‹ Les douleurs de la vieChapitre 194 sur 292 · In IX Eccles · texte numérisé non relu

In IX Eccles

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pas encore dans la gloire. — Sans doute ; et ces considérations ont une valeur théologique ; mais un point essentiel manque : c'est que ces âmes ont franchi, par la mort, la limite de la carrière que Dieu avait marquée pour l'épreuve ; il n'est plus temps de témoigner par les œuvres la fidélité à Dieu, Dieu l'ayant réglé ainsi. Et quant à Notre-Seigneur méritant déjà dans le sein du Père, avant l'incarnation, il était encore dans la voie, dit Bellarmin, et c'est par ce côté quil pouvait mériter; depuis le Calvaire, il a cessé de mériter de nouveau K

Grâce à la communion des saints , à cette admirable fraternité établie par la tendresse divine , et qui rend communs à tous les frères les biens spirituels de la famille chrétienne, c'est nous, survivants, qui avons charge de mériter pour nos chers défunts. S'ils ne peuvent s'aider eux-mêmes, pour eux nous avons puissance auprès du Juge. Ah! c'est bien là une des plus douces merveilles du Catholicisme!

f Vers le milieu du mois de septembre 1870, une religieuse de Belgique éprouva tout à coup une douleur inexplicable au plus profond de son âme. Cette sœur s'appelait Marie-Sérapàine du Sacré-Cœur, Il lui semblait être obsédée par une puissance invisible et invincible qui la circonv^ait et la poursuivait partout. Un poids énorme pesait sur son épaule droite; elle le comparait à une charge de plomb. Enfin, le 29 septembre, jour de S. ^Michel, une lettre de France, en retard de deux semaines, lui apporte ce qu'elle croit être une explication, la nouvelle que son père est mort justement à l'époque où elle a ressenti ces impressions. En même temps, ses angoisses augmentent; elle entend

1. Dico C hristum simul fuisse comprehensorem et viaiorem; etided. qiia parte viator erat, mereri poterat : undè post mortem suairij quia desilt esse viator j nihil ampliùs meruit. De Purgatorio, lib. II, 3 {tn fine).

des gémissements étouffés, et bientôt une voix distincte criant à son oreille : c Ma fille, aie pitié de moil » Peu de jours après, comme elle venait de se coucher, elle voit venir à elle son pauvre père environné de flammes et en proie à une extrême tristesse. Le lendemain , l'apparition se manifesta encore (c'était le 15 octobre), au moment où elle récitait le Salve Regùia au pied de son lit , et maintes fois depuis elle eut lieu à la même heure.

Le défunt se faisait entendre distinctement. « Je souffre, dit-il un jour, pour mes impatiences, et pour d'autres fautes qu'il ne m'est pas permis de te dire. » Interrogé s'il ne recevait pas de soulagement des messes qui se célébraient à son intention : — « Oh! oui, répondit-il; je sens chaque matin une douce rosée qui vient rafraîchir mon âme; mais il me faut, de plus, des chemins de la croix, des chemins de la croix! » La sœur craignait cependant un piège du démon : elle engagea l'apparition à répéter avec elle : Loués soient Jésus et Marie; ce que celleci fit aussitôt, et d'une voix très claire. « Hélas! ajoutât-elle, je suis déjà depuis plus d'une année en purgatoire, et tu n'as pas pitié de moi! — Mais, mon pauvre père, lui répondit la sœur, il y a un mois à peine que vous avez quitté cette vie! » Et lui : « Ah! tu ne sais pas ce que c'est que l'éternité! Lorsque l'âme a entrevu son Dieu, elle est dévorée d'une soif ardente de le posséder. Je si^ condamné à six mois de purgatoire; mais si l'on prie beaucoup pour moi dans la communauté, ma peine sera abrégée de moitié. J'ai permission de mon Dieu de m'adressera toi sans relâche jusqu'à ma déli\Tance. Ah! que j'étais insensé lorsque je m'opposais à ta vocation! C'est auprès de toi seulement, aujourd'hui, que je puis obtenir du soulagement. Mes autres enfants me croient au ciel , et à peine l'un ou l'autre dit-il un De profundis pour moi. » Interrogée sur ce qu'elle désirait plus spécialement, l'âme sollicita la faveur de dix messes et de plusieurs chemins de la croix. — La sœur lui avant demandé si sa mère était

