‹ Les douleurs de la vieChapitre 253 sur 292 · Bellarmin, de Purgatorio, ii · texte numérisé non relu

Bellarmin, de Purgatorio, ii

3. Il faut, évidemment, entendre cela de l'ordre commun , et en dehors d'une permission de Dieu qui a été souvent accordée.

ce que je vais dire ce qu'il voudra. Si les âmes des morts voyaient notre vie ici-bas , elles-mêmes , lorsque nous les voyons en songe . nous adresseraient la parole. Pour ce qui me regarde . ma pieuse mère serait avec moi toutes les nuits , elle qui m'a suivi sur la mer et sur toute terre pour être près de moi. Serait-elle donc, dans une vie meilleure, devenue insensible à ce point quelle n'eût aucune consolation pour les tristesses de son fils, pour ses déchirements de cœur, lorsque autrefois elle l'aima avec une telle tendresse et adoucit tous ses chagrins? Non. Mais voilà bien ce que marque le Roi-Prophète : Mon père et ma mère m'ont abandonné , et c'est le Seigneur qui m'a recueillie Si donc nos parents nous ont quittés , comment nous ver« raient-ils dans nos affaires et dans nos peines ? Et si nos propres parents ne nous voient pas , qui sont les autres , parmi les morts , en état de connaître ce que nous faisons, ce que nous endurons?... On objectera : Si les morts ignorent ainsi les actions des vivants , comment se fait-il que le mauvais riche , plongé dans les supplices de l'enfer, demandait à Abraham d'envoyer avertir ses frères, afin qu'ils fussent préservés d'un malheur semblable au sein? Mais, en vérité , est-ce que cette âme , pour adresser une telle prière , savait ce que faisaient ses frères ou ce qu'ils souffraient dans ce moment-là? Elle parlait d'eux et de leur salut en général de la même manière que nous parlons de nos défunts, ignorant ce qu'il y a de positif dans leur état : et pourtant nous intercédons en leur faveur. » Le saint docteur ajoute que les morts peuvent néanmoins apprendre quelque chose par les âmes qui arrivent de la terre , dans la limite où Dieu le permet, ou par les anges qui sont en communication avec eux.

On dira : Ces âmes voient nos prières en Dieu. Non, répond Bellarmin : car elles ne sont point encore com'onnées.

1. Pater meus et mater mea dereliquerunt me, Dominus auten assumpsit me. Ps. 26. 10.

et il n'est pas probable qu'elles aient, habituellement , révélation de ce que nous faisons et de ce que nous demandons.

Concluons. Si , dans la sainte Église , les vivants sont utiles aux vivants, les morts aux morts, les morts aux vivants, pourquoi le quatrième terme ne serait-il pas vrai , et pourauoi les vivants ne pourraient-ils assister les morts?

Écoutons de nouveau S. Augustin ^ — « Sachons bien, par rapport aux défunts qui nous intéressent, que de nous à eux ne parvient que le bienfait du sacrifice de l'autel , des prières , des aumônes. Et encore ce bienfait n'atteintil pas tous ceux indistinctement pour qui on le destine , mais ceux-là seulement qui, par la sainteté de leur vie , ont mérité que l'application leur en soit faite. Mais comme nous ne saurions les discerner d'entre les autres, il faut accomplir ces œuvres de miséricorde pour tous les défunts en général ; et ainsi n'en sera frustré aucun de ceux qui y peuvent participer. Ne vaut-il pas mieux, en effet, s'ex- • poser à des suffrages inutiles que de laisser manquer des leurs ceux qui en jouiraient? » Et ces suffrages , au reste , ne seront jamais inutiles , au sens rigoureux : car ils entrent dans le trésor de l'Église, et Dieu saura les appliquer à certaines âmes qu'on oublie, ou qui ont mieux mérité de sa bonté clairvoyante.

Pour nous , s'il nous est permis de dire notre pensée dans des matières si élevées , nous n'estimerions pas qu'il fallût pousser trop loin le raisonnement de S. Augustin et celui de Bellarmin qui viennent d'être rapportés , et qui regardent principalement les âmes, détenues dans le purgatoire considéré comme lieu propre ; mais nous avons vu que, très probablement, il est d'autres âmes pour qui l'expiation diffère, et qui, par exemple, viennent gémir et satisfaire dans le lieu même oii elles ont péché, ou successivement dans plusieurs , si les fautes furent multi-

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