‹ Les douleurs de la vieChapitre 26 sur 292 · LA MALADIE · texte numérisé non relu

LA MALADIE

même, nous chrétiens, désireux de conquérir le ciel, nous voudrions y parvenir de la manière la plus sûre et la plus prompte. Sans doute, nous pouvons acquérir peu à peu des mérites par l'exercice de la patience , de Thumilité , de la mortification, du détachement, de la fidélité à tous les devoirs; c'est la voie commune et comme naturelle; mais, à côté de celle-là, il y en a une qui permet de s'enrichir en peu d'instants, de trouver promptement un trésor infiniment précieux, un héritage immense : c'est par l'exercice et l'élan du saint amour de Diec, ce trésor des trésors, auquel on ne saurait comparer rien. Or. cet amour de Dieu, après en avoir tant de fois fait de bouche la profession, tant de fois l'avoir exprimé dans la récitation des actes des vertus théologales , c'est dans la maladie que nous en montrons la sincérité, la réalité, par une soumission aussi tendre qu'entière. La grâce agit alors vraiment, et non plus la nature, et en peu de jours , en peu d'heures même , il nous est donné de recueillir, si nous le voulons , plus de mérites que dans des années entières de vie ordinaire.

En effet, grâce à la souffrance, vous êtes assuré de ne point faire votre volonté propre, qui vous a souvent perdu, mais exclusivement celle de Dieu; grâce à la souffrance, les séductions du monde ont sur vous moins de prise, leur vanité vous apparaît complète et sans voile; grâce à la souffrance, votre cœur se tourne plus volontiers, plus aisément, du côté de Dieu, seul véritable appui de l'infirme; grâce à la souffrance, qui vous retire des occupations habituelles et du tracas des affaires, l'oraison et la prière vous devient comme indispensable, et par la prière un sentiment plus vif de repentir pour les fautes passées; grâce à la souffrance , que vous unissez aux mérites du Calvaire, ces mêmes fautes s'expient d'autant mieux que la peine vient de Dieu même ; ainsi accomplissez-vous d'avance une partie du purgatoire qui vous était réservé après la mort; grâce à la maladie enfin, vous reproduisez, mieux en vous l'image de Jésus couronné d'épines et

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mourant pour nous. Ces avantages nombreux sont très positifs; ils relèvent des lumières les plus évidentes de la foi.

Et que de grâces n'a-t-on pas à obtenir du Ciel, pour soi, pour les siens, au spirituel et au temporel! La conversion, par exemple, d'âmes qui nous sont chères. En aucun état on ne les demandera plus efficacement que dans celui de la souffrance et de la maladie, à cause de cette conformité avec le Fils de Dieu dans sa passion.

Pendant la maladie , chacun désire des consolations et du soulagement. Il y en a qui les cherchent dans des gémissements continuels , d'autres dans la compassion d'autrui , ou dans l'espoir de la guérison , en un mot dans des choses terrestres et dans des considérations mondaines. Quelle illusion! Dieu seul est le vrai consolateur, et les véritables consolations viennent de Dieu seul par le moyen de son saint amour : car cet amour céleste rend léger tout fardeau, et change en douceur ineffable toutes les amertumes. Qui donna à saint Paul, aux autres apôtres, aux martyrs, la force de supporter avec joie et action de grâces les tribulations , les persécutions , les macérations les plus austères , la perte de tous leurs biens , les tourments les plus atroces, la mort? C'est l'amour de Dieu, le sentiment de Dieu, la foi vivifiée par la charité. Et c'est pourquoi leurs peines furent toujours accompagnées d'une douce allégresse ^

« C'est alors qu'il faut montrer si nous suivons jÉsus- Christ pour du pain, comme ces troupes qui le suivaient dans le désert, ou si nous avons le cœur assez bon pour dire avec les Apôtres : Allons et mourons avec lui! Que de personnes aiment le Sauveur sur le Thabor, qui l'abandonnent quand il est question de le suivre sur le Calvaire ! Hirondelles qui fuient les froides régions de l'adversité,

1. V. Le prêtre auprès des malades et des mouranls, par le R. P. Slub, p. 155.

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