‹ Les douleurs de la vieChapitre 206 sur 292 · Dialogor. IV · texte numérisé non relu

Dialogor. IV

ment la question comme nous l'avons fait, Oh est le lieu d'expiation? (il entend surtout F enfer, à la vérité), il répond : — « Sur un tel point je n'ose rien avancer témérairement. Plusieurs ont pensé que Fenfer est situé dans quelque partie de la terre, d'autres qu'il se trouve dans les entrailles même de notre globe... Le prophète dit : Vous avez délivré mon âme de V enfer inférieur^ : d'où l'on inférerait qu'il y a sur la terre un enfer supérieur, et au-dessous un autre plus profond. S. Jean confirmerait cette vue au chap. 5^ de l'Apocalypse, où on lui montre un livre scellé de sept sceaux que personne n'est trouvé digne d'ouvrir, ni dans le ciel ni sur la terre ni sous la terre : livre que cependant put ouvrir le Lion de la tribu de Juda. Or, ce li^Te était certainement l'Écriture sainte. Seul, le Rédempteur en fut maître, parce que, incarné parmi nous, mourant, ressuscitant, montant au ciel pour nous, il a donné la clef de tous les mystères qui y sont renfermés. Nul autre ne le pouvait : ni l'ange dans le ciel, ni Thomme sur la terre , nul au-dessous de la terre ; les âmes , même délivrées du poids du corps, nont point le droit de dévoiler les mystères de Dieu. Personne donc ne s'étant trouvé pour cela sons la terre, je ne vois rien qui empêche de placer là les lieux bas pour l'expiation. »

0° — Il est des docteurs aux yeux de qui le purgatoire serait simplement l'état de l'àme séparée du corps. Tant quelle lui fut unie, elle vivait dans la lumière, puisqu'elle pouvait la reconnaître par ses œuvres ou la repousser ; séparée désormais de cet instrument de ses opérations, elle ne saurait plus rien voir à moins d'être parvenue à la béatitude : et telles seraient ces ténèbres extérieures plusieurs fois alléguées dans l'Évangile. Ainsi raisonne Téophylacte en commentant le chapitre 16^ de S. Luc, et, dans un cer-

1. Liberdsti an'nnam mcam ex inferno inferïovi. Ps. lxxxv, 13.

tain sens, aussi le théologien Bergier, pour qui le purgatoire est un état plutôt qu'un lieu^

6*^ — Mentionnons une sixième opinion, qui, d'après Bellarmin-, semblerait avoir été celle de S. Grégoire de Nysse, de S. Chrysostome et de quelques autres, en petit nombre : c'est que le purgatoire , le lieu d'expiation des âmes, serait l'air même, l'atmosphère qui nous entoure, où sont répandus les démons, appelés « puissances de l'air ^ ». A ce sentiment viendrait l'histoire de S. Fursy, racontée par le vénérable Bède^. Ce saint abbé, mort en 650, fut emporté dans le ciel parles anges, et, d'après une révélation, les anges lui auraient fait voir dans l'air des feux immenses préparés pour la conflagration finale du monde , et qui, en attendant cette heure, servent à la punition ou à la purification des âmes.

7° — L'opinion la plus commune, la plus répandue, celle qui a généralement cours parmi les théologiens, c'est que le purgatoire est dans les entrailles de la terre, non loin de Tenfer même. Dans cette supposition, qui, malgré le nombre de ses partisans , n'a guère plus d'autorité que les autres, on est obligé de raisonner comme si la terre ne devait jamais être détruite, quelles que soient les modifications que Dieu lui fasse successivement subir : car les damnés le sont à tout jamais. — Ouvrons le Docteur par excellence, S. Thomas d'Aquin^ : « Quant au lieu du purgatoire, dit-il, l'Écriture ne nous dit absolument rien de précis , et le raisonnement ne peut conclure avec certitude. Selon toute probabilité cependant, et d'après ce qui ré-

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