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V. Purgatoire et Ciel, par M. labbé Sanson, p

séder Diel" un jour. Oh ! comme ces pauvres âmes gémissent des fautes qui retardent leur bonheur ! Avec quelle ardeur elles s'élancent vers le ciel , et comme elles souffrent d'en être repoussées î C'est une faim sans bornes, qui ne trouve pas de quoi se rassasier; c'est une soif sans mesure, qui n"a rien pour se désaltérer; c'est un torrent impétueux , qu'une digue arrête au milieu de sa course , sans qu'il parvienne à s'écouler. Et la pénitence est si facile dans cette vie! Gomment donc s'exposer à celle du purgatoire !

S. Alphonse de Liguori pense qu'il y a dans le purgatoire une peine particulière, appelée peine de langueur, pour les âmes qui en cette vie ont peu désiré le paradis. « Et c'est, dit-il, à bon droit : car pour un bien tel que le royaume éternel, que notre divin Rédempteur nous a mérité par sa mort, c'est l'estimer peu que de n'en avoir pas un grand désir. Ne manquez donc point, âme chrétienne 'continue le saint docteur'), de soupirer fréquemment après le bonheur de la patrie céleste ; dites à votre Dieu que vous souhaitez si ardemment d'aller le soir et de lui témoigner votre amour face à face que l'exil ici-bas vous paraît durer des siècles. Ah! désirez vivement d'en sortir, de laisser cette terre d'iniquités oi^i vous êtes toujours en danger de perdre sa grâce , afin d'entrer bientôt dans cet heureux séjour oii vous serez assurée de l'aimer de toutes vos forces ' . »

t Marie de Lataste, religieuse coadjutrice du Sacré-Cœur, a donné de nos jours l'exemple des plus solides vertus , et ses communications avec l'autre monde ne semblent pas devoir être contestées. Elle n'était encore que postulante, lorsqu'une âme du purgatoire, qu'elle reconnut être une religieuse du Sacré-Cœur, lui apparut. « Je semblai dou-

1. Œuvres complètes de S. Alphonse, par le P. Dnjardin ; Ascétiques, t. II, p. 43 'é ;4e édit.).

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ter de la réalité du fait, écrit une des supérieures, et je lui dis que son imagination l'avait probablement trompée. Elle se tut , et n'essaya pas de me convaincre. — Mais, ajoutai-je, comment était la personne que vous croyez avoir vue ? Elle me la dépeignit avec une telle précision de détails, pour les traits, la tenue, tout l'extérieur enfin, que je reconnus parfaitement une des nôtres , qui avait vécu de la manière la plus édifiante , et qui était morte en odeur de sainteté peu de semaines avant l'arrivée de sœur Lataste. Je m'abstins cependant de la nommer. — Cette âme, lui dis-je, vous a-t-elle demandé des prières? — Voici, me répondit-elle, les paroles qui m'ont été adressées : « Je suis » celle que Ton nomme parmi vous la Mère E. de B*** » (celle-làmême que j'avais reconnue}. Dieu, dans sa bonté, » m'envoie vers vous, Marie : vous pouvez, par vos prières, » diminuer mes souffrances, et en abréger la durée. Je ne » jouis pas encore de la béatitude éternelle , d'abord à » cause de certaines négligences dans la pratique de l'a- » mour de Dieu, ce qui est un grand malheur, surtout » pour l'âme religieuse ; et puis à cause de la raideur et de » la sécheresse de mes rapports avec quelques-unes de » mes inférieures : la charité en a été blessée. » Je ne me rappelle pas assez la troisième cause pour la rapporter, continue le narrateur. La souffrance qui semblait consumer cette âme était presque exclusivement l'immense désir d'aller se réunir à Dieu. « J'ai su, ajouta sœur Lataste, » qu'elle reçoit de grands secours de l'archange S. Mi- » chel ; et il m'a été dit que le haut degré de gloire , la » place distinguée qu'elle doit occuper dans le ciel, exi- » gent une purification en quelque sorte plus parfaite. » — Or, on avait trouvé dans les papiers de la défunte une protestation, faite en forme de vœu, où elle s'engageait à tendre en toutes choses à la plus haute perfection , à marcher constamment en la présence de Dieu, et à n'agir jamais que par un motif de pur amour. Cette promesse, qui révèle à la fois la générosité de celle qui avait pu la

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faire et réminente sainteté à laquelle le Seigneur lavait appelée , explique une expiation qui semblerait bien rigoureuse pour de simples négligences. Si le vœu ajoute un mérite aux actes des vertus qui en font l'objet, il rend aussi plus graves les fautes contre ces vertus. — « Marie Lataste . poursuit le récit , me demanda , de la part de la Mère de B***, de faire observer strictement à nos sœurs, pendant une dizaine de jours, le silence et la charité. Je le recommandai, sans en demander le motif. Au bout de peu de jours, la défunte se montra de nouveau à la bonne sœur, au moment de la communion : cette fois, elle était resplendissante de gloire. Elle remercia Marie, qui m'a souvent répété depuis : Ohl que cette âme est aimée de Dieu! que sa place est élevée dans le ciell ^ »

