‹ Les douleurs de la vieChapitre 181 sur 292 · LES CATACOMBES · texte numérisé non relu

LES CATACOMBES

f Sainte Lutgarde , qui vivait au commencement du xiii^ siècle, et s'était rendue célèbre par une vie pleine de miracles , employa avec un singulier dévouement son crédit auprès de Dieu à soulager les âmes du purgatoire. Cn abbé de l'ordre de Gîteaux, nommé Simon , tenait Lutgarde en grande vénération; elle, de son côté, suivait volontiers ses avis. Mais cet abbé n'était pas assez doux envers ses subordonnés. Sévère à lui-même, il l'était aussi dans son administration, et poussait l'exigence de la discipline jusqu'à la dureté. Il mourut; et, comme sainte Lutgarde priait ardemment pour lui et s'imposait des pénitences pour le soulagement de son âme, il lui apparut, et avoua qu'il était condamné à une durée de purgatoire équivalant à quarante de nos années. La sainte prodigua pour lui ses austérités et ses prières ; puis, ayant reçu plusieurs fois l'assurance d'une délivrance prochaine, elle en vint à dire à Dieu : « Je ne cesserai point de pleurer, je ne me consolerai point par vos promesses, avant que je le voie délivré de ses peines. » Elle le vit, en effet, plein de reconnaissance, resplendissant de gloire et au comble du bonheur.

Un célèbre prédicateur du temps, Jean de Lierre, d'une excellente vertu , avait conclu avec Lutgarde un pacte par lequel ils promettaient que celui des deux qui mourrait le premier rendrait, autant que possible, une visite à l'autre. Là-dessus, Jean était parti pour Rome , afin de régler certaines affaires qui intéressaient les religieuses. Mais il trouva la mort en traversant les Alpes. Fidèle à sa promesse, avec la permission de Dieu, il se montra aussitôt à Lutgarde. Celle-ci, n'ayant aucune nouvelle de cette mort, l'invita à entrer au parloir, selon la règle, s'il voulait l'entretenir. — ^ Je ne suis plus de cette vie, répondit Jean, et je ne viens ici que pour m'acquitter de ma promesse. » A ces mots, Lutgarde tomba à genoux et demeura quelques instants toute interdite ; puis , relevant les yeux sur son bienheureux ami : « Pourquoi, dit-elle.

êtes-vous vêtu si splendidement? que signifie le tripla vêtement que je vous vois? — L"habit blanc, répondit-il, signifie l'innocence virginale que j"ai toujours conservée: le rouge marque les travaux et les souffrances qui m'ont consumé avant le temps ; l'habit bleu , qui recouvre tout . désigne la perfection de la vie spirituelle. » Ayant dit, il quitta subitement Lutgarde, qui resta partagée entre la joie et la tristesse. Les regrets l'emportèrent pourtant, et elle se plaignit de cette séparation à Xotre-Seigneur, qui daigna la consoler.

Lutgarde eut occasion de satisfaire pour sa propre sœur. Elle venait de la perdre, lorsqu'elle entendit une voix lamentable qui criait : « Ayez pitié de moi , ma très chère sœuri accordez-moi le secours que vous avez si généreusement donné à tant d'autres ! » Elle n'eut garde de refuser, et elle obtint de toutes ses compagnes des prières et des pénitences pour sa pauvre sœur, qui sans doute en fut puissamment soulagée ^

ÉiéTation. — Yous ne pouvez, ô mon Dieu, mépriser les accents d'une àme qui crie vers vous et se réfugi' tremblante dans votre sein : car c'est vous qui avez dit : S'il jette un cri vers moi, je l'exaucerai; je suis avec lui dans ses tribulations; je V arracherai à la douleur, et lui donnerai la gloire'-.

1. Vie de 5^* Lutgarde. par le P. Broeckaert S. J.. p. 91. Bruxelles, 187^.

2. Clamabit ad me, et ego exaudiam eum. Cum ipso sum in iribiilatione : eripiam eum et glor/jicabo eum. Ps. 90®.

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