LES CATACOMBES
nous possédons un nombre considérable d'inscriptions dans lesquelles on demande soulagement , adoucissement, rafraîchissement , comme pour des âmes soumises au supplice du feu. — '( 0 Dieu, rafrichissez l'âme rZ'HoMULLUs. » — « RuFiNA, puisse Dieu rafraîchir ton esprit! » — « An- TOMA, que Dieu te rafraîchisse en Jésus- Christ , dans la paix! » — )) ExPECTATUs, Alexander et Pompeia, puissiezvous recevoir quelque adoucissement. » — « Victoria , puisse ton esprit se voir rafraîchi en Celui qui est bon ! » — « Que ton âme, Victorixus, habite dans un lieu de rafraîchissement (in refrigerio'. »
De même que le rafraîchissement céleste sauve les âmes du supplice combiné du feu et de la soif, de même aussi la lumière éternelle doit les sauver des ténèbres de cette prison du purgatoire. — « Seigneur, dit une inscription, ne permettez pas que l'âme de Yeneria soit obscurcie (ne adumbretur}. » — « Timothea, que la lumière éternelle t'éclaire en Jésus-Christ (œterna tibi lux). »
Mais la prière la plus familière aux premiers chrétiens, comme elle l'est à ceux d'aujourd'hui , consiste à demander la paix y c'est-à-dire la délivrance du lieu dexil et la jouissance de la vue de Dieu. — « Aquilina et Eusebius, qu'une douce paix soit à vous en Dieu. » — Gensaxus, que la paix soit à ton âme ! » — « Laurentia, plus douce que le miel, repose en paix. » — « Que Laïs habite dans la paix; que son esprit se repose dans la bonté suprême. » — « Leontius, tes frères demandent à Dieu la paix pour toi. » — Quant à la formule « Que son âme repose (ou vive^ dans la paix h, elle est répétée mille fois, soit dans l'écriture, soit sous les symboles de la grappe de raisin et de la branche d'olivier. — On lit encore : « Seigneur, je te prie qu'il puisse voir le paradis de la lumière : Beus, te precor ut paradisum lucis possit videre. » Et ailleurs , dans m Citiacombe de saint Alexandre : « Prie avec Alexandre pour Sylvine : Pro Sylvinâ ora cum Alexandro. »
Du reste, la charité des premiers chrétiens pour les
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âmes ne se borne point à la sympathie affectueuse et à la prière : elle est l'exacte expression de la doctrine catholique sur le mérite des bonnes œuvres. Elle montre son efficacité de plus d'une manière. C'est elle qui fait ofTrir le saint sacrifice pour les morts aux jours commémoratifs de leur décès, qui s'impose des œuvres méritoires pour les défunts, qui entreprend des pèlerinages difficiles, et invoque l'assistance des saints. Nous en trouvons la preuve dans les épitaphes et les mémoires gravées sur les murs des galeries. — « Basilia, vous te recommandons notre fille Cresccntia. » — « Martyr Ja.nvieju rafraîchissez l'âme de Maximus. » — « Ici i^epose Gyriacls. En témoignage de sa vie, les saints martyrs seront ses avocats auprès de Dieu et de son Christ. » Voilà l'invocation des saints.
Dom Maurus Wolter finit par cette observation fort juste. Que Ton essaie de conduire dans nos vieilles catacombes et dans nos musées d'antiquités chrétiennes un hérétique à qui un enseignement particulier représente la doctrine du purgatoire comme une absurde invention due à TEsprit malin * : qu'on le laisse sans crainte décider lui-même si ces galeries souterraines, si vénérables, n'ont pas la physionomie d'un cimetière catholique actuel, si la charité catholique n'enveloppe pas les tombes qui s'y trouvent, comme le lierre enlace les mausolées de ses rameaux toujours verts : s'il est sincère, il lui sera impossible de nier l'évidence , et il fera un aveu semblable à celui que fait Calvin lui-même : « La coutume de prier pour les morts date de treize siècles, c'est-à-dire des temps apostoliques: mais, je l'avoue, tous les chrétiens étaient tombés dans Terreur » Le seul Calvin, à l'entendre, en savait plus qu'eux tous, plus que les conciles, plus que les papes, plus que les évêques et les docteurs ! Étrange orgueil I
[. Cc-i tains docteurs prof estant s sont allés jusque-là.