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encore en purgatoire : a Non, fut-il répondu • elle est allée tout droit au ciel. »

Le 17, l'apparition revint, plongée encore dans la tristesse, mais non dans les flammes. Elle se plaignit de nouveau : (( Si 1 on ne vient à mon secours, ma fille , tu seras tourmentée sans relâche : le bon Dieu m'a permis de m>n prendre a toi. Ma chère fille, souviens-toi que tu t'es offerte en victime le jour de ton oblation : tu dois en accepter les conséquences. Regarde, regarde cette citerne de feu ou je suis plongé. Oh! si l'on savait ce que c'est que e purgatoire, on souff^rirait tout pour l'éviter, on ferait tout pour secourir les pauvres âmes qui y sont prisonnières! » 11 aisparut en s'écriant : « Jai soif! J'ai soif » berait-ce donc pour soulager cette souffrance de ses élus dans le purgatoire que Jésus disait aussi sur la croix dans son agonie : « Sitioiyâi soif! »

Les apparitions continuèrent chaque soir. Une foi. sur la demande de la religieuse toujours en crainte d'une illusion, le défunt posa son doigt sur l'épaule et sur le cœur de sa fille, et, à la suite d'une sensation de brûlure très douloureuse, la peau resta noircie, sans que les vêtements eussent gardé aucune trace visible de feu. Cho^e fort remarquable ! cette âme qui ne pouvait rien pour elle-même était écoutée de Dieu pour les autres : car sur les instances de sa fille, elle pria en faveur dune sœur de la communauté que tourmentait cruellement une névral-ie et la malade fut guérie aussitôt. - Le jour des Morts' 1 apparition dit à la religieuse : « Nous avons été bien soulagées aujourd'hui ; un grand nombre d'âmes sont montées au ciel. »

N'omettons pas ce détail consolant, propre à confirmer ce que nous avons dit au chap. 19« du Livre second. Une sœur de la communauté reçut la visite de l'âme eii peine et lui demanda où était son propre père, mort presque subitement et sans avoir reçu les sacrements, hélas ' après avoir longtemps vécu loin de la pratique de ses devoirs •

— <• Votre père est sauvé, dit l'apparition : mais il doit subir encore vingt ans d'un terrible purgatoire. » Il avait eu sans doute, au dernier moment, un mouvement de contrition parfaite : grâce suprême que le Seigneur avait peut-être accordée aux supplications journalières de sa fille. — La sœur Marie-Séraphino . parmi les questions quelle adressait à son père , avec la permission de son confesseur, lui fit celle-ci : « Les âmes du purgatoire connaissent-elles ceux qui prient pour elles , et peuvent-elles prier elles-mêmes en faveur des fidèles de ce monde? » Il fut répondu par un oui formel. — « Ces âmes, ajouta la sœur, souffrent-elles en pensant aux péchés qui se commettent journellement ici-bas, surtout dans leur famille?

— Oui, repartit le père: c'est même un de leurs châtiments. ^) Il dit aussi à la sœur qu'il avait vu , à la sortie de cette vie , Dieu dans sa divine splendeur, ainsi que l'humanité sainte de Notre-Seigneur, la Très-Sainte Vierge et saint Joseph; qu'il en était dans un ravissement inexprimable . et que depuis ce moment sa soif de voir Dieu devenait de plus en plus ardente. C'est, en effet, le supplice le plus insupportable de l'épreuve purifiante. Il ajouta enfin que son ange gardien venait souvent le consoler : détail plein de charme , où éclate toute la tendresse d'un Dieu qui ne châtie qu'à regret , et qui sait mêler paternellement à la punition ce qui peut le mieux l'adoucir ^

ÉléTation. — Ange tutélaire à qui j'ai été confié, veillez sur moi si bien, je vous en conjure, que j'évite par ma fidélité présente les rigueurs de l'autre vie, puisque cela dépend de moi, et que mon Père céleste m'en offre tous les moyens. Et puis, si ma faiblesse, ma sensualité, mon endurcissement, me conduisent néanmoins à ce lieu de douleur, ah! daignez aussi m'y visiter, adoucissant ma peine par votre douce présence.

1. Trois apparitions d'âmes du Purgatoire, p. 91 Taris, Palmé, 1872 . La fin au chapitre siiiv.

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