CHAPITRE IX
Des grandes consolations qui sont dans le Purgatoire.
« L'extrême sévérité des peines du purgatoire ne saurait se concevoir, dit le P. Faber, si nous n'admettions pas une multitude d'âmes sauvées , et sauvées avec des dispositions même très imparfaites. Le purgatoire explique les énigmes de ce monde autant qu'aucune des choses établies par Dieu... Il la établi pour multiplier les fruits de la passion de notre Sauveur, en prévision de cette grande multitude d'hommes qui devaient mourir dans l'amour de Dieu , mais dans un amour imparfait. Dieu se contente de bien peu; il nous demande le moins possible, relativement à ce qui est même nécessaire au salut. Le purgatoire donne quelque peu raison et de l'indulgence de Dieu et de
appelé Louis Œnius, qui, après une jeunesse de désordres, entra dans la grotte, y passa vingt-quatre heures, et en sortit, les cheveux blanchis, pour se renfermer dans un cloître jusqu'à sa mort. De nos jours, toutes ces pratiques du Purgatoire de S. Patrice ont disparu.
notre lâcheté. » Et le même écrivain dit encore : « Il est probable que l'Église souffrante du purgatoire l'emporte en nombre , et de beaucoup , comme elle l'emporte par la beauté , sur l'Église militante ^ . »
C'est par un sentiment de paternelle miséricorde que Dieu a établi au purgatoire des peines si rigoureuses. L'expiation sévère qui s'accomplit par elles multiplie le nombre de ceux qui seront sauvés ; en ce sens du moins que la bonté divine compense ainsi l'état presque désespéré d'âmes très coupables, qui l'ont si mal servi qu'on n'oserait attendre d'aucune manière leur salut. Combien meurent chargés de péchés énormes et sans nombre, pour lesquels ils ont, en expirant, formulé rapidement un acte de contrition, la seule pénitence qu'ils aient faite I Et la bonté divine veut bien se contenter, souvent, de ce retour tardif, s'il a été sincère, et suppléer par le purgatoire à ce qui manque dans le passé. Combien de péchés remis par l'absolution, mais qu'on n'a point songé à expier par les privations et le sacrifice : expiation qui se fait , par un dernier trait de miséricorde , dans les angoisses du purgatoire ! Loin donc d'accuser de rigueur notre Père céleste , sachons le bénir de cette rigueur même, qui peuple le ciel d'élus.
Et d'ailleurs , la sainteté de Dieu est telle , qu'elle ne peut absolument souffrir près d'elle la moindre tache , la plus légère souillure. Quand même la justice céderait ici de ses droits à la tendresse, l'âme elle-même, nous dit S*^ Catherine de Gênes , réclamerait sa purification , car elle souffrirait éternellement de se sentir indigne au sein de l'immortelle et divine clarté. D'elle-même donc , une fois qu'elle a aperçu cette clarté , elle se précipiterait dans le purgatoire. Cette pensée, qu'elle se rend digne de Dieu, adoucit singulièrement les supplices auxquels elle est soumise. C'est sa première consolation, et son cœur en est tout rempli. Le fait suivant le démontrera.