‹ Les douleurs de la vieChapitre 250 sur 292 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

Que les souffrages de la sainte Église sont utiles aux morts.

Si l'on veut traiter cette matière dans toute la rigueur théologique , ily a quatre points à établir : — Premièrement, s'il est vrai que les suffrages des vivants puissent profiter aux âmes du purgatoire; — Secondement, quels peuvent être ces suffrages et cette intervention pieuse ; — Troisièmement, qui sont ceux à qui ils sont permis; — Quatrièmement, à qui ces suffrages sont appliqués.

Sur la première question, nous dirons que, malgré les négations de l'hérésie protestante , rien n est plus certain que l'efficacité de la prière pour les morts. On la prouve , cette efficacité, par l'Écriture, par l'enseignement de l'Église dans ses conciles, par la doctrine expresse des SS. Pères, par les apparitions authentiques d'âmes du purgatoire; on peut dire aussi par la raison seule. En sorte qu'il n'est point de dogme catholique plus solidement fondé.

L'Église , en effet , ne forme qu'un corps , dont Jésus- CuRisT est la tête : il doit donc nécessairement y avoir communication entre la tête et les membres , comme aussi tous les membres doivent communiquer entre eux. Et c'est ce qu'exprime S. Paul quand il écrit aux Corinthiens : Lorsqu'un membre souffre^ tous les autres souffrent avec

lui K Or, les justes, quand ils meurent, sont et restent membres de TÉglise. et par conséquent ils nous sont unis, en même temps qu'ils sont unis à Dieu, dans la foi, l'espérance et la charité. « Les âmes des justes défunts, dit S. Augustin, ne sont point séparées de l'Église, qui est le royaume de Jésus-Christ ^. » Les fidèles vivants peuvent donc assister les défunts, comme un membre en assiste un autre.

Considérons Notre- Seigneur lui-même. Vivant sur la terre, il assistait les vivants; mort, il a assisté les morts, qu'il a délivrés des limbes , et idont plusieurs ressuscitèrent, nous dit l'Évangile. En outre, mort il a assisté les vivants, vivant il a assisté les morts. Il convient , par suite, que nous , qui sommes ses membres , nous agissions de même les uns envers les autres : c'est-à-dire que les justes vivants soient utiles aux justes vivants ou morts, et que les justes morts soient utiles aux justes vivants. N'est-ce pas toute la doctrine de la communion des saints? Justifions ceci pour ce qui est de Jésus-Christ.

Vivant, il assistait les vivants : il remet à Marie-Madeleine ses péchés , il les remet au paralytique , à Zachée , au bon larron; de plus, il guérit les malades, ressuscite les morts, laisse tomber de sa main bénie, de ses lèvres divines, toutes sortes de bienfaits sur les hommes. Mort, il continue les mêmes actes d'assistance, puisque, comme nous venons de le rappeler, il ouvre les sépulcres, et sauve ceux qui avaient appartenu à la rédemption future. Vivant, il assiste les morts : voyons-le ressuscitant une jeune fille qui vient d'expirer, le fils de la veuve de Naïm, Lazare enseveli depuis quatre jours. Mort, n'est-il pas le suprême bienfaiteur des vivants . à qui il assure la vie éternelle par

1. Si guid patitur unum membrum, compatinntur omnia membra. I Cor. XII, 26.

2. Seque piorum animœ defnndorum ab Ecdesià separantur. qux est regnum Christi. De Civit. Dei, xx, 9.

son sang, pour qui il plaide sans cesse auprès de son Père, suivant l'expression de S. Paul et de S. Jean ^ ?S. Jacques nous recommande de prier les uns pour les autres , afin d'obtenir notre salut ^.

Que, maintenant, parmi les hommes, les morts aient parfois assisté les morts , c'est l'Écriture qui nous le montre : le cadavre d'Elisée rend la vie à un mort ^ ; Abraham, au-delà du tombeau , reçoit dans son sein le pauvre Lazare ^. Ne savons-nous pas , d'ailleurs , par la foi , que les âmes saintes admises au ciel prient pour celles qui sont restées sur la terre ou qui expient dans le purgatoire? S. Augustin observe justement que les sépultures dans les temples consacrés à la mémoire des martyrs sont inspirées par cette pensée , que le souvenir du défunt , renouvelé auprès du vivant, s'accompagnera de celui des martyrs eux-mêmes, afin qu'on intéresse ceux-ci à prier pour l'âme partie de ce monde ^. L'Église, de son côté, dans l'oraison pour les morts qu'elle a introduite dans l'office public , Deus veniœ largitor, demande à Dieu la délivrance des âmes en vertu de l'intercession de la bienheureuse Marie et de tous les saints.

Nous avons encore d'autres preuves. On lit au livre des Machabées que le grand prêtre Onias et le prophète Jérémie , déjà morts , priaient et intercédaient pour le peuple juif^. Dans le Nouveau-Testament, les miracles de protection sur les vivants , de la part des saints couronnés dans le ciel, ne se comptent pas. « Encore aujourd'hui , écrivait S. Augustin, il se fait des miracles, soit au nom de Jésus-

1. Semper vivens ad interpellandum pro nobis. Hebr. vu, 25. — j5i quis peccaverit, advocatum habemus apud Patrem Jesum-Chrisitm jiistum. I Joann. ii, 1.

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