CHAPITRE II
Que dans le Purgatoire les âmes ne peuvent ni mériter ni pécher.
Cette vérité donne la raison des prières que nous faisons pour les morts. S'ils pouvaient expier et mériter pour euxmêmes, nous serions moins empressés à invoquer en leur nom la divine bonté. Mais, hélas! il est certain qu'ils demeurent sans moyen de se procurer le moindre secours.
Lorsque Luther, au seuil des erreurs nombreuses où il allait successivement tomber, admettait encore le purgatoire, il mêlait à cette croyance des articles inacceptables. C'est'ainsi que, suivant lui, les âmes condamnées à cette expiation étaient encore en position de mériter, ce qui appartient à la vie de cette terre; et, de plus, exposées à pécher, à désespérer de leur salut, ce qui est le propre des damnés. Le fond de ces assertions erronées était de n avoir pas compris ce qui regarde la perfection de la charité. Car, disait-il, ceux qui n'ont point dans le cœur la chanté sont voués à l'enfer, ceux qui l'ont parfaite montent aussitôt dans le ciel; mais pour ceux qui la possèdent imparfait.'.
1. Cité par M. Tabbé Samou., ùàm Purgatoire et Ciel, p. 13 (Paris, Brav et Retaax, 1875).
ON n'y Mérite plus.' 3go
Il faut nécessairement qu'elle se perfectionne, et elle ne .aurait se perfectionner sans de nouveaux mérites ■ donc au purgatoire, les âmes continuent de mériter Et nous sant jusqu'au bout son argumentation, il concluait z^ chante parfaite chasse la crainte, dit S, Jean ' ■ par consé quenf, la charité imparfaite conserve quelque chose dt ette crainte servile : or, c'est là qu'est le péché, ajoutait: 11. C est pourquoi les âmes du purgatoire pèchent sans cesse, parce qu'en ce lieu de douleur elles sont continuellement en proie aux sentiments de la terreur, de l'horreur pour leurs tourments, cherchant ce qui est d'elles-mèj^' Lne pareille opinion est une hérésie formelle. On trouve' en effet, dans l'Ecriture cette parole : Les ,r,orts n'aZen. nent plus rren ,pour leur salut), et ils n'ont plus à 'glner la recompense » : texte que S. Jérôme interprète ains " Tant que 1 homme vit ici-bas, il peut venir à la junice' mais après sa mort foute occasion de bonne œuvre lui esl refusée. » Et un peu plus bas : ., Les vivants peuvent^ re des œuvres méritoires dans l'appréhension de la mort rnais, une fois partis de cette vie, il leur est impossibTdé nen ajouter à ce qu'ils ont emporté de la terre Ils ne auraient n, mériter ni pécher, ni ajouter quoi que c so" a leurs vertus ou à leurs défauts »
Les saintes Lettres portent encore : Fais promptement tout ce que ta main pourra faire, parce qu'il n'y aurais n^ œuvres, n^ sagesse, ni science, dans le tlbeau !ù tu coir" Ce qui est dit du mauvais riche implorant vainement Abraham du fond de l'enfer peut s'appliquer, dans ce sens
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364 LE PLHGATOIHE.
particulier, aux âmes détenues au purgatoire, observent S. Jérôme et Bellarmin ^ : d'elles-mêmes, elles n'ont pas le pouvoir d'obtenir un adoucissement à leurs souffrances.
Le même livre de l'Ecclésiaste nous dit, en un autre endroit : De quelque côté que tombe l'arbre, au nord ou au midi, partout où il tombera il restera -. C'est un texte assez clair, et que S. Jérôme et S. Bernard entendent également de l'impossibilité, pour l'àme séparée du corps, d'agir pour le mérite ou le démérite : de bonne qu'elle était elle ne saurait devenir mauvaise, ni de mauvaise bonne. Et c'est encore le sens évident de cette autre parole du même livre sacré : Opère la justice avant de mourir, car dans le tombeau il nest pas possible de trouver d'aliment ^. Ce qui concorde bien avec l'avertissement de Notre -Seigneur lui-même : « Travaillez . non en vue de la nourriture qui périt, mais de celle qui demeure pour la vie éternelle, et que le Fils de l'Homme vous donnera-^. » Et encore, dans l'Ancien Testament : iSe crains point de devenir de plus en plus juste jusqu'à la mort ^. Pourquoi jusqu'à la mort, si ce n'est qu'ensuite tout progrès en vertu est irréalisable?
JÉSUS nous dit également : Bientôt vient la nuit, pendant laquelle personne ne peut agir ^. S. Ghrysostome, S. Augustin. S. Jérôme. S. Grégoire le Grand, sont unanimes à interpréter ici la nuit par la mort, et agir par l'accomplissement des bonnes œuvres. Il ne semble vraiment pas qu'on puisse découvrir un autre sens. — Et maintenant écoutons le grand Apôtre : Nous devons tous comparaître devant le