‹ Les douleurs de la vieChapitre 173 sur 292 · Le- texte porte : Etsi wel in acre depositus tit · texte numérisé non relu

Le- texte porte : Etsi wel in acre depositus tit

s. JEA.X BAMASCENE.

» et le sacrifice auguste lui-même est propitiatoire. Joi- » gnez-yla bienfaisance envers les pauvres, elle ajoute beau- •> coup a ces mérites. C'est pourquoi, en faisant loblation » pour un défunt, que l'on ait en vue la conduite dun » père envers son petit enfant , faible , incapable de parler • » s 11 le voit malade, ^viendra à r église, il y apportera avec » foi des cierges et de l'huile parfumées, qu'il allumera et » fera brûler pour son fils. L'enfant ne les présente pa. » lui-même; il ignore ce que c^est que tout cela. ab^oV- » ment comme au baptême on renonça pour lui au démon » et on Im choisit Jésus-Ghrist pour maître. La foi de » ceux qui ici promettent et offrent a certainement son ef- » ficacité très grande. Voilà ce que les Apôtres, instruits » par le Saint-Esprit, ont établi ; et leurs successeurs l'ont » confirmé, dans l'esprit de Diec, aussi bien que les doc- » teurs dans leur enseignement. Aussi ces pratiques se » sont-elles répandues et affermies de l'orient au couchant » du nord au midi, pour l'honneur et la doire du Roi des » siècles. »

» Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, tout le monde sera sauve, nul ne périra. Plût à Dieu que cela fût! C'est ce que Dieu lui-même désire, ce qu'il veut, ce qu'il cherche • c est le dessein et la joie de ce Sei-neur, qui e^t tout miséricorde : il souhaite que personne n'échappe à ses bienlaits. Est-ce donc pour ses anges qu'il a préparé les recompenses et les couronnes? Est-ce pour eux qu'il est venu sur la terre, et que, prenant un corps virdnal dans le sem d'une vierge, il s'est fait homme, a enduré les tourments et la mort? Est-ce à ses anges qu'il doit dire • Venez, les bénis de mon Père; entrez en possession du royaume disposé pour vous'^ Vous n'oseriez raisonner ainsi vous ne le pouvez pas. C'est pour l'homme que Jésus a souffert, pour l'homme qu'il a préparé les immortelles récompenses. Et qui donc disposerait un festin pour se^ amis , et, le festin prêt, ne voudrait plus que tous v fussent invites et reçus? à quelle autre fin a-t-il dressé ^^a table -^

Que s'il en va de la sorte pour nous, que dirons-nous d'un Dieu magnifique, de qui la bonté surpasse tout ce qu'on en peut exprimer; d'un Dieu qui se réjouit de ses dons bien plus que ceux-là même qui en sont l'objet? — Yoilà ce qu'il taul considérer, ô vous qui douteriez de la miséricorde. »

Le saint continue d'exhorter ses auditeurs à espérer toujours dans la divine bonté et à la conjurer en faveur des morts, et par les bonnes œuvres et par la prière. Il remarque (w° 21) que ceux qui ont entièrement abandonné Dieu et la vertu, et qui meurent dans cet état, n'ont plus d'amis, plus de parents intervenant en leur faveur; Dieu lui-même les a rejetés. C'est l'enseignement de l'Église. — Il demande que ses proches se souviennent de lui après son trépas , afin de suppléer à ses manquements. — C'est S. Chrysostome, dit-il. dont les paroles me touchent lorsqu'il écrit : « Si tu n'as pas eu le bonheur, étant encore > sur la terre, de mettre l'ordre complet dans les affaires ). de ton âme, recommande aux tiens . au dernier moment, » de t'envoyer au-delà du tombeau des ressources, et de » t'assister par l'aumône et le sacrifice. Par ce moyen tu » entreras en grâce parfaite avec le Rédempteur, et il lui » plaît ainsi. » — Le même Chrysostome dit encore : — « Lorsque tu fais ton testament, réserve, à côté de celle » de la famille, la part de Dieu. Que le nom de ton juge y » soit inscrit, et que celui des pauvres s'y lise avec le sien. »

Après avoir engagé les chrétiens à ces legs pieux, S. Jean Damascène se pose une question : Ceux-là donc seront abandonnés, exclus d'une miséricorde spéciale, qui n'ont pas été assez riches pour ordonner des messes et des aumônes?— « Loin de nous, s'écrie-t-il, une telle pensée'. Notre Dieu, notre maître, est juste; pour parler plus exactement, il est la justice même, la sagesse, la bonté, autant que la puissance. Sa justice remettra largement à l'indigent; sa sagesse suppléera à ce qui lui manque;

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sa puissance sait briser le fort et consolider le faible ; sa bonté, enfin, aura soin de celui qu'elle a créé, à moins que cette âme infortunée se soit séparée elle-même de la vertu, ait abjuré la vraie foi, et que la balance du mal l'ait emporté. Les docteurs inspirés nous apprennent, en effet, qu'au dernier moment les actions de l'homme sont en quelque sorte placées dans ces deux plateaux : là où celui du bien l'emporte, l'âme s'élève certainement au milieu des anges; si la balance est égale, la miséricorde la fait pencher vers le bien; que si elle incline légèrement à gauche (les mêmes docteurs l'assurent) , cette douce miséricorde s'empresse à faire contrepoids. Voilà donc une triple sentence de la part de Dieu : la première est celle de la justice; la seconde est œuvre de bonté, la troisième d'une bonté infinie. Reste la quatrième, lorsque le mal l'emporte absolument. Hélas! mes frères, celle-ci même est très juste; elle rend aux damnés ce qu'ils méritent. » L'orateur cite ce trait de la vie de S. Jean l'Aumônier. De son temps , vivait à Alexandrie un homme riche , du nom de Pierre , dont les entrailles se fermaient à toutes les misères. Cet homme eut une vision : il comparaissait, tremblant, au tribunal de Dieu, sans bonnes œu\Tes pour racheter ses péchés, lorsqu'il aperçut dans le plateau de droite un pain de seigle qu'un jour il avait jeté avec colère à la tête d'un pauvre qui l'importunait. Cette vision convertit l'avare; il devint un saint.

De ce discours, prononcé au commencement du viii^ siècle, il résulte donc, de toute évidence, qu'à cette époque l'Église catholique, aussi bien en Orient qu'en Occident, croyait au purgatoire absolument comme nous y croyons aujourd'hui ; que cette croyance était une tradition aussi ancienne que le christianisme , et qu'elle venait directement et expressément des Apôtres, ainsi que l'affirme S. Jean Damascène. Il résulte, enfin, qu'il faut avoir une confiance sans limites dans la miséricorde divine, qui châ-

tie il est vrai, mais toujours en père et pour notre avantage futur. Confiance, assurément, qui ne s'associe point avec une vie mauvaise, car elle deviendrait alors présomption; elle est un trésor, une ancre solide, mais pour les seules âmes de bonne volonté devant Dieu.

ÉiéTation. — 0 mon Maître adorable, tant de fois je fus

l'objet de votre clémence : au jour de votre jugement, que j"ai si grand sujet de prévenir par la pénitence, ne me réduisez pas à votre seule justice, et n'écoutez, devant ma misère, que votre infinie tendresse.

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