A QLI IL EST DESTINÉ
psaume 36*^ : « Nous devons tous arriver à ce feu, fussionsnous l'apôtre Paul , fussions-nous l'apôtre Pierre ' . >> — S. Ambroise émet en plusieurs endroits la même opinion. Celui-ci, par exemple, sur le 4^ chapitre de la Genèse, où il est dit que Dieu plaça un glaive de feu dans le paradis : ce glaive, remarque-t-il , est le feu du purgatoire, par lequel nécessairement tout homme entre dans le ciel : « Tous sont obligés de passer par les flammes, fùt-on Jean, fûton Pierre : seul , Jésus-Christ , qui est la sainteté de Dieu, n a pas eu à subir ce feu ^. » — S. Hilaire insinue même que la divine Vierge n'en fut point exemptée^. Lactance et S. Jérôme semblent avoir exprimé des idées analogues "*. Or, prises à la lettre, ces expressions et ces idées renferment une erreur manifeste. Le concile de Florence, en effet, a défini dernière session) qu'après la mort les âmes vont aussitôt les unes au ciel, les autres en purgatoire, les autres en enfer. En outre , l'Église a toujours tenu et enseigné que ceux qui meurent au sortir du baptême ne sauraient être soumis à aucune peine dans l'autre vie, non plus que les martyrs , à qui leur sang procure une expiation complète. Il s'ensuit que, ne fût-ce que pour ceux-là, il n'y a point de purgatoire , et qu'ainsi la maxime que nous combattons est fausse si on la prend dans le sens naturel des mots. Mais on observera que plusieurs de ces Pères ont entendu par le feu le jugement divin lui-même ,
sacrawento eluente nos atque purgante {nemo enim ahsque sordibus resurgere poterit), nec ullam posse animam reperiri qux universis statim vitiis careat. Homil. 14 in Lucam.
1. Omnes nos venire necesse est ad illum ignem, etiamsi Paulus sit aliquis vel Petrus. In ps. 36.
2. Omnes oporlet transire per Jlammas, sive ille Johannes sit sive Petrus... Unies ignem illum sentire non potuit qui est justifia Dei, C'hvislus. Serm, 20 in ps. 118.
3 In psalra. 118, ad verba Concupïvit anima mea desiderare judicia JKStitix tux [ou jvstificationes tuas), y. 20®.
4. Lactantii Institut. VII, 21. — Hieron. in vu .\mos « Ecce vocabit ignem ad Judicium ».
LE rUKGATOIKE.
suiv-i.nt le langage de S. Paul : Le feu démontrera quelle est l'œuvre de chacun^, où évidemment il s'agit de l'examen de notre vie par le Maître souverain. Dans ce dernier sens, il est parfaitement exact que. moins Jésls-Gurist, tous les hommes sans exception passent au tribunal qui fixe leur éternelle destinée. Il est possible encore que, dans la pensée de ces docteurs, il soit bien question du purgatoire . mais traversé par quelques-uns sans aucune lésion ni atteinte. — A celte interprétation répondrait la vision du B. Fursy, abbé de Lagny au vii^ siècle , qui, dans un ravissement, aperçut le chemin du ciel couvert de grands feux au travers desquels il était nécessaire de passer; mais il s'assura en même temps que ceux qui n'avaient plus rien à expier s'avançaient au milieu de ces flammes sans en éprouver aucun mal, pendant que les autres étaient plus ou moins brûlés, suivant l'état de leur compte avec Dieu. C'est le vénérable Bède qui nous a conservé ce trait-. Une seconde erreur est de s'imaginer que tous les méchants, les démons aussi bien que les hommes, seront un jour sauvés, que l'enfer sera fermé, et qu'enfin toutes les peines de l'autre vie, devant cesser, ne sont au fond qu'un purgatoire et une expiation temporaire. Origène enseigna cette hérésie, oubliant ou comprenant mal le mot si formel de Notre-Seigneur : « Allez, maudits, au feu éternel! >> A quoi le Seigneur ajoute : " Et ceux-ci iront au supplice éternel, et les justes à la vie éternelle^. » L'Apocalypse n'est pas moins clair : « Le démon séducteur fut précipité dans un étang de feu et de soufre, où la bête et le faux prophète seront tourmentés jour et nuit pendant toute l'éternité ^. » Rufûn. adversaire de S. Jérôme, avait attribué
1. Unhiscujusque opiis quale sit ignis probabit. I Cor. m. 13.