Ibid
LES DOLLLir.S DE LA VIE. 23
se mit en route. Mais à la moitié du chemin les mêmes messagers accourent : « Pom^quoi. lui disent-ils. avez-vous tardé, mon père? Le malade vient de mourir; il est inutile que vous alliez plus loin. » A cette nouvelle. Sévère est saisi d'un tremblement: il s'accuse à haute voix, s'attribuant cette mort malheureuse, versant des larmes, se frappant la poitrine. Arrivé auprès du mort, il tombe à genoux . et ses pleurs redoublent. Tout à coup le défunt donne des signes de vie , et tous ceux qui étaient présents éclatent en expressions de joie. La résurrection était certaine , en effet. On interroge cet homme : m Des monstres tout noirs , dit-il . qui rendaient le feu par la bouche et les oreilles, m'ont entraîné, m'ont conduit, par des lieux remplis d'une sombre horreur, jusqu'à ce qu'un jeune homme s'est présenté , qui leur a dit : « Ramenez-le, car le prêtre Sévère pleure sur lui, et Dieu l'accorde à de telles larmes. » Sévère se relève à ces mots, et exerce auprès de lui son saint ministère. Pendant sept jours la pénitence s'accomplit, et le septième la mort vient de nouveau; mais sa victime était prête, et elle rendit avec joie son âme au Créateur. « Remarquez, écrit ici S. Grégoire, cette paternelle bonté de Dieu qui ne peut endurer les larmes de son serviteur, ni qu'il éprouve un moment de tristesse. »
Voilà donc un élu rappelé du ciel , et un coupable tiré du supplice. Observons cependant que celui-ci ne paraît pas avoir eu déjà le prononcé de sa sentence , et qu'en tout cas il n'était pas encore plongé dans les flammes éternelles. Du reste , on ne peut guère douter que les Apôtres aient ressuscité des païens. L'histoire de S*- Agnès nous montre cette héroïque vierge ressuscitant le fils du préfet de Rome , mort en péché mortel. ^
Les réserves de Bellarmin, les circonstances qu'il obsers'e , les conditions qu'il indique, sont celles-ci. En général et en principe, les âmes une fois en possession de la
1. Voir S. Maxime, sermon 2 sur la sainte, et S. Ambroise. serm. 90.
béatitude céleste ne peuvent être rappelées à la vie de ce monde ; S. Augustin est exprès sur ce point ^ Si donc quelques saints sont retournés à leur corps , ils n étaient pas encore couronnés entièrement; mais Dieu, sachant d'avance ce qui allait arriver, avait différé leur entrée dans le ciel, les détenant d'ailleurs en un lieu de délices, comme on peut l'inférer des paroles de Marcel qu'on a lues plus haut. On en doit dire autant des damnés, lorsque la sentence a été exécutée sur eux : elle est sans retour.
f Un jour de la Toussaint, dans le duché de Luxembourg, une jeune fille de conduite édifiante vit paraître devant elle l'âme d'une dame morte peu de temps auparavant. L'apparition avait un voile et des vêtements blancs , et tenait à la main un rosaire , car elle avait eu toute sa vie beaucoup de dévotion envers la Sainte Vierge. L'âme revint ainsi plusieurs autres fois. Elle accompagnait la jeune fille à l'église , s'agenouillait près d'elle , semblait réciter avec elle les mêmes prières , la suivait jusqu'à la sainte table, et montrait un respect et un empressement singuliers pour tout ce qui touchait au culte de Dieu. L'Eucharistie surtout excitait en elle de véritables transports d'adoration et d'amour. Quant à la jeune fille chrétienne, qui avait appris d'elle que son plus grand supplice était de ne pas jouir encore de la vue de Dieu , elle s'imposait des mortifications et des prières afin d'obtenir la délivrance de celle qui s'était ainsi faite son amie , et qui ne lui inspirait plus la moindre terreur. L'âme se montrait fort reconnaissante ; elle souriait, remerciait du regard, et même, une fois, soutint les bras de la jeune fille qui priait pour elle. Par gratitude encore, elle lui donnait des conseils sur sa conduite et sur les moyens de plaire à Dieu. Elle lui recommandait de ne point faire de vœu à la légère , de ne jamais mentir parce que cela offense celui qui est l'essentielle et éternelle