‹ Les douleurs de la vieChapitre 195 sur 292 · CHAPITRE Ilï · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ilï

Que les âmes du Purgatoire sont assurées de leur salut.

Quelques hérétiques, et Luther entre les autres, ont écrit que , au purgatoire comme sur cette terre , les âmes n'ont point la certitude de leur salut, et que ce tourment surpasse pour elles tous les autres , comme il est facile de le comprendre. Plusieurs auteurs catholiques même ont paru embrasser ce sentiment, mais en le mitigeant. Suivant eux, il y a dans le lieu d'expiation plusieurs genres de supplices , et cette incertitude serait le plus grave , réservé à un certain nombre d'âmes plus coupables, ou coupables de péchés d'une nature particulière. Des récits d'apparitions et de manifestations contenus dans des livres que l'autorité ecclésiastique n'a point improuvés appuieraient quelquefois une telle opinion. Au fond, Dieu, qui a confié à son Église tant de pouvoirs sublimes, ne lui a pas révélé tous les mystères de l'autre monde , dont la connaissance n'est aucunement nécessaire au salut : et c'est pourquoi, à part quelques définitions précises sur les points essentiels, elle laisse pour le reste une grande liberté aux opinions de ses docteurs.

Denys le Chartreux, par exemple, peut être rangé parmi ceux qui admettaient aisément l'incertitude : non pas , il faut le remarquer, quant à la réalité du salut (il est de foi que toute âme admise au purgatoire est sauvée), mais quant à la situation d'esprit du patient, à qui Dieu laisserait ignorer, par surcroît de peine, si elle sera définitivement reçue en miséricorde ^ . Denys n'exprime pas formellement cette doctrine , mais il la laisse supposer par

1. Dionysii Carthusiani, De quatuor ]Sovissimis,M. Denys est mort en 1471. Il fut surnommé le docteur extatique à cause de ses profondes méditations sur la vie intérieure.

les histoires qu'il rapporte. — Baïus est plus explicite^ : car. voulant prouver que le péché véniel même mérite , de pa nature, la mort éternelle, il s'appuie sur ce que, en cas contraire, les âmes du purgatoire seraient assurées de leur salut : « Ce qui, ajoute-t-il, paraît insoutenable ». Il est vrai que Baïus (ou Michel de Bay) a été condamné depuis comme fauteur d'hérésie , mais non sur ce point , vraisemblablement. — On déduirait la même conséquence d'un passage de l'illustre Gerson -, où ce savant et pieux auteur veut que le péché véniel soit tel par la seule miséricorde de Dieu; en sorte que, si Dieu le veut, une éternelle expiation lui sera justement appliquée. D'oii il sui\Tait encore que l'âme chargée de simples fautes vénielles ne sait jamais avec certitude de quelle manière Dieu achèvera sur elle son jugement , quand même cette âme serait en purgatoire.

Nous disons, avec la plupart des théologiens, que les âmes du purgatoire, à moins d'exceptions particulières voulues par la divine justice, et sans préjudice de la règle générale, savent parfaitement bien qu'elles sont sauvées. Distinguons avec Bellarmin, pour être précis, trois degrés dans ce genre de certitude. Le premier, qui exclut l'espérance et la crainte, est celui des bienheureux dans le ciel : leur félicité n'est point œuvre d'avenir, ils la possèdent, elle est présente. Le second repousse la crainte, mais non pas l'espérance : et c'est celui de ces âmes dont la béatitude est future; elles ne l'ont pas, elles l'attendent , elles l'appellent, et elle viendra certainement. Le troisième concerne la vie présente, et il s'y mêle la crainte et l'espérance tout à la fois; car nous ne savons pas l'issue du combat : et cette certitude n'en mérite pas absolument le nom; c'est plutôt, à bien parler, une conjecture fondée sur les promesses divines, dont la réalisa-

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