Voici un trait rapporté par plusieurs historiens d'Italie, et qui ne s'est point passé dans un monastère , mais au milieu du monde des savants. Le héros en est le célèbre Marsile Ficin, né à Florence en 1433, et qui illustra cette ville par ses travaux de philosophie et d'érudition. Il avait établi à Florence une académie platonicienne qui fît beaucoup de bruit à cette époque. Or, Marsile s'entretenait un jour, avec un de ses disciples qu'il aimait beaucoup , sur l'immortalité de l'âme. Ce disciple était Michel Mercati, le naturaliste, qui, troublé par quelques idées peu justes, disputait avec le maître , de manière qu'ils ne s'entendaient point. Alors ils convinrent, sous le bon plaisir de Dieu, que celui des deux qui mourrait le premier viendrait donner au survivant des nouvelles de l'autre monde. Quelque temps après . ils se séparèrent . Ficin restant à Florence et Mercati retournant dans sa famille, à San-Miniato , ville assez éloignée de la première. — Ils passèrent un long temps sans se revoir. Or, un soir de l'année 1491, Michel

1. La vie et les œuvres de Marie Lataste, par M. labbé Darbins. — 2«édit.,t. I. p. 98.

Mercati, bien éveillé, s'occupait de ses études philosophiques, lorsqu'il entendit tout à coup le galop d'un cheval qui s'arrêta à sa porte. Il ouvrit la fenêtre , et vit un personnage vêtu de blanc, monté sur un cheval de même couleur, qui lui cria : « Michel , rien n'est plus vrai que ce qu'on dit de l'autre monde ! » Mercati reconnut son vieil ami Marsile. Il le pria de s'arrêter; mais le cheval reprit sa course, et bientôt il ne le vit plus. Il envoya aussitôt à Florence un domestique sûr, qui lui rapporta , le surlendemain , la mort de Ficin , arrivée à l'heure même où l'apparition avait eu lieu. — Mercati , terrassé, brûla ses livres de philosophie humaine , dit adieu aux vaines études et au monde , et ne s'occupa plus que de son salut ^

1. Baronius, Annales ecclesiastici, t. V delancienae édition. — Nous dirons ici, en terminant ce chapitre, un mot de la croyance, longtemps admise dans plusieurs pays, au Purgatoire de S. Patrice. — Cette superstition n'avait point de fondement sérieux, malgré la place que lui a donnée Denys le Chartreux dans son Traité du Purgatoire. — Il y a dans une petite île du lac Dearg en Ullonie, qui est une province de r Irlande, une protonde caverne où S. Patrice se retirait souvent pour se livrer à ses méditations et préparer dans la prière le salut du peuple qu'il voulait conquérir à Jésus-Christ. Une vieille légende, dont on ne connaît pas l'origine, et qui était répandue dans toute l'Europe, aux xii«, x[ii^ et xive siècles, voulait que là fut l'entrée de l'enfer et du purgatoire, et qu'on y pût descendre après certaines préparations religieuses. Patrice aurait obtenu cette grâce de Dieu pour convertir un peuple grossier que ses exhortations touchaient difficilement. La préparation, par des pénitences et des prières, suivies de la sainte communion, ne durait pas moins de neuf jours. L'obscurité de la caverne , la solennité et Ihorreur des récits dont on s'était monté la tête pendant ce temps, quelque intervention des puissances de l'air peut-être, faisaient apercevoir aux visiteurs mille choses effrayantes qu'ils appelaient les souffrances du purgatoire : des patients dans le feu ou dans la glace, flagellés par des esprits exécuteurs, cloués à terre, attachés à des roues, entourés de reptiles, faisant entendre d'affreux gémissements. « Il est probable, dit M. Collin de Plancy, qu'une croyance si enracinée, si durable, ne peut pas tout à fait manquer de fondement. » Mais quelle était la part de la réalité, celle de l'imagination.^ il serait bien difficile de le dire aujourd'hui. Ce qui reste, c'est que le Saint-Siège, instruit de quelques scandales qui se produisaient par l'aftluence des pèlerins et des curieux, fit fermer la caverne en 1497 ; mais on la rouvrit peu d'années après. Le concours avait bien diminué. On cite encore, cependant,, un visiteur^

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ÉiéTation. — Oh! Sauveur du monde, que vous haïssez le péché I que la punition que vous en faites est redoutable! D 011 vient donc que nous craignons si peu de vous déplaire ? Seigneur, si nous savions nous prévaloir de votre appui et bâtir sur ce fondement l'édifice solide de notre salut , nous n'aurions sujet de craindre ni le feu de l'enfer ni celui du purgatoire. Mais, ayant si peu de soin d'éviter le péché, amassant tous les jours tant de bois et de paille, multipliant si prodigieusement nos offenses, comment ne pas appréhender le châtiment qu'elles méritent! comment penser à autre chose qu'à sanctifier nos jours ?

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