‹ Les douleurs de la vieChapitre 244 sur 292 · S'^ CATHERINE DE GÈNES · texte numérisé non relu

S'^ CATHERINE DE GÈNES

Et maintenant, quels seront les rapports entre Dieu et cette âme précipitée dans l'expiation? Ici, la doctrine de S"* Catherine s"élève encore. — a J'aperçois en Dieï: une correspondance aux sentiments de l'âme qu'il m'est impossible de bien rendre. Elle est telle que, lorsque le bon Maître la voit revenir à la pureté dans laquelle il l'a créée , il lui lance des rayons d'amour qui l'embrasent , et il l'attire à lui avec une force capable de l'anéantir, tout immortelle qu'elle est. L'âme en demeure tellement transformée en Dieu, qu'elle se voit n'être qu'une même chose avec lui. Et ce Dieu d'amour continue toujours de l'attirer et de l'embraser, sans la laisser un moment , jusqu'à ce qu'il l'ait fait revenir à l'état d'où elle était sortie, c'est-à-dire à la pureté dans laquelle il l'avait créée. Or, se sentant attirée ainsi à la chaleur de cet amour embrasé de son très doux Seigneur et Dieu, l'âme se liquéfie tout entière.

» Voyant ensuite , à la lumière divine , que Dieu ne cesse de l'attirer et de la conduire amoureusement à sa dernière perfection avec un soin si tendre et une continuelle providence, et qu'il le fait uniquement par amour pour elle, elle se sent encore plus consumée du désir de rendre à Dieu amour pour amour et de s'élancer dans ses bras; mais , retenue par l'obstacle du péché , elle ne peut suivre cet attrait que Dieu lui inspire ; c'est-à-dire qu'elle ne peut répondre à ce regard unitif dont Dieu l'a regardée pour l'attirer à lui. — Ce n'est pas tout. Comprenant ce que c'est que de se voir retardée dans la possession de ce Dieu souverainement aimé , et de ne pouvoir le contempler dans sa divine lumière; tourmentée d'ailleurs par son propre instinct, qui la porte à se voir libre de tout empêchement pour suivre ce regard unitif qui l'attire : elle se sent livrée à une peine qu'aucun terme ne peut rendre : et c'est cette peine, résultant pour elle de tout ce qu'elle voit, qui est , à proprement parler, la peine du purgatoire. Quelque grande que soit cette peine, l'ardeur de son amour pour Dieu ne lui permet pas d'en tenir compte. »

Ce tableau est d'une parfaite beauté. — « La souffrance des souffrances, continue la sainte, l'unique martyre de ces âmes, en quelque sorte, est l'opposition qu'elles trouvent en elles à la volonté et à la bonté de Dieu , qu elles voient clairement brûler pour elles du plus tendre et du plus sincère amour. Et cet amour de Dieu, accompagné de ce regard unitif, continue de les attirer avec tant de force e4: de persévérance, qu'il semble que Dieu n'ait point d'autre occupation que celle-là. C'est ce qui allume dans ces âmes un feu réciproque d'amour pour Dieu, qui est si vif et si violent qu'elles se précipiteraient avec joie dans un purgatoire et dans un feu beaucoup plus terrible que n'est le leur, si elles pouvaient par-là lever plus tôt l'obstacle qui les empêche de suivre leur élan vers Dieu et de s'unir à lui. ).

S'^ Catherine, complétant cette démonstration, fait voir comment le Seigneur, par les rayons qu'il darde sur ces âmes, produit en elles le double effet de les purifier, comme le feu purifie l'or, et d'anéantir les causes qui les retiennent dans ce lieu d'expiation. — « Lorsque l'or a passé par le feu, et qu'il a acquis le dernier degré de pureté qu'on lui puisse donner, il ne se consume plus, ne diminue plus jamais, quelque vif que puisse être le feu où on l'affine, parce qu'il ne rencontre plus aucun mélange de corps impurs et étrangers sur lesquels il puisse agir. Ainsi de l'âme purifiée dans le feu de l'amour divin : Dieu l'y retient jusqu'à ce que ce feu ait consumé en elle toute imperfection, et lui ait communiqué le degré de perfection qu'il lui destina de toute éternité. Cette âme entre alors dans un état de pureté si absolue, que, n'ayant rien en elle que ce feu puisse purifier, elle demeure toute en Dieu, sans avoir, pour ainsi dire , un être qui lui soit propre , mais seulement l'être de Dieu même. Et quand Dieu, de degré en degré, a enfin élevé jusqu'à lui cette âme ainsi purifiée, elle demeure désormais impassible , parce qu'il n'y a plus rien en elle que le feu puisse consumer. Et, supposé que,

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