A QUI IL EST DESTINÉ
la même erreur à ce saint docteur, mais gratuitement et calomnieusement, sur un texte mal compris , et qui précisément était dirigé contre Origène. Non , malheureusement, tous les hommes sans exception ne seront pas sauvés , même après des centaines de mille ans de souffrances. On ne revient point de l'enfer, une fois qu'on y est entré. Il est vrai que quelques-uns ont exclu le démon de ce salut futur, et n'y ont admis que les hommes; d'autres n'y ont reçu que les chrétiens , orthodoxes ou hérétiques. Dans un cas comme dans l'autre, il y a manifeste illusion. S. Augustin a traité longuement cette matière dans la Cité de Dieu. — « La même raison, dit-il, qui défendra de prier pour les hommes condamnés au feu éternel défend à jamais de prier pour les anges maudits, et dès aujourd'hui pour les hommes qui sont morts dans l'idolâtrie et l'impiété. Il est, à la vérité, des défunts pour qui les prières de l'Eglise ou de certaines âmes pieuses trouvent Dieu favorable ; mais il s'agit ici de ceux qui, régénérés en Jésus- Christ, n'ont pas si mal usé du temps et de la vie qu'on les juge indignes de la clémence suprême, ni si bien qu'elle ne leur soit pas nécessaire. Et de même, à la résurrection des morts, après l'expiation que subissent les âmes des trépassés, plusieurs obtiendront la grâce qui les sauvera du feu éternel. Car serait-il vrai de dire qu'il en est à qui il ne sera remis ni en ce siècle ni en Vautre ^ , s'il en était auxquels il sera remis , sinon en ce siècle , du moins au siècle futur? Mais, comme le Juge des vivants et des morts a dit : Venez, les bénis de mon Père, venez posséder le royaume qui vous est préparé depuis la création du monde; comme il a dit aussi : Retirez-vous de moi, maudits! allez au feu éternel préparé pour le démon et pour ses anges ; puis enfin : Ft ils iront les impies au supplice éternel, les justes à la vie éternelle; n'est-ce pas une étrange présomption de
1. ^'on remittetur ei neque in hoc sœculo neque in fuhiro. Malth. XII, 32.
prétendre qu'ils n'iront pas à Téternel supplice ceux-là que Dieu déclare devoir aller au supplice éternel? et cette présomption ne conduit-elle pas à douter ou à désespérer de la vie éternelle ? Que Ton se garde donc d'entendre cette parole du psaume : Dieu oubliera-t-il sa clémence? sa colère retiendra-t-elle sa miséricorde ? comme si la sentence divine fût vraie à l'égard des justes et fausse à l'égard des impies ,. ou qu'elle fût vraie à l'égard des hommes justes et des, mauvais anges , et fausse à l'égard des hommes impies ^ »'
Une autre erreur, qui déjà eut ses partisans au iv'^ siècle, veut que tous les catholiques, tous ceux qui ont appartenu à la véritable Église, soient assurés de ne pas descendre, plus bas que le purgatoire , quels qu'aient été leurs dérè-' glements. Pour le coup, c'est bien la funeste et immorale doctrine delà foi sans les œuvres. « L'Apôtre, continues. Au-. gustin, réfute ces sentiments : Les œuvres de la chair, dit-il,; sont évidentes : adultère y fornication, impweté, impudicité, idolâtrie, empoisonnements , inimitiés, jalousie, animosité, dissension , hérésie , envie, ivrognerie, débauches, et autres infamies : sur quoi je vous ai dit et vous répète que les auteurs de tels crimes ne posséderont point le royaume de Dieu-. Cet oracle de l'Apôtre est menteur si , après telle expiation que l'on voudra, ces impies possèdent le royaume de Dieu. Or, cet oracle étant la vérité même, il est certain qu'ils ne posséderont pas le royaume; et s'ils ne le possèdent, c'est qu'ils sont livrés à l'éternel supplice : car il n'est pas de lieu intermédiaire qui préserve à toujours des peines de l'enfer celui qui ne jouit pas des félicités du ciel-. ))
Une dernière erreur serait de penser que tous ceux-là seront condamnés tout au plus au purgatoire qui auront
1. De Civit. Dpi, lib. xxi, 0^24. — Il faut lire tout ce passage dans l'auteur, et notamment les n-^'^ ou chapitres 18, 19, 24 et 25.