Tout pour Jésus, ch. ix«, parag
tf>8 LE PL'RGATOIKE.
7 II était mort , dans le monastère de S^^ Gertrude , une jeune religieuse que la pieuse abbesse avait beaucoup aimée , à cause du zèle extraordinaire qu'elle avait remarqué en elle pour la pratique des vertus et pour sa douce charité. Cette perte fut très sensible à Gertrude , et souvent dans ses prières elle recommandait cette âme au Seigneur, pour qu'il plût à sa divine Majesté de lui faire miséricorde et de l'admettre au plus tôt dans le séjour de l'éternel bonheur. Un jour qu'elle était ravie en extase, elle l'aperçut devant le trône divin , environnée d'une éclatante lumière, revêtue de magnifiques vêtements et chargée de joyaux. Cependant il y avait sur son front une sorte de préoccupation ; elle tenait les yeux baissés , avec une certaine honte , comme si elle n'eût pas osé contempler en face la gloire de l'adorable majesté de Dieu. Elle semblait même chercher à cacher son visage et à fuir les regards du Sauveur. Gertrude , peinée de voir sa fille spirituelle trembler ainsi devant celui qu'elle avait aimé et servi uniquement, se tourna vers Jésus et lui dit : « Doux Seigneur, pourquoi donc votre bonté infinie n'invite-t-elle pas cette âme, qui s'est donnée à vous tout entière, à s'approcher, à entrer dans la joie éternelle que vous lui avez promise comme récompense de sa fidélité? » Aussitôt le Sauveur, avec un doux sourire, fit signe à la jeune religieuse de s'approcher de lui; mais, plus troublée encore, elle hésitait, elle tremblait; et enfin, après une profonde inclination, elle s'éloigna.
L'étonnement de Gertrude fut à son comble. S'adressant à l'âme elle-même, elle lui dit : « D'oii vient donc, ma chère fille , que vous vous éloignez du Sauveur, qui a eu la bonté de vous faire signe d'approcher de lui? — Ma Mère, lui répondit l'àme, je ne suis pas digne encore de paraître devant l'Agneau immaculé; je n'ai pas atteint la pureté parfaite sur laquelle se reposent avec complaisance ses regards divins. Quand même la porte du ciel me serait ouverte, je ne voudrais pas y entrer avant d'être entièrement
purifiée des suites de mes imperfections : il me semble que les chœurs des vierges qui suivent l'Agneau me repousseraient, ne voudraient pas m'admettra parmi elles '. » Yoilàla sainteté de Dieu, voilà celle des âmes!
Et c'est pourquoi le P. Faber ajoute : — « L'âme entre dans le purgatoire les yeux éblouis et Tesprit doucement consolé parla face de Jésus, de qui elle vient de voir la sainte humanité , pour la première fois , dans le jugement particulier qu elle a subi. Cette vision pénètre avec Tâme dans sa nouvelle prison : elle en dissipe l'horreur; et, semblables à la pluie de rayons argentés que répand la lune, les regards de Jésus percent de leur douce lumière cette nuit horrible. Au milieu de cette mer de feu, lame , soutenue par une telle image, résiste à tout. Dès qu'à la vue de son Dieu elle a aperçu combien elle est indigne d'entrer dans le ciel, elle s'envole par un essor volontaire vers le purgatoire , comme une colombe qui va chercher son nid dans l'épaisseur de la forêt. Il n'est pas nécessaire que les anges la plongent dans ce lieu de purification : le libre culte de la pureté de Dieu l'y conduit -. »
Quant aux souffrances elles-mêmes, celles que nous avons décrites regardent les fautes ou les dettes les plus graves. Mais , avons-nous dit aussi , il y a plusieurs degrés de peine, non seulement quant à la durée, mais quant à la nature et à l'intensité. Bellarmin s'exprime ainsi sur ce sujet : — « Il résulte de révélations certaines que la souffrance de quelques-unes de ces âmes est si petite qu'elle semble n'être rien. Telles apparurent celles dont parle le vénérable Bède, qui, vêtues de blanc, étaient retenues dans un séjour agréable et plein de lumière ^. Il peut arriver, en effet, qu'une personne meure sans avoir contre elle