CHAPITRE XII
Quelques remarques sur l'état des âmes en Purgatoire.
Pour se rendre compte de l'extrémité de souffrances qu'on endure au lieu de l'expiation, après tout ce que nous avons dit, il faut encore considérer, avecS. Thomas d'Aquin, que la douleur n'est point le coup ou la plaie que l'on reçoit, mais le sentiment douloureux de ce coup ou de cette plaie. Plus on a de vivacité dans les sens, plus on est apte à souffrir : c'est pourquoi ce qui blesse les parties les plus délicates et les plus sensibles est toujours ce qui cause le plus de douleur. Comme donc tout le sentiment qui est dans le corps vient de l'âme , il s'ensuit que , si quelque chose donne atteinte à l'âme, elle le sent vivement. Or, le feu du purgatoire brûle Tâme, et par conséquent lui cause une douleur qui surpasse toutes les douleurs du corps. « Ah ! disait S. Bernard à cette pensée, les fautes que nous négligeons maintenant, que nous justifions, que nous nous cachons à nous-mêmes, seront punies rigoureusement par le feu qu'un Dieu vengeur a allumé pour les consumer. Plût à Dieu qu'à ce souvenir mes yeux devinssent des fontaines de larmes ! car peut-être , cette eau de contrition effaçant mes crimes , ce feu si ardent n'aurait plus rien à consumer en moi ^ . »