‹ Les douleurs de la vieChapitre 184 sur 292 · La dévotion envers les morts · texte numérisé non relu

La dévotion envers les morts

croyance ! et dans cette croyance quelle consolation pour ceux qui ont vu la mort entrer sous leur toit et frapper tout près de leur cœur! Si cette croyance et ce culte n'existaient pas . le cœur humain , par la voix de ses plus intimes besoins et de ses plus nobles instincts, dit à tous ceux qui le comprennent qu'il faudrait les inventer, ne fût-ce que pour mettre de la douceur dans la mort, et du charme jusque dans nos funérailles.

7 M. labbé Gaume raconte à ce sujet, dans son Catéchisme de Persévérance . une rencontre qu'il fit lui-même, et qui eut un dénouement tout à fait touchant. — C'était un jeune luthérien qui avait perdu un frère chéri au milieu d'une fête , et il se souvenait sans cesse , pour tourmenter son cœur, de ce passsge si brusque d'un festin au cercueil. Son àme avait besoin d'être rassurée. Il savait toute la pureté qu'il faut pour le ciel, et dans son culte il ne trouvait pas de lieu intermédiaire entre les parvis célestes et les profondeurs de l'abîme. Ses frayeurs devenaient de déchirantes angoisses ; il n'avait plus de repos; ses jours étaient sans distraction, ses nuits sans sommeil, ses pensées sans espérance. Il dépérissait à vue d'œil et penchait vers la tombe, vers la tombe de son frère , qu'il devait partager comme un lit de famille. Le médecin lui ordonna de voyager, afin de faire diversion à sa douleur ; ses amis se joignirent au médecin, et le jeune Écossais vint sur le continent. — Je me trouvai, continue M. labbé Gaume, sur le même vaisseau que lui, et bientôt nous eûmes lié conversation. Bien des points de contact nous rapprochèrent. Quand nous fûmes débarqués, nous logeâmes dans le même h<Mel. Au bout de quelques jours, il me révéla ce qui avait répandu tant de tristesse sur ses jeunes années : la mort de son frère, et ses inquiétudes sur les destinées éternelles d'un être qu'il avait tant aimé. « Ah! me dit-il, le jour des morts, par amour pour mon frère, je vais adopter votre rite. Je pourrai prier pour mon frère; je respirerai, je vivrai, pour de-

mander chaque jour du bonheur dans le ciel pour celui que j'ai tant aimé sur la terre ! Votre culte fait qu'on peut encore s'entr'aider après la mort ; vos prières ôtent au sépulcre son terrible silence; vous, vous conversez encore avec ceux qui sont partis de la vie ; vous catholiques , vous avez connu la faiblesse humaine , cette faiblesse qui n'est pas le crime, mais qui pourtant entame la pureté, et, entre les frontières du ciel et de la terre , Diel" vous a révélé un lieu d'expiation. Mon frère y est peut-être : je me fais catholique pour l'en délivrer, pour me consoler ici-bas , me soulager de ce poids qui m'oppresse : ce poids, je ne l'aurai plus quand je pourrai prier. » Ce jeune homme raisonnait juste; et, après sa conversion, il put expérimenter combien la croyance au purgatoire répond heureusement aux meilleurs instincts et aux plus pressants besoins de notre nature. Ce n'est pas pour cela, au surplus, que nous ly croyons, c'est à cause de la parole de Diel' et de l'enseignement de son interprète la sainte Église ; mais on éprouve du bonheur à vérilier, par l'examen, l'harmonie de toutes les vérités de la foi avec les lumières de notre intelligence et les aspirations et sentiments les plus vrais de notre cœur.

ÉléTation. — Soyez loué toujours et en tout lieu. Seigneur, de votre bonté envers les hommes. Ahl je vous en conjure , assistez-moi si puissamment que je ne m'en rende point indigne par ma tiédeur, mon insensibilité, la stérilité de ma vie pour les œuvres qui sanctifient et aui sauvent.

SECTIOX IL

Page 1