A QUI IL EST DESTINÉ
généreusement pratiqué l'aumône, sans pour^cela renoncer au péché , selon le tableau du jugement dernier que nous a tracé Notre-Seigneur ^ où il n'est question que du bien fait aux pauvres et aux malades. Qui ne voit qu'une pareille conclusion est tout à fait illégitime? En décrivant le jugement, le Seigneur cite comme élément principal la charité, mais sans exclure le reste de sa loi. En effet, celui qui menace de l'éternelle damnation l'âme endurcie devant la misère de ses frères ne saurait ne pas condamner le voleur qui prive ses frères de leurs biens ; de même , s'il récompense éternellement celui qui a donné son bien aux pauvres , refusera-t-il une récompense semblable à celui qui a donné sa vie à Dieu dans la fuite du monde , ou pour Dieu en face des persécuteurs? N'est-il pas écrit formellement : Si vous ne faites pénitence, tous vous périrez de la même manière-'^ Et encore : Quand même je distribuerais tous mes biens pour nourrir les pauvres, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert à rien^ ? Si méritoire, si agréable à Dieu qu'elle soit, l'aumône n'abolit pas le reste de la loi évangélique. « Que celui donc, dit S. Augustin, qui fait pour ses péchés de dignes aumônes commence à s'assister lui-même. Car oîi est la raison de se refuser à soi-même la charité que l'on exerce envers le prochain , quand on entend le Seigneur nous dire : Tu aimeras ton prochain comme toi-même; et encore : Aie pitié de ton âme en faisant le bon plaisir de Dieu "* ? Celui qui refuse à son âme l'aumône de plaire à Dieu, peut-on dire qu'il fait pour ses péchés de dignes aumônes ? C'est en ce sens qu'il est écrit : A quel autre sera bon celui qui est méchant à soi-même •^?