V. Corneille Lapierre sur ce texte
gneur, les âmes des peines du lieu inférieur et du lac profond '. » Et puis, quand Notre-Seigneur décrit le supplice et redit les plaintes du mauvais riche, ne le représente-t-il pas comme plongé dans un abîme inférieur, et levant en haut les yeux pour invoquer Abraham?
De toutes ces opinions , à laquelle s'arrêter? Il n'importe. Dieu a mille moyens d'imposer l'expiation; il choisit pour l'un et pour l'autre celui qui correspond le mieux à ses pensées divines , sans consentir à nous le faire connaître d'avance. Un seul point suffit : savoir, que, pour être reçu dans son paradis, séjour de l'innocence parfaite, il faut être absolument lavé de toutes souillures.
7 Dès sa première jeunesse, Anne-Catherine Emmerich consacrait une bonne partie de ses prières aux pauvres âmes du purgatoire , dont plusieurs venaient parfois lui demander des secours. Quand c'était en hiver, elle se mettait à genoux, la nuit, dans la neige, et priait pour elles, les bras étendus, jusqu'à ce qu'elle fût toute raidie par le froid. Elle ajoutait à ces pénitences en leur faveur d'autres austérités, comme de se donner la discipline avec des orties. Elle eut souvent la consolation de recevoir les remercîments des âmes délivrées par elle. Voici ce qu'elle rapportait plus tard à ce sujet :
« Quand j'étais encore enfant, je fus conduite par une personne inconnue à un endroit qui me sembla être le purgatoire. J'y vis beaucoup d'âmes souffrant cruellement, qui me demandèrent instamment des prières. C'était comme si j'eusse été conduite dans un profond abîme. Je vis un lieu très étendu dont l'aspect était à la fois touchant et terrible : car on y voyait des personnes silencieuses, affligées, dont le visage semblait pourtant indiquer qu'elles avaient encore de la joie dans le cœur, et qu'elles pen-
1. Libéra animas defunctorum de pœnis infenii et de profuado lacu.
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saient à la misécorde de Dieu. Je n'y vis pas de feu ; mais je sentis que ces pauvres gens étaient en proie à de très grandes souffrances intérieures. — Quand je priais avec beaucoup d'ardeur pour les pauvres âmes, j'entendais souvent autour de moi des voix qui disaient : « Je te remercie ! Je te remercie ! » Un jour, j'avais perdu sur le chemin de léglise un petit sac que ma mère m'avait donné ; j'en avais beaucoup de chagrin, et je croyais avoir péché en n'y faisant pas d'attention. Gela me fit oublier de prier le soir pour ces pauvres âmes si chères à Dieu. Gomme j'allais prendre un morceau de bois sous le hangar, une figure blanche avec quelques taches noires m'apparut et me dit : Tu m'oublies! Je fus très effrayée, et je repris aussitôt la prière interrompue. — Devenue plus grande, j'allais de grand matin à la sainte Messe. Afin de pouvoir mieux prier pour les âmes en peine, je prenais un chemin solitaire. S'il faisait encore noir, je voyais de pauvres âmes planer devant moi, deux par deux, comme des perles brillantes dans une flamme sombre. Le chemin s'éclairait à mes yeux, et je me réjouissais de ce qu'elles étaient autour de moi, parce que je les connaissais et que je les aimais. La nuit aussi, elles venaient à moi et imploraient mon assistance * . ))
ÉiéTatîon. — 0 DiEU miséricordieux et puissant, au nom de votre divin Fils et par son sang répandu sur la voie douloureuse et au Galvaire, délivrez les pauvres âmes du purgatoire, et, entre toutes, celle qui vous a le plus aimé et le mieux servi ici-bas. Et quand vous l'aurez élevée à ce haut degré de gloire qui l'attend, puisse-t-elle m'obtenir de votre grâce un véritable amour qui efface mes propres
1. Vie d'Anne- Catherine Emmerich, par le P. Schmœger, traduct. Cazalès, t. I, p. 29.