. Dans l'un des plateaux, l'archange saint Michel, qui, suivant une tradition populaire , présente les défunts au tribunal divin, plaçait ceux qui par la sainteté de leur vie ou leur pénitence parfaite méritaient d'être immédiatement admis au paradis; les vertus de ces âmes faisaient descendre le plateau. Dans l'autre, Satan mettait celles de qui les vertus ne pouvaient faire contre-poids à leurs péchés. Dans ces dessins et ces sculptures . des démons aux figures horribles s'emparaient des âmes au sortir ne la terrible balance, et les entraînaient, pour leur faire subir ce qu'elles devaient à l'éternelle justice , soit dans le purgatoire soit dans l'enfer ' .

7 La YénéTB.h\e Aima-Maria Taïgi,de qui la cause de béatification est entreprise à Rome depuis 1862, et qui fut l'édification de cette ville en notre siècle même, avait reçu de Dieu une faveur bien extraordinaire, celle d'avoir habituellement devant les yeux un mystérieux soleil où elle voyait toutes choses comme dans un miroir, quelque-

1. Purgato'ne et ciel, \^Rr yiVabbé Sàmon, ^. 5. (Bray et Retaux. 1875.)

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