‹ Les douleurs de la vieChapitre 245 sur 292 · CATHERINE DE GÈNES · texte numérisé non relu

CATHERINE DE GÈNES

dans cet état de pureté parfaite, elle fût encore retenue dans le feu, ce feu, loin de lui être une source de douleur, serait plutôt pour elle un feu de divin amour, et comme la vie éternelle elle-même, sans ombre de souffrance. »

Insistons , avec la sainte , sur cette considération , déjà plusieurs fois présentée : — « Si par impossible une de ces âmes à qui il ne reste plus qu'un peu de purgatoire à faire était présentée à la claire vision de Dieu , elle regarderait cela comme une grave injure ; et paraître devant Dieu en cet état serait pour elle un tourment plus terrible que dix purgatoires. En effet, cette pureté infinie et cette souveraine justice ne pourraient la supporter; ce serait chose inconvenante de la part de Dieu; et cette âme, de son côté, voyant que Dieu ne serait pas pleinement satisfait, ne pourrait se résoudre à frustrer les droits de sa justice. Quand il ne lui manquerait qu'une demi-seconde de souffrance pour être entièrement pure aux yeux de Dieu, ce serait pour elle un tourment intolérable que de paraître devant lui avec cette dernière rouille du péché ; pour s'en délivrer, elle se précipiterait plutôt au milieu de toutes les tortures, fût-ce les plus cruelles de l'enfer même. »

Et n'est-ce pas aussi une douce consolation aux âmes du purgatoire que de savoir combien on prie pour elles sur la terre? On expie à leur place, par un sentiment d'amour; leur dette est allégée par des acquittements venant d'ailleurs. Personne n'échappe à cette intercession; et, quand nous prions pour les âmes les plus délaissées, ce n'est quune question relative : car l'Église n'en délaisse aucune, puisque, au saint sacrifice, après avoir recommandé particulièrement celles qui sont dans son intention actuelle, elle ajoute une prière pour toutes sans exception ^ C'est pour toutes encore qu'à la fin de chacun de ses offices elle dit le Re-

1. Ipsis, Domine, et omnibus in Christo quiescentibus, locum refngerii,lucis et pacis, ut indulgeas deprecamur. Mémento des morts, après l'élévation.

quiem œternam dona eis, Domine: pour toutes qu'à certains jours elle fait réciter à ses prêtres les vêpres des morts. Toutefois, il est certain que plusieurs âmes seraient plus tôt délivrées si leurs proches , restés sur la terre , ne les oubliaient , ou par insensibilité de cœur, ou par manque d'esprit de foi , ou par suite d'une vie sans pratique religieuse. 0 Dieu, qu'insensé donc est celui qui, ayant des enfants, ne les élève pas chrétiennement I Un jour, dan< les flammes du purgatoire, si Dieu permet qu'il ne descend»:; pas plus bas, il recevra son châtiment de l'incurie, de l'insensibilité, de l'oubli complet de ces êtres qu'il a aimés, et qu'il n'a pas su diriger vers Dieu !

f II faut quelquefois bien peu de chose pour achever la délivrance d'une pauvre âme. S^^ Thérèse nous en fournit plusieurs preuves dans sa vie. Elle avait une grande dévotion aux âmes souffrantes, et priait sans cesse en leur faveur. Une religieuse de son ordre venant de mourir, Thérèse assistait pour elle à l'office, lorsque, dès le commencement de la première leçon de matines , Parce tnihi Domine, elle vit l'âme sortir de l'église et voler directement vers le paradis. — Une autre fois, elle entendait la sainte Messe pour l'âme d'un religieux de la Compagni ' de Jésus : tout à coup elle voit apparaître le Sauveur luimême , la bonté et la miséricorde sur le visage , qui vient prendre cette âme toute rayonnante et l'emmène avec lui dans la patrie céleste. — En une autre circonstance encore, une personne très chrétienne avait fait don, pour l'établissement d'une maison de carmélites à Yalladolid, d'une maison et d'un jardin. Cette personne. Bernardin de Mendoza , étant morte . Thérèse apprit de Notre-Seigneur luimême que cette âme sortirait du purgatoire le jour où l'on célébrerait dans le nouveau couvent la première messe de communauté. Cela eut lieu en effet; et. au moment de la communion, la sainte vit l'âme, couronnée de gloire , monter triomphante au ciel.

ETAT DES AMES

Eiéyation. — Adoucissez, ô bienheureuse Vierge Marie, par vos prières, les douleurs que souffrent les pauvres âmes de ceux que j'ai aimés sur la terre, qui m'ont fait du bien, et qui ont droit de compter sur mes suffrages. Ah ! puisséje, par mes aumônes, mes mortifications, mes soupirs vers Dieu, acquitter la dette qui les retient loin de la gloire 1